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Crise énergétique mondiale : l’Algérie au cœur des convoitises européennes


Dans un contexte international marqué par de fortes tensions géopolitiques et une instabilité accrue des marchés énergétiques, l’Algérie s’impose comme un acteur clé dans l’approvisionnement en gaz naturel de l’Europe. Après la visite de la cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, en début de semaine, c’est au tour du ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, de se rendre à Alger pour renforcer les liens énergétiques entre les deux pays.

Cette séquence diplomatique intervient alors que le conflit au Moyen-Orient perturbe profondément les circuits d’approvisionnement en gaz. Des frappes ayant touché le site stratégique de Ras Laffan, au Qatar, premier complexe mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), ont accentué les tensions sur les marchés. Résultat : une flambée des prix et une inquiétude croissante en Europe, fortement dépendante des importations.

Dans ce contexte, l’Algérie, premier producteur de gaz naturel en Afrique et dixième au niveau mondial, attire toutes les attentions. « Fournisseur stable, fiable et constant », selon José Manuel Albares, le pays est devenu depuis trois ans le principal partenaire gazier de l’Espagne.

Les livraisons s’effectuent aujourd’hui exclusivement via le gazoduc sous-marin Medgaz, reliant directement les deux rives de la Méditerranée. En revanche, le gazoduc Gaz Maghreb Europe (GME), qui transitait par le Maroc, est à l’arrêt depuis fin 2021, conséquence directe de la rupture diplomatique entre Alger et Rabat.

Les relations entre l’Algérie et l’Espagne ont elles aussi connu des turbulences. En 2022, le soutien de Madrid au plan marocain pour le Sahara occidental avait provoqué une crise diplomatique majeure avec Alger. Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, avait alors suspendu plusieurs accords, dont le traité d’amitié entre les deux pays.

Mais face aux enjeux énergétiques actuels, le pragmatisme semble l’emporter. Le traité a été réactivé récemment, sans que l’Espagne ne modifie sa position sur le dossier sahraoui. Une normalisation progressive qui répond à une priorité commune : sécuriser l’approvisionnement en gaz.

L’Union européenne, durement touchée par la hausse des prix, cherche à diversifier ses sources d’énergie. Le gaz algérien représente aujourd’hui environ 12 % des importations du bloc. L’Italie, également connectée directement à l’Algérie par gazoduc, a d’ailleurs annoncé vouloir renforcer sa coopération, notamment dans le développement du gaz de schiste et l’exploration offshore.

Cependant, malgré cet intérêt renouvelé, les capacités de l’Algérie restent limitées. Si le pays peut augmenter légèrement ses exportations, il ne dispose ni des réserves ni des infrastructures nécessaires pour compenser une éventuelle défaillance majeure du Qatar. D’autant que la demande intérieure algérienne est en hausse, notamment pour répondre aux besoins en électricité.

Ainsi, si l’Algérie apparaît aujourd’hui comme une alternative stratégique dans un marché sous tension, son rôle demeure contraint par des réalités structurelles. Dans un monde énergétique fragilisé, aucune solution unique ne semble en mesure de répondre à la crise actuelle.

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