Site icon Maghreb Online

Sahara Occidental : Une visite onusienne àla Minurso à El Aaiún: visite technique ou prélude à un changement ?

Une équipe de hauts responsables et d’experts du Département des opérations de maintien de la paix (DPO) des Nations unies s’est rendue le 24 mars à Laâyoune, dans le Sahara occidental, pour une mission d’évaluation de terrain de la Minurso. L’information, révélée par le site arabophone Hespress citant des sources onusiennes, n’a à ce stade fait l’objet d’aucune confirmation officielle de la part de l’organisation internationale.

Selon les informations disponibles, la délégation doit procéder à une série d’inspections des installations de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso), incluant ses quartiers généraux et ses bases opérationnelles. L’objectif affiché serait d’évaluer ses conditions de travail et l’efficacité de son action, afin d’alimenter un rapport d’évaluation global destiné aux instances décisionnaires de l’ONU.

Une procédure de routine dans un contexte politique tendu

Si cette visite s’inscrit, pour certains observateurs, dans une procédure administrative classique, le contexte géopolitique actuel lui confère une portée particulière. « Ce type de mission d’évaluation technique est généralement considéré comme une procédure interne de routine, à faible visibilité médiatique, contrairement aux visites de nature politique comme celles de l’envoyé personnel du secrétaire général », explique Lahoucine Bekkar Sbaï, politologue et expert en géostratégie.

Cependant, l’expert souligne que cette mission intervient dans une phase de « projection concrète » du projet marocain d’autonomie. Sa mise en œuvre, selon lui, pourrait nécessiter une architecture internationale de suivi, avec des mécanismes encadrés par l’ONU. « À court terme, cela passerait par des dispositifs de maintien de la paix, susceptibles d’évoluer vers des structures civiles : forces de police internationales ou instances dédiées aux droits humains », précise-t-il.

Par ailleurs, cette visite ne peut être dissociée du mouvement plus large de remise en question des missions onusiennes, notamment de la part de l’administration américaine. Le 20 mars, lors d’une audition au Congrès à New York, le représentant permanent des États-Unis, Mike Waltz, a confirmé qu’un « réexamen stratégique » de la présence onusienne au Sahara occidental était en cours, dans le cadre d’une critique plus globale de l’efficacité du système onusien.

Entre perspectives d’évolution et limites structurelles

La Minurso, dont le mandat relève du Conseil de sécurité et non de l’Assemblée générale, est soumise à des logiques décisionnelles spécifiques. Le rapport issu de cette évaluation pourrait être examiné par le secrétaire général de l’ONU ou son envoyé personnel, Staffan de Mistura, lors de consultations souvent tenues à huis clos.

Pour Lahoucine Bekkar Sbaï, au-delà des mécanismes diplomatiques, les récents rounds de négociations – à Washington, Madrid puis à nouveau Washington – ne suffisent plus. « Pour avancer, les responsables internationaux doivent désormais descendre sur le terrain, dialoguer avec les populations locales et les acteurs institutionnels, afin de traduire les propositions politiques contenues dans le Plan d’autonomie marocain en réalités opérationnelles. »

En l’absence de confirmation officielle et de publication des conclusions de cette mission, sa portée réelle reste difficile à apprécier. Elle pourrait néanmoins peser sur l’avenir de la Minurso, tant sur le plan de son mandat que de ses modalités opérationnelles, dans un contexte de remise en question globale des opérations de paix onusiennes.

Source : Jeune Afrique

Quitter la version mobile