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De la protection française à la protection sioniste… plus d’un siècle de trahison de la monarchie envers le Maroc

Mohammed Kandil – blogueur, militant des droits humains et critique politique marocain indépendant

La trahison du Maroc n’a pas été un incident passager dans l’histoire de la monarchie, ni une simple série d’erreurs politiques isolées imposées par des circonstances régionales ou internationales. Elle a plutôt constitué une ligne constante reliant toutes les étapes du pouvoir depuis le début du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Dès l’instant où les portes du pays furent ouvertes au colonialisme français en 1912, une équation claire s’est mise en place : le trône d’abord ; quant à la patrie, au peuple et à la souveraineté, ils n’étaient que des cartes de négociation, vendues et achetées chaque fois que le siège du pouvoir (le trône) vacillait. Ainsi est né le Maroc moderne, non comme un État libéré par une volonté populaire indépendante, mais comme une entité remodelée sous les yeux du colonialisme et avec les garanties conjointes du palais et du makhzen.

Ce qu’on a appelé le « protectorat français » n’était qu’un marché historique dans lequel l’indépendance du pays fut enterrée en échange du maintien de la structure traditionnelle du pouvoir. Le peuple marocain n’était pas partie prenante de cet accord ; il en fut la principale victime. Des millions de Marocains furent poussés vers la pauvreté, la conscription forcée et l’exploitation, tandis que les élites du makhzen s’adaptaient au colonisateur et reproduisaient leur influence sous sa bannière. Depuis cette époque, la logique du pouvoir est devenue claire : toute puissance étrangère capable de garantir la continuité du trône était la bienvenue, quel qu’en soit le prix national.

Puis vint la mise en scène de « l’indépendance », présentée aux Marocains comme une libération historique alors qu’elle ne fut, en réalité, qu’un recyclage du colonialisme sous une façade locale. Les accords d’Aix-les-Bains ne furent pas une victoire nationale, mais une vaste opération de contournement de la résistance armée et de l’Armée de libération.

Là, dans les paisibles stations françaises, le destin du Maroc fut décidé loin du sang des résistants qui combattaient dans les montagnes et les villages. On s’accorda sur un Maroc servant les intérêts français sur les plans économique et militaire, en échange de la remise du pouvoir absolu au palais. Il n’était donc pas surprenant que, juste après la « prétendue indépendance », commencent les campagnes d’élimination des véritables résistants, car leur existence menaçait l’accord originel sur lequel reposait l’entité makhzénienne moderne.

Avec le défunt Hassan II, la trahison entra dans une phase plus profonde et plus organisée. L’homme qui se présentait comme « Commandeur des croyants » et protecteur de la cause palestinienne tissait en réalité les relations secrètes les plus dangereuses avec Israël et ses services de sécurité. Le scandale du sommet de Casablanca en 1965 n’est pas un simple détail historique, mais une tache politique et morale que le temps n’efface pas.

Ouvrir les portes des sommets arabes au Mossad, enregistrer les réunions des dirigeants et des armées arabes au profit d’Israël, ce n’était pas de la « ruse diplomatique » comme certains tentent de le justifier, mais une trahison complète ayant contribué à renforcer Israël avant la défaite de 1967. Tandis que les peuples arabes scandaient leur soutien à la Palestine, l’entité marocaine agissait dans l’ombre avec la logique d’un courtier politique vendant tout le monde afin de consolider sa position auprès de l’Occident.

À l’intérieur du pays, la situation n’était guère meilleure. Les « années de plomb » n’étaient pas de simples « dépassements individuels » comme tente aujourd’hui de le faire croire la propagande du makhzen, mais l’essence même du véritable pouvoir makhzénien.

Enlèvements, torture, prisons secrètes, assassinats politiques, affamement du peuple, écrasement des opposants et transformation du pays en une ferme de peur collective : tout cela constituait des outils nécessaires à la survie d’une entité parfaitement consciente de son absence de véritable légitimité populaire. Le makhzen ne craignait pas tant les ennemis extérieurs que la prise de conscience des Marocains eux-mêmes.

Puis le dossier du Sahara occidental fut utilisé comme le plus grand instrument de chantage politique dans l’histoire contemporaine du Maroc. La question fut transformée d’un dossier complexe en un moyen de faire taire le peuple et de lier le patriotisme à la loyauté envers le trône.

Quiconque critiquait la corruption, le despotisme ou le pillage des richesses était immédiatement accusé de trahison. Ainsi, ce qui se fait appeler l’État devint une immense machine de propagande mêlant délibérément la patrie et le régime, tandis que la richesse était — et demeure — monopolisée au sein d’un cercle étroit lié au palais et aux appareils du makhzen.

L’année 2020 révéla enfin le visage ultime de ce long processus de dépendance. La normalisation avec Israël ne fut pas un événement soudain, mais le résultat naturel de décennies de relations secrètes, de coordination sécuritaire et d’infiltration progressive. La seule nouveauté fut la chute des masques. Après plus d’un siècle de protection française et occidentale, la #bande_du_makhzen passa officiellement à l’étape de la protection par le projet sioniste lui-même, en échange d’une prétendue reconnaissance américano-israélienne de la marocanité du Sahara occidental. Les portes du pays furent alors ouvertes à l’influence israélienne sur les plans politique, sécuritaire, économique, du renseignement, culturel et même religieux. Ainsi, dans la vision de nombreux Marocains opposés à la normalisation, le Maroc passa de la protection française à la protection sioniste, tandis qu’on demandait au peuple d’applaudir au nom du « réalisme » et des « intérêts supérieurs ».

Le plus dangereux dans ce qu’a fait l’entité monarchique makhzénienne n’est pas seulement la répression des opposants, le pillage des richesses ou le fait de se jeter dans les bras des puissances étrangères, mais sa tentative permanente de falsifier la conscience collective des Marocains, en les convainquant que le trône est la patrie, que le makhzen est l’État, et que tout rejet de cette réalité signifie le chaos et la trahison.

Mais la vérité que ce quasi-régime tente d’enterrer depuis plus d’un siècle est que les peuples ne se construisent ni par la peur, ni par l’allégeance à l’étranger, ni en transformant le pays en une entreprise privée gouvernée par une minorité protégée par l’argent, les appareils sécuritaires et les alliances extérieures.

Les noms des alliés ont changé au fil des décennies : France, États-Unis, Israël… mais la seule constante est restée la peur de la monarchie vis-à-vis du peuple, ainsi que sa disposition permanente à tout vendre pour survivre.

Ce dont les Marocains ont besoin aujourd’hui, ce ne sont pas davantage de slogans creux, ni de campagnes d’intimidation leur présentant à chaque étape de faux ennemis extérieurs, pendant que les racines réelles de la destruction continuent de croître au sein même des instruments du pouvoir (les pseudo-institutions).

Un État qui a appauvri son peuple, muselé ses opposants et lié l’avenir du pays aux calculs des capitales étrangères ne peut convaincre les gens qu’il protège la patrie. Il est temps que les Marocains distinguent le Maroc comme terre, peuple et histoire, de la structure qui a monopolisé la parole en son nom pendant de longues décennies. La patrie n’est ni le palais, ni le makhzen, ni les appareils qui gouvernent par le fer, le feu, la peur et les privilèges, mais les millions de Marocains privés de leur droit à la liberté, à la justice et à la dignité au nom de la « stabilité » et des « sacralités ». Et tout peuple qui n’ose pas nommer la véritable source de sa crise continuera de tourner dans le même cercle, quels que soient les visages et les discours qui changent.

Source : Facebook

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