Près de dix ans après son retour au sein de l’Union africaine, le Maroc s’est imposé comme un acteur diplomatique et économique majeur sur le continent. Alliances renforcées, investissements stratégiques, présence accrue dans les institutions africaines : Rabat a incontestablement consolidé son influence.
Mais la finale de la CAN 2025, perdue face au Sénégal à Rabat, a révélé une autre réalité. Bien au-delà du terrain, les célébrations observées dans plusieurs capitales africaines ont mis en lumière une forme de distance persistante entre le royaume et une partie des opinions publiques subsahariennes. Pour nombre d’observateurs, cet épisode a illustré un malaise plus profond autour de l’identité africaine du Maroc.
Depuis son retour à l’Union africaine en 2017, Rabat a adopté une stratégie de long terme fondée sur la patience, la présence constante et le partenariat. Le royaume a obtenu un troisième mandat au Conseil de paix et de sécurité de l’UA et s’appuie sur un réseau solide d’alliés, notamment en Afrique de l’Ouest et centrale. Sa diplomatie est également soutenue par une forte présence économique dans les secteurs bancaires, des télécommunications, des engrais et de la formation.
L’Agence marocaine de coopération internationale constitue un levier essentiel de cette influence. Chaque année, des milliers d’étudiants et de cadres africains sont formés au Maroc, contribuant à tisser un réseau durable de relations à l’échelle du continent.
Sur le dossier du Sahara, le Maroc a aussi marqué des points, avec un soutien international croissant à son plan d’autonomie. Toutefois, la République arabe sahraouie démocratique demeure membre de l’Union africaine, ce qui rappelle les limites de la stratégie marocaine.
En parallèle, Rabat mise sur de nouveaux projets structurants, comme l’Initiative Atlantique, destinée à relier les pays sahéliens enclavés aux infrastructures portuaires marocaines. Cette ambition confirme la volonté du royaume de devenir un pivot régional.
Malgré ces avancées, l’enjeu reste autant politique qu’identitaire. Le Maroc a gagné en poids dans les institutions africaines, mais son intégration symbolique auprès des sociétés subsahariennes reste incomplète. Comme l’a montré la CAN, l’influence diplomatique ne suffit pas toujours à créer un sentiment d’appartenance partagé.
Avec Jeune Afrique
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