Une nouvelle étude de faisabilité relance le mégaprojet vieux de 150 ans, qui pourrait relier l’Europe à l’Afrique en 30 minutes.
Et si, d’ici une décennie, il devenait possible de passer de l’Europe à l’Afrique en moins d’une demi-heure, sous les flots du détroit de Gibraltar ? Le rêve, caressé depuis 1869, est en train de prendre une tournure très concrète. L’Espagne et le Maroc viennent de franchir une nouvelle étape décisive dans l’étude d’un tunnel ferroviaire sous-marin destiné à relier les deux rives de la Méditerranée occidentale.
Un ouvrage titanesque sous le détroit
Le projet, longtemps relégué au rang d’utopie technique, prévoit la construction d’un tunnel de 38,7 kilomètres de long, dont 27,7 kilomètres immergés sous le niveau de la mer. À son point le plus profond, l’infrastructure atteindrait 475 mètres de profondeur, soit l’équivalent de près de 158 étages d’immeuble.
Le tracé retenu relie Punta Paloma, sur la côte espagnole, à Malabata, au Maroc. Contrairement à une idée reçue, le tunnel ne pourra pas être construit à l’endroit où la distance est la plus courte (14 km), car la mer y dépasse les 900 mètres de profondeur, un défi géologique trop important à ce jour.
L’ouvrage comprendra deux galeries principales de 7,9 mètres de diamètre chacune, destinées au transport ferroviaire de voyageurs et de marchandises, ainsi qu’une galerie de service de 6 mètres de diamètre. Ces trois espaces seront reliés par des jonctions transversales tous les 340 mètres.
Pourquoi pas un tunnel routier ?
Les ingénieurs ont d’ores et déjà écarté l’idée d’un tunnel routier, jugée irréalisable en raison de l’extrême complexité de la ventilation sur une telle distance et à une telle profondeur. Ce même choix avait présidé à la construction du tunnel sous la Manche entre la France et le Royaume-Uni.
Un voyage de 30 minutes entre deux mondes
Si le projet aboutit, le temps de trajet entre Tarifa et Tanger serait réduit à environ trente minutes, contre plusieurs heures aujourd’hui par ferry. Une révolution pour le transport de passagers et de marchandises, avec des retombées économiques potentielles majeures pour les deux rives de la Méditerranée.
Le verrou technique est levé, reste le financement
L’élément déclencheur de cette nouvelle dynamique est une étude réalisée en 2025 par le fabricant allemand de tunneliers Herrenknecht, qui confirme la faisabilité technique du projet. Un obstacle majeur vient donc de tomber.
Reste la question du calendrier et du budget. Selon les estimations actuelles, la construction ne serait pas réaliste avant 2035, avec un coût compris entre 15 et 20 milliards d’euros. Des institutions internationales comme la Banque mondiale et la Banque européenne d’investissement ont déjà fait part de leur intérêt pour participer au financement.
Les experts restent toutefois prudents : l’expérience des grands projets similaires montre que les dépassements de coûts sont fréquents, surtout dans des conditions géologiques extrêmes.
Une histoire vieille de 150 ans
L’idée d’un tunnel sous Gibraltar n’est pas nouvelle. Évoquée pour la première fois en 1869, elle avait été relancée au début du XXe siècle, puis concrétisée dans les années 1920 par des forages d’essai. Le projet avait été interrompu par la guerre civile espagnole. Plus d’un siècle plus tard, la technologie pourrait enfin rattraper l’audace des premiers visionnaires.
Si le projet se concrétise, ce tunnel deviendrait l’une des plus longues structures sous-marines du monde, et le premier lien ferroviaire fixe entre l’Afrique et l’Europe. Une connexion historique autant que technique.
Avec HLN
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