Alors que les relations entre Alger et Paris peinent à se réchauffer après deux ans de tensions, la venue attendue du ministre algérien de l’Intérieur à Paris, début juin, place la question controversée des obligations de quitter le territoire français (OQTF) au cœur des discussions. Une issue incertaine, mais attendue des deux côtés de la Méditerranée.
Les retrouvailles diplomatiques entre l’Algérie et la France restent sur un fil. La preuve par la visite programmée du ministre algérien de l’Intérieur, Saïd Sayoud, à Paris les 3 et 4 juin, à l’invitation de son homologue français, Laurent Nuñez. Si les échanges porteront sur la coopération migratoire, la lutte contre les trafics de stupéfiants et la réadmission des ressortissants algériens sous le coup d’une mesure d’éloignement, c’est bien le dossier des expulsions qui cristallise les tensions latentes.
Selon une source politique algérienne proche du dossier citée par le média Erem News, « sur les 179 laissez-passer consulaires délivrés récemment par Alger pour faciliter les expulsions, l’administration française n’en a utilisé que 90 ». Un chiffre qui attise la défiance, alors que Paris accuse régulièrement Alger de lenteur administrative. En réalité, délivrer un laissez-passer consulaire obéit à des procédures rigoureuses : il s’agit pour les consulats algériens de vérifier l’identité et la nationalité des personnes concernées, une étape incontournable avant tout renvoi.
Depuis le début de l’année 2026, les consulats algériens en France ont émis environ 140 laissez-passer. De son côté, une source française indique que 700 Algériens se trouvent actuellement en centres de rétention, dans l’attente d’un retour au pays. Paradoxalement, Alger affirme avoir déjà permis le retour volontaire de 320 jeunes Algériens en situation irrégulière.
Une instrumentalisation politique dénoncée
Dans la presse algérienne, la tonalité est plus vive. Mardi dernier, le quotidien Le Soir d’Algérie a fustigé « la machine à mensonges parisienne », accusant les responsables français d’exploiter la question des OQTF à des fins électorales. Une accusation que l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, venu de reprendre ses fonctions après son rappel en avril 2025, a tenté de désamorcer sur France Inter. « Il s’agit de reconstruire une relation après près de deux ans de rupture quasi totale du dialogue », a-t-il sobrement reconnu.
Romatet a donné quelques chiffres : sur les quelque 51 000 Algériens en situation irrégulière recensés en France en 2025, seuls 2 500 feraient l’objet d’une mesure d’expulsion effective. Et d’ajouter : « Il est facile de mettre les gens dans l’avion, mais sans un lien de confiance avec l’Algérie, on ne peut pas les faire descendre. »
Un rapprochement encore fragile
Autre signe, modeste mais réel, d’apaisement : le retour à Alger de l’ambassadeur Stéphane Romatet, rappelé à Paris en avril 2025 pour consultations. En revanche, Alger n’a toujours pas nommé de nouvel ambassadeur à Paris, le poste étant vacant depuis le départ de Saïd Moussi le 30 juillet 2024.
La visite de Laurent Nuñez à Alger en février dernier avait déjà permis de renouer le fil d’un dialogue interrompu. Reste à savoir si celle de son homologue algérien à Paris, début juin, parviendra à dépasser les contentieux techniques pour apaiser durablement une relation que les deux capitales disent vouloir préserver, mais que chaque incident sur les expulsions menace de fissurer à nouveau.
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