Le Maroc intensifie sa campagne diplomatique à Washington pour sécuriser le financement du futur gazoduc reliant le Nigeria au royaume chérifien, un projet stratégique destiné à ouvrir, à l’horizon 2031, une nouvelle voie d’approvisionnement en gaz vers l’Europe.
Une délégation marocaine conduite par Amina Benkhadra, directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), a multiplié ces derniers jours les réunions de haut niveau dans la capitale américaine. Selon les informations rapportées par L’Économiste, les discussions ont associé plusieurs acteurs institutionnels majeurs, parmi lesquels le département américain de l’Énergie, le département d’État, le Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche, le Groupe de la Banque mondiale, la Société américaine de financement du développement international, ainsi que plusieurs centres de recherche influents à Washington.
L’objectif de cette mission était double. D’une part, Rabat a présenté l’achèvement des principales études techniques du projet, notamment les analyses de faisabilité et les études d’ingénierie préliminaire (FEED). D’autre part, les autorités marocaines ont exposé les avancées de la structuration financière du gazoduc, avec la mise en place progressive de la future société chargée de sa gestion.
Le projet du gazoduc atlantique africain Nigeria-Maroc vient ainsi de franchir une nouvelle étape décisive. Après la finalisation du volet technique, l’accent est désormais mis sur l’architecture institutionnelle et financière. Selon la presse marocaine, une décision finale d’investissement pourrait intervenir avant la fin de l’année.
Conçu comme un vaste corridor énergétique reliant les ressources gazières de l’Afrique de l’Ouest au Maroc, puis au marché européen, le gazoduc vise plusieurs objectifs stratégiques : renforcer la sécurité énergétique euro-africaine, favoriser l’intégration régionale, améliorer l’accès à l’énergie et soutenir l’industrialisation du continent.
Le calendrier du projet s’est nettement accéléré en 2025. Entre mai et octobre, les études de faisabilité et le schéma d’ingénierie de base ont été bouclés. Parallèlement, les termes de l’accord intergouvernemental encadrant le passage du gazoduc à travers les États membres de la CEDEAO ont été adoptés et sont actuellement soumis à la signature des chefs d’État concernés.
En parallèle, la création de l’entreprise de gestion du projet progresse. Cette structure aura pour mission d’assurer la mobilisation des financements, la coordination opérationnelle et le pilotage global du chantier.
Au-delà de la dimension énergétique, Rabat met également en avant la complémentarité croissante entre ce corridor gazier et le développement des minerais critiques, jugés essentiels pour les chaînes de valeur de la transition énergétique mondiale.
Le projet repose enfin sur un cadre environnemental et social particulièrement exigeant, aligné sur les standards internationaux. Une évaluation d’impact publiée par l’ONHYM en octobre 2025 identifie plusieurs zones écologiquement sensibles sur le territoire marocain, notamment la baie de Dakhla, ainsi que les bassins du Drâa, du Souss et du Sebou, sans oublier les écosystèmes côtiers.
Ce dispositif prévoit des mécanismes de suivi conformes aux exigences de la Société financière internationale et de la Banque mondiale. Il inclut notamment des procédures de gestion des réclamations, la protection des moyens de subsistance des populations locales et le respect de la réglementation marocaine dès la phase de conception.
Avec ce projet, le Maroc cherche à se positionner comme un futur carrefour énergétique entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe, dans un contexte où la diversification des approvisionnements gaziers est devenue un enjeu géopolitique majeur.
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