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La députée écologiste Sabrina Sebaihi a annoncé le dépôt d’une proposition de loi visant à restituer à l’Algérie le canon historique connu sous le nom de Baba Merzoug, également appelé « La Consulaire ». Une initiative qui s’inscrit dans un contexte plus large de réflexion sur les relations mémorielles entre la France et l’Algérie.
Un symbole historique au cœur des tensions
Fabriqué au XVIe siècle durant la période ottomane, le canon Baba Merzoug occupait autrefois une place stratégique dans le port d’Alger. Après la prise d’Alger par les troupes françaises en 1830, il est transporté en France et installé à Brest, où il se trouve toujours aujourd’hui.
Pour de nombreux Algériens, cet objet dépasse sa dimension militaire : il constitue un symbole fort de souveraineté et de mémoire nationale. Sa présence en France est régulièrement perçue comme le reflet d’un passé colonial encore insuffisamment traité.
Une initiative politique à portée symbolique
Dans son annonce, Sabrina Sebaihi insiste sur la nécessité de repenser la gestion des objets historiques hérités de la colonisation. « On ne construit pas l’avenir sur des trophées de guerre », affirme-t-elle, soulignant que la restitution du canon représenterait un geste de reconnaissance et de justice.
La proposition de loi vise ainsi à inscrire dans le droit français un cadre permettant la restitution d’objets acquis dans des contextes de domination ou de conflit, en particulier lorsqu’ils possèdent une forte valeur symbolique pour les pays d’origine.
Un débat déjà engagé en France
Ces dernières années, la question de la restitution du patrimoine a pris de l’ampleur en France, notamment après le rapport remis en 2018 par les universitaires Bénédicte Savoy et Felwine Sarr. Celui-ci recommandait le retour d’œuvres africaines acquises durant la période coloniale.
Depuis, plusieurs restitutions ont été effectuées, notamment vers le Bénin et le Sénégal, mais chaque cas reste politiquement sensible et juridiquement complexe.
Entre mémoire et diplomatie
La restitution de Baba Merzoug pourrait constituer un geste fort dans les relations franco-algériennes, souvent marquées par des tensions liées à l’histoire coloniale. Elle soulève néanmoins des questions : quels critères définir pour restituer ? Jusqu’où aller dans ce processus ?
Si la proposition de loi doit encore être débattue au Parlement, elle relance un enjeu central : celui de la manière dont les nations affrontent leur passé. Pour ses partisans, restituer ce canon ne relève pas seulement du patrimoine, mais d’un acte politique visant à rééquilibrer une mémoire longtemps jugée « à sens unique ».
Une question ouverte
Au-delà du cas de Baba Merzoug, cette initiative pose une interrogation plus large : la restitution d’objets historiques peut-elle réellement contribuer à « réparer l’histoire » ? Le débat, à la fois historique, politique et moral, est loin d’être clos.

