Géopolitique : un rapport allemand accuse les Émirats arabes unis d’alimenter les conflits en Afrique

Un rapport explosif publié par le think tank allemand Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (SWP) provoque de vives réactions dans les milieux diplomatiques. Dans cette étude consacrée au rôle des Émirats arabes unis sur le continent africain, les chercheurs allemands accusent Abou Dabi de jouer un rôle central dans plusieurs foyers de déstabilisation régionale.

Selon le document, les Émirats auraient développé au fil des années un vaste réseau d’influence politico-militaire s’appuyant sur des groupes armés locaux, des sociétés de sécurité privées et des circuits logistiques transfrontaliers. Le rapport évoque notamment des soutiens présumés à différentes factions engagées dans des conflits majeurs au Soudan, en Libye, en Éthiopie et dans la Corne de l’Afrique.

Le Soudan au cœur des accusations

Les auteurs du rapport pointent particulièrement la guerre civile soudanaise. Abou Dabi est accusé d’avoir apporté un soutien financier, logistique et militaire aux Forces de soutien rapide (FSR) dirigées par le général Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti ». Une implication qui, selon le SWP, aurait contribué à prolonger un conflit déjà catastrophique sur le plan humanitaire.

Les Émirats sont également accusés d’utiliser des réseaux commerciaux et aéroportuaires régionaux pour faciliter l’acheminement de matériel militaire vers certaines zones de guerre.

Libye, Éthiopie et Corne de l’Afrique

Le rapport revient aussi sur le soutien historique apporté au maréchal Khalifa Haftar dans l’est de la Libye, malgré les embargos internationaux sur les armes imposés par les Nations unies.

En Éthiopie, les chercheurs estiment que les drones fournis au gouvernement d’Abiy Ahmed ont joué un rôle important durant la guerre du Tigré. Dans la Corne de l’Afrique, le SWP s’inquiète également du rôle stratégique des infrastructures portuaires développées par les Émirats au Somaliland et au Puntland.

Selon l’étude, ces implantations renforcent l’influence géopolitique d’Abou Dabi tout en fragilisant certains États centraux africains déjà confrontés à de fortes tensions internes.

Dubaï accusée d’être une plateforme logistique

Autre point sensible du rapport : les flux d’or africain transitant par Dubaï. Les chercheurs décrivent un système économique opaque mêlant commerce de l’or, réseaux financiers et zones de conflit.

Le document affirme que des ressources issues de régions instables seraient exportées via les places commerciales émiraties, alimentant en retour des circuits d’approvisionnement militaire.

Une pression croissante sur l’Union européenne

Les conclusions du SWP mettent également les partenaires occidentaux face à leurs contradictions. Les chercheurs reprochent à plusieurs capitales européennes de maintenir une attitude conciliante envers les Émirats arabes unis en raison des intérêts économiques, énergétiques et stratégiques liant les deux parties.

Le rapport appelle notamment l’Union européenne à :

* renforcer les sanctions contre les réseaux violant les embargos sur les armes ;

* accroître la surveillance des flux financiers liés au commerce de l’or ;

* conditionner davantage les investissements stratégiques dans les infrastructures africaines.

Pour l’heure, les autorités émiraties n’ont pas officiellement réagi au contenu de cette publication, mais ce document pourrait accentuer les tensions diplomatiques entre certains pays européens et les monarchies du Golfe dans un contexte régional déjà extrêmement fragile.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*