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La guerre en Iran, désormais entrée dans son deuxième mois, bouleverse en profondeur les équilibres énergétiques mondiaux. Privés d’une partie essentielle de leurs approvisionnements en gaz naturel en provenance du golfe Persique, de nombreux pays — de l’Europe occidentale à l’Asie de l’Est — se retrouvent contraints de repenser en urgence leur stratégie énergétique.
À court terme, certains acteurs en tirent profit. Les États-Unis, déjà premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), apparaissent comme les grands gagnants de cette crise. Les entreprises américaines anticipent une hausse de la demande et des prix, ainsi que de nouveaux investissements dans les infrastructures d’exportation.
Mais derrière cette opportunité économique se cache une fragilité structurelle : la dépendance au gaz importé expose les pays à des chocs géopolitiques majeurs. Après la flambée des prix consécutive à l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, le conflit iranien confirme une tendance inquiétante : le marché du gaz reste extrêmement volatil.
Le rôle du Qatar, qui assure habituellement environ 20 % des exportations mondiales de GNL, est central dans cette crise. La suspension brutale de ses livraisons, aggravée par des dommages importants à ses installations, a créé un déficit difficile à combler. Les autres producteurs ne disposent pas de capacités suffisantes pour compenser rapidement cette perte.
Face à cette situation, plusieurs pays ont déjà pris des mesures d’urgence. Le Japon, le Bangladesh et la Thaïlande ont accru leur recours au charbon pour produire de l’électricité, tandis que la Corée du Sud appelle à la sobriété énergétique. Parallèlement, la concurrence pour les cargaisons de GNL hors du golfe Persique s’intensifie.
Cependant, cette crise pourrait avoir des conséquences durables pour l’industrie gazière. De plus en plus de pays envisagent de réduire leur dépendance aux importations en développant des alternatives locales. Les énergies renouvelables, le nucléaire et même le charbon retrouvent ainsi un regain d’intérêt, malgré les enjeux climatiques.
En Europe, la consommation de gaz a déjà reculé d’environ 16 % depuis 2021, signe d’une adaptation progressive aux tensions du marché. En Asie, où la demande devait fortement croître d’ici 2030, cette dynamique pourrait ralentir si les prix continuent d’augmenter. Certaines prévisions évoquent une hausse de plus de 50 % des prix du GNL dans les prochaines années.
Cette incertitude pousse les États à réfléchir à leur sécurité énergétique. La Chine fait figure de modèle pour certains décideurs : en deux décennies, elle a massivement investi dans le charbon domestique, les énergies renouvelables et le nucléaire afin de limiter sa dépendance aux importations.
D’autres pistes existent, comme le développement de ressources nationales de gaz ou l’augmentation des capacités de stockage. Mais ces solutions nécessitent du temps et des investissements considérables.
Pour l’instant, les consommateurs américains sont relativement épargnés grâce à l’abondance de la production nationale. Toutefois, si la demande mondiale pour le gaz américain continue de croître, une hausse des prix pourrait également se faire sentir aux États-Unis dans les années à venir.
Au-delà des fluctuations immédiates, la guerre en Iran agit comme un révélateur : dans un monde marqué par les tensions géopolitiques, la sécurité énergétique devient une priorité stratégique. Et le gaz naturel, longtemps présenté comme une solution de transition, pourrait perdre de son attrait au profit de sources d’énergie jugées plus sûres et plus autonomes.
Avec The New York Times