Les algériens mettent en doute les intentions de la France concernant la réparation des relations avec El Mouradia

Cet article de Mohamed Meslem soulève des questions sur la sincérité de la France concernant l’apaisement de ses relations avec l’Algérie. Il pointe une contradiction dans la position française : alors que plusieurs ministres ont récemment visité l’Algérie pour relancer la coopération, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a tenu des propos provocants sur le Sahara occidental lors d’une visite au Maroc, réaffirmant le soutien de Paris à la souveraineté marocaine sur ce territoire. Ces déclarations, jugées inamicales par Alger, risquent de compromettre les efforts de rapprochement engagés depuis le début de l’année et renforcent les doutes algériens quant à la volonté réelle de la France de bâtir une relation stable et respectueuse.

Les déclarations et les actions des responsables français concernant les relations avec l’Algérie semblent évoluer selon deux axes contradictoires – une incohérence qui menace d’entraver le fragile processus de désescalade entre les deux pays et de laisser plusieurs points de discorde non résolus indéfiniment. Le premier d’entre eux est le cas du journaliste sportif Christophe Gleizes, pour lequel Paris rechercherait apparemment une grâce présidentielle auprès du président Abdelmadjid Tebboune.

Cette contradiction est particulièrement évidente dans les récentes déclarations du ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, lors de sa visite au Royaume du Maroc le week-end dernier. Compte tenu à la fois du moment et du lieu de ces déclarations, elles sont susceptibles de provoquer une vive insatisfaction parmi les décideurs algériens. Plus important encore, elles risquent de renforcer la perception répandue en Algérie selon laquelle Paris ne s’engage pas sincèrement à construire des relations calmes et stables fondées sur le respect mutuel.

Les déclarations de Barrot ont constitué une provocation sérieuse à un moment exceptionnellement sensible – seulement deux jours après la visite du ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, en Algérie. Dans une vidéo publiée sur le site web du ministère français des Affaires étrangères, Barrot a déclaré : « Concernant le Sahara occidental, dont je sais qu’il est une question existentielle pour le Maroc, mais aussi d’importance stratégique pour la France et la région, la position de la France – telle qu’exprimée par le Président de la République – est que le présent et l’avenir de ce territoire s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine. »

Il a ajouté : « Le plan d’autonomie proposé par le Maroc est la seule base pour une solution politique juste, durable et négociée. Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté cette approche dans la résolution 2797. La France se félicite de cette dynamique positive, ainsi que de la reprise des discussions directes entre toutes les parties concernées sur la base de ce plan d’autonomie. »

Le ministre français a poursuivi en affirmant que : « La France reste déterminée à jouer un rôle de premier plan. Nous continuerons à soutenir les efforts majeurs entrepris par le Maroc pour développer ces régions et améliorer les conditions de vie de leurs habitants. »

Barrot est allé encore plus loin en soulignant la mise en œuvre concrète de la politique française sur le terrain : « Comme je l’ai annoncé en 2024, nous avons renforcé notre présence consulaire et culturelle en ouvrant un centre de demande de visas et un centre Alliance Française à Laâyoune. Nous y avons également ouvert une nouvelle école, tandis que les entreprises françaises continuent d’investir avec le soutien de l’Agence Française de Développement et de nos partenaires. Ce n’est que le début. »

Ces remarques surviennent à un moment où les relations algéro-françaises montraient des signes de rapprochement significatif. Au cours des trois derniers mois seulement, trois ministres français ont visité l’Algérie, aboutissant à la reprise de la coopération sécuritaire et à la réactivation des procédures consulaires pour les ressortissants algériens résidant illégalement en France.

Ces progrès ne se sont pas produits spontanément. Ils ont été réalisés grâce à des efforts diplomatiques soutenus et à une détermination politique, notamment de la part de personnalités telles que Ségolène Royal, présidente de l’association « France-Algérie », à qui l’on attribue largement le mérite d’avoir contribué à apaiser les tensions entre les deux pays. Dans ce contexte, les déclarations de Jean-Noël Barrot semblent imprudentes et politiquement contre-productives, sapant des mois d’efforts minutieux visant à rétablir la confiance et à améliorer les relations bilatérales depuis le début de l’année.

Ce qui est particulièrement frappant, c’est que la visite de Barrot au Maroc n’était pas principalement dédiée aux relations bilatérales franco-marocaines, mais plutôt à l’ouverture de la « Deuxième Conférence ministérielle sur le maintien de la paix dans l’espace francophone ». Un tel événement régional ne justifiait guère des déclarations aussi provocatrices – surtout envers un pays que le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, a lui-même récemment décrit comme « le plus grand pays d’Afrique ».

Les interrogations sur la sincérité de la France concernant le rétablissement de relations paisibles avec l’Algérie deviennent encore plus évidentes lorsque l’on compare l’approche de Paris à celle de l’Espagne concernant la question du Sahara occidental. Depuis que Madrid a modifié sa position sur cette question, les autorités espagnoles se sont largement abstenues de politiser répétitivement le sujet dans les instances internationales des Nations unies ou lors de visites d’État officielles. La France, au contraire, a intensifié son engagement et son implication pour soutenir la position marocaine.

Comme Darmanin lui-même l’a reconnu, le soutien français au Maroc sur la question du Sahara occidental a dépassé la diplomatie traditionnelle. Cela est devenu évident lors des discussions aux Nations unies en octobre dernier, lorsque Paris aurait cherché à mobiliser les membres européens non permanents du Conseil de sécurité de l’ONU en faveur de la position marocaine. L’implication française a également inclus un soutien financier à des projets dans le territoire contesté, en plus des visites répétées de responsables français au Sahara occidental. De telles actions contredisent l’esprit des résolutions pertinentes des Nations unies, qui ne reconnaissent pas formellement le Sahara occidental comme faisant partie de la souveraineté marocaine. Elles soulèvent également des questions quant au respect des décisions rendues par les cours européennes, dont l’autorité juridique que la France est obligée de respecter dans le cadre des institutions européennes.

Les responsables français défendent souvent le changement de leur position sur la question du Sahara occidental au nom du principe de souveraineté nationale en matière de politique étrangère. Cependant, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a ouvertement décrit les positions de la France sur le Sahara occidental comme « peu amicales ». En termes diplomatiques, cette distinction est significative : bien que les États soient libres de définir leurs politiques étrangères de manière indépendante, adopter délibérément des positions perçues comme provocatrices tout en cherchant simultanément une réconciliation peut sérieusement compromettre les efforts pour reconstruire la confiance.

Ces remarques sont apparues parallèlement à l’annonce par le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, du report de la visite prévue en France de son homologue algérien, Saïd Sayoud. Bien que les responsables français aient attribué ce retard à des contraintes d’agenda, les déclarations provocatrices à ce moment précis ont alimenté les spéculations selon lesquelles le report pourrait être lié aux déclarations controversées des responsables français à la suite des récents échanges diplomatiques avec l’Algérie. Les prochains jours permettront probablement de savoir si cette interprétation s’avère exacte.

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