Relations algéro-émiraties : un contentieux politique sur fond de mémoire historique
Les relations entre l’Algérie et les Émirats arabes unis traversent une phase de fortes tensions, marquée par des divergences diplomatiques croissantes et par un débat de plus en plus vif autour d’un passé longtemps présenté comme exemplaire.
Au cœur de cette controverse figure l’évolution des rapports entre Alger et Abou Dhabi depuis l’arrivée au premier plan du dirigeant émirati Mohammed ben Zayed Al Nahyane. Pour une partie de l’opinion algérienne, cette évolution tranche nettement avec l’esprit de solidarité qui avait longtemps caractérisé les liens entre les deux pays.
L’histoire commune remonte aux premières années de la fédération émiratie. En 1969, le fondateur des Émirats arabes unis, Cheikh Zayed ben Sultan Al Nahyane, sollicite le soutien du président algérien Houari Boumediène afin de poser les bases d’une compagnie pétrolière nationale capable d’émanciper le jeune État de la dépendance aux grandes multinationales.
Alger répond favorablement. Le 2 décembre 1971, une équipe de jeunes cadres de Sonatrach est envoyée à Abou Dhabi sous la direction de Mahmoud Hamra Krouha, économiste formé à la Sorbonne. Quatre ans plus tard, le 1er juin 1973, il participe à la mise en place de l’Abu Dhabi National Oil Company (ADNOC), appelée à devenir l’un des piliers de l’économie émiratie.
Sous sa direction, la nouvelle entreprise structure sa chaîne de valeur, négocie des partenariats avec les compagnies internationales et engage la formation de cadres nationaux. Mahmoud Hamra Krouha restera à la tête de cette institution stratégique jusqu’en 1987.
Aujourd’hui, plusieurs voix en Algérie estiment que cette contribution historique est insuffisamment reconnue dans le récit officiel émirati. L’absence de référence au rôle joué par l’Algérie et par ses experts est perçue comme un effacement d’un épisode important de la coopération interarabe.
Au-delà de cette question mémorielle, les tensions actuelles s’inscrivent dans un contexte géopolitique plus large. Le rapprochement entre les Émirats arabes unis et Israël, formalisé par les Accords d’Abraham en 2020, a accentué les divergences avec Alger. L’Algérie maintient une position constante sur la question palestinienne et conditionne toute normalisation à la reconnaissance d’un État palestinien avec Al Qods pour capitale.
Pour les autorités algériennes, la présence israélienne croissante au Maghreb et au Sahel constitue un enjeu sécuritaire majeur. Cette lecture alimente la méfiance vis-à-vis des alliances régionales qui se dessinent depuis plusieurs années.
À Alger, certains observateurs dénoncent également une série d’actions indirectes visant à fragiliser l’image et l’influence de l’Algérie : campagnes de désinformation, diffusion de récits hostiles sur les plateformes numériques, financement présumé d’opérations d’influence et pressions diplomatiques dans certaines enceintes régionales.
Les inquiétudes s’étendent également au voisinage stratégique de l’Algérie. En Libye, le soutien émirati au maréchal Khalifa Haftar est régulièrement cité comme un facteur de crispation. Au Mali, les initiatives sécuritaires et militaires appuyées par Abou Dhabi sont suivies avec attention par Alger, qui considère la stabilité de ses frontières méridionales comme une priorité nationale.
Dans ce climat, les autorités algériennes affichent une ligne de fermeté. Le président Abdelmadjid Tebboune rappelle régulièrement que la souveraineté nationale constitue une « ligne rouge » et que toute atteinte aux intérêts stratégiques du pays appellerait une réponse appropriée.
Entre mémoire historique, rivalités d’influence et recompositions géopolitiques régionales, les relations entre Alger et Abou Dhabi apparaissent désormais marquées par une défiance croissante, loin de l’esprit de coopération qui avait présidé à leurs débuts.
Avec El Moudjahid
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