Paris lamente la perte de ses positions dans le gaz algérien

Après le retrait définitif de la société « Engie » du champ « Touat Gaz » à Adrar,
des lamentations à Paris face à la perte de ses positions dans la production de gaz en Algérie

Avec l’aggravation de la crise énergétique mondiale due à la fermeture du détroit d’Ormuz et à la rareté des approvisionnements en provenance du Golfe, des « lamentations » et des regrets français ont émergé au grand jour à la suite de décisions jugées mal calculées dans le secteur gazier algérien. Le départ de la société « Engie » du champ de Touat Gaz, à un moment qualifié de « très mauvais », a été interprété comme un signe du recul continu de la présence et de l’influence françaises.

Ce regret en France s’est manifesté à travers un long article du journal « La Tribune », intitulé : « La crise mondiale du gaz frappe alors qu’Engie se retire de ses positions en Algérie ». Il y apparaît clairement que la décision, prise avant le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient dans un contexte alors considéré comme normal, s’est transformée aujourd’hui en une erreur stratégique coûteuse.

L’article, publié le 27 mars, indique que la formalisation du retrait de la société française du champ de Touat dans la wilaya d’Adrar, par décret présidentiel signé par le président de la République Abdelmadjid Tebboune en février 2026, ne constituait pas un simple ajustement du portefeuille d’investissements, mais s’inscrivait dans une recomposition plus profonde des équilibres énergétiques et des relations entre l’Algérie, l’Europe et ses partenaires traditionnels.

La source souligne que cette décision est passée à l’époque relativement inaperçue, bien qu’elle ait effectivement mis fin à la présence de l’un des principaux acteurs français dans le secteur gazier algérien. Ses conséquences ne sont apparues que quelques semaines plus tard, avec l’entrée des marchés mondiaux dans une phase de fortes turbulences en raison des tensions au Moyen-Orient.

Selon l’analyse de « La Tribune », le départ d’« Engie » a redistribué les parts au sein du projet Touat : l’italien Eni a renforcé sa position pour atteindre 43 %, tandis que la thaïlandaise PTTEP est entrée avec 22 %, alors que Sonatrach a conservé 35 % tout en gardant le monopole de la commercialisation de la production.

L’article précise que ce changement, qui semblait technique en apparence, a pris une dimension stratégique avec l’éclatement de la crise mondiale du gaz. La France apparaît ainsi comme ayant abandonné une position importante au moment même où elle aurait dû renforcer sa présence. La société française avait justifié son retrait par un repositionnement stratégique en accord avec ses engagements climatiques en Europe, mais cette explication ne résiste pas à une analyse plus large du contexte politique et économique.

« La Tribune » souligne également que les relations algéro-françaises sont entrées dans une phase de tension depuis 2024, notamment après la position française soutenant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Cela s’est directement répercuté sur le climat des affaires et a affaibli la présence des entreprises françaises dans le secteur des hydrocarbures. Les données montrent une chute notable des échanges commerciaux entre les deux pays, passés de 11,8 milliards d’euros en 2023 à 5,4 milliards en 2024, signe évident d’une perte progressive des positions économiques de Paris en Algérie.

L’article insiste sur le fait que ces évolutions ne peuvent être interprétées comme de simples décisions techniques isolées, mais comme le reflet d’une détérioration politique profonde, ayant un impact direct sur le positionnement des entreprises françaises, au profit d’autres partenaires plus en phase avec la nouvelle vision algérienne.

L’analyse souligne aussi que le retrait d’Engie n’était pas inévitable, comme le prouve le cas d’autres entreprises telles que « TotalEnergies », qui ont réussi à conserver leurs actifs grâce à des contrats de long terme. Cela soulève de sérieuses interrogations sur une mauvaise appréciation française de la situation. Parallèlement, l’Algérie a agi rapidement pour redéfinir ses partenariats énergétiques, en renforçant le rôle d’Eni comme partenaire clé vers le marché européen, profitant de relations solides avec l’Italie, dans un contexte où Rome cherche à sécuriser des approvisionnements alternatifs. Eni a ainsi consolidé sa position dans le champ de Touat Gaz en augmentant sa participation, bénéficiant d’une confiance accumulée, ayant versé plus de 1,2 milliard de dollars en taxes et redevances à l’Algérie en 2024, ce qui en fait la deuxième entreprise étrangère en termes de recettes pour l’État.

L’article de La Tribune note que ce choc énergétique mondial a remis l’Algérie sur le devant de la scène comme l’un des rares fournisseurs capables d’assurer une relative stabilité aux marchés européens, grâce à sa position géographique et à ses infrastructures prêtes. L’Algérie dispose notamment de deux gazoducs vers l’Europe, ce qui la rend moins vulnérable aux tensions que d’autres fournisseurs, renforçant ainsi son importance aux yeux des pays européens en quête d’alternatives urgentes.

Il est également fait mention de négociations en cours avec Rome et Madrid pour augmenter les approvisionnements, avec une révision des prix de 15 à 20 % pour les volumes supplémentaires, illustrant la solidité de la position de négociation de l’Algérie dans le contexte actuel.

Le rapport conclut que, bien que l’Algérie ne puisse pas remplacer entièrement le Qatar sur le marché du gaz naturel liquéfié, elle est devenue un acteur clé pour sécuriser une part importante des besoins européens, surtout dans un contexte de crises répétées.

Enfin, l’analyse conclut que ce qui s’est passé dans le champ de « Touat Gaz » dépasse le simple retrait d’une entreprise et révèle un profond changement dans les équilibres énergétiques : l’Algérie impose désormais ses conditions et redessine la carte de ses partenaires, tandis que la France se retrouve en dehors du jeu, observant à distance la perte de positions qui constituaient jusqu’à récemment l’un des piliers de son influence.

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