Rachida estime que ce qui se produit aujourd’hui reflète une transformation structurelle du système thermique régional, caractérisée par une augmentation des journées extrêmement chaudes, une diminution des nuits fraîches et un allongement de la durée des vagues de chaleur, ce qui confirme le passage du changement climatique de la phase de projection théorique à celle de la validation sur le terrain.
De son côté, Zohir relie cette tendance générale à ce que confirment les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC (IPCC)), selon lesquels le réchauffement global entraîne une augmentation de la fréquence et de l’intensité des phénomènes climatiques extrêmes, notamment dans des régions comme l’Afrique du Nord, considérée comme l’un des points chauds climatiques mondiaux. Il insiste sur la nécessité d’une lecture scientifique prudente des données à court terme et sur l’usage de séries temporelles longues pour confirmer les grandes mutations climatiques.
Pour sa part, Narad estime que la succession des vagues de chaleur, des sécheresses et des pluies violentes en Algérie et en Afrique du Nord reflète clairement des transformations climatiques accélérées qui affectent directement l’environnement et l’être humain, soulignant que ces phénomènes ne sont plus exceptionnels ou ponctuels, mais deviennent plus fréquents et plus impactants que par le passé.
Disparités géographiques des impacts au sein du Maghreb
Rachida explique que les effets des vagues de chaleur combinées varient selon les pays du Maghreb en fonction de leurs caractéristiques géographiques et climatiques. Ainsi, les zones intérieures du Maroc sont davantage touchées en raison de leur caractère continental et de la sécheresse des sols, tandis que l’influence maritime sur les côtes atlantiques atténue relativement l’intensité du phénomène.
En Tunisie, Zohir souligne que les zones côtières connaissent de plus en plus des vagues de chaleur combinées persistantes jour et nuit, en raison de l’interaction entre chaleur et humidité, ce qui accroît le stress thermique et la sensation réelle de chaleur, même lorsque les valeurs absolues sont inférieures à celles des zones désertiques du Tunisie.
Narad ajoute que l’extension des zones désertiques et l’aggravation de la sécheresse entraînent une surexploitation des ressources en eau et l’assèchement des zones humides, menaçant la disparition ou la raréfaction de nombreuses espèces animales et végétales, et fragilisant davantage les équilibres écologiques dans la région.
L’eau et l’agriculture en zone de risque
Rachida met en garde contre le fait que les vagues de chaleur combinées exercent une pression croissante sur les ressources en eau et les systèmes agricoles, en augmentant les taux d’évaporation et le stress thermique, ce qui nuit à la croissance des cultures et affecte les phases de floraison et de maturation, notamment dans les cultures pluviales et céréalières.
Zohir confirme que la hausse des températures et l’accélération de la perte des eaux de surface et souterraines, surtout durant les périodes de sécheresse, aggravent le stress hydrique et menacent la sécurité alimentaire dans la région, avec une intensification du lien entre chaleur et sécheresse dans ce que l’on appelle les phénomènes climatiques composés.
Narad souligne également que les vagues de chaleur provoquent l’assèchement des sols et des zones humides abritant une riche biodiversité, et contribuent au dépérissement du couvert végétal, notamment des arbres à feuillage caduc qui perdent leurs feuilles et n’offrent plus l’ombre comme auparavant, ce qui menace directement à la fois les populations humaines et la biodiversité.
Politiques d’adaptation : un déficit institutionnel persistant
Rachida estime que les politiques d’adaptation dans les pays du Maghreb restent insuffisantes en raison d’une intégration limitée des indicateurs climatiques avancés dans la planification publique et de la faiblesse des approches territoriales fines.
De son côté, Zohir souligne que ces politiques souffrent également d’un manque de financement et d’une absence de coordination institutionnelle, ainsi que d’un recours à des solutions à court terme au lieu de réformes structurelles de long terme, malgré certains progrès relatifs dans les domaines de la gestion de l’eau et de l’agriculture.
Narad Hmim indique que les impacts des vagues de chaleur affectent désormais directement la vie quotidienne des populations, notamment en raison de la raréfaction de l’eau et de l’augmentation des risques sanitaires liés aux fortes variations thermiques dues à l’usage intensif de la climatisation. Cela appelle des politiques plus efficaces et anticipatives pour protéger les populations et les ressources naturelles.
Les trois experts s’accordent sur la nécessité de développer des systèmes d’alerte précoce multi-risques, de renforcer la gouvernance de l’eau et d’intégrer les scénarios climatiques futurs dans la planification territoriale et agricole.
Perspectives des deux prochaines décennies : vers une intensification des extrêmes climatiques
Les experts prévoient une augmentation continue des vagues de chaleur combinées au cours des deux prochaines décennies, en termes d’intensité, de fréquence et de durée, avec une possible extension aux saisons du printemps et de l’automne, traduisant une transformation rapide des caractéristiques du système climatique régional.
Zohir ajoute que les modèles climatiques, malgré leurs progrès, continueront de comporter une marge d’incertitude scientifique, mais que les indicateurs actuels montrent une aggravation du phénomène plutôt qu’un recul.
Source : Al Jazeera
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