Bouteflika : Les socialistes espagnols n’ont pas été honnêtes avec les Sahraouis (Wikileaks)

Abdelaziz Bouteflika-Senator Richard Lugar (Photos : Commons Wikimedia)

Le sénateur Lugar discute du Sahara occidental et des relations entre l’Algérie et le Maroc avec Bouteflika.

  1. (C) Résumé. Le sénateur Richard Lugar, président de la commission des relations étrangères du Sénat, accompagné de l’ambassadeur, du commandant suprême des forces alliées en Europe, le général James Jones, et des membres de sa délégation, a rencontré le président Abdelaziz Bouteflika dans la matinée du 18 août. Après cette rencontre, le sénateur Lugar et sa délégation sont partis pour Tindouf afin de superviser la libération des 404 derniers prisonniers de guerre marocains détenus par le Polisario. Lugar a exprimé sa gratitude pour les efforts déployés par Bouteflika en vue de créer une nouvelle dynamique pour le règlement du conflit du Sahara occidental. Bouteflika a rappelé l’engagement qu’il avait pris en 2001 auprès du président Bush de soutenir James Baker, soulignant qu’il avait tenu parole et accepté le plan Baker, mais que la démission de Baker avait laissé un vide qui n’avait pas été comblé. Bouteflika a réitéré l’assurance que le Sahara occidental ne serait pas un casus belli pour l’Algérie, mais a indiqué que le Polisario avait le droit de reprendre les combats « sur son propre territoire » s’il le décidait. Bouteflika a insisté sur le fait que l’Algérie respecterait le résultat d’un référendum quelle qu’en soit l’issue, mais qu’elle ne serait pas partie prenante aux négociations avec le Maroc au nom des Sahraouis. Bouteflika s’est vivement plaint de l’annulation par le Maroc, à la dernière minute, en juin, de la rencontre prévue à Rabat entre le Premier ministre Ouyahia et le roi Mohammed, déclarant qu’il ne pouvait accepter de « traiter les relations diplomatiques d’une manière aussi irresponsable ». Faisant référence aux conseils des présidents Bush et Chirac lui demandant de tenir compte de la jeunesse du roi Mohammed, Bouteflika a déclaré : « Je ne suis pas Jésus-Christ et je ne tends pas l’autre joue ». L’Algérie était prête à discuter d’« intérêts objectifs » avec le Maroc, mais uniquement si les Marocains étaient « sérieux ». Le sénateur Lugar a indiqué que le président Bush lui avait demandé d’entreprendre cette mission humanitaire, ajoutant que les États-Unis souhaitaient que l’Algérie et le Maroc rouvrent leur frontière terrestre et renouent le dialogue au plus haut niveau. Bouteflika pensait‑il que les Marocains comprenaient sa position sur un référendum ? Bouteflika a répondu que le Sahara occidental était inscrit à l’ordre du jour de l’ONU depuis les années 1970. L’Algérie était favorable au respect du droit international et défendait le droit à l’autodétermination, mais n’accepterait pas d’être un partenaire de négociation sur le sort du Sahara occidental avec la France, l’Espagne, le Maroc ou les États-Unis. Fin du résumé.

MISSION LUGAR

  1. (U) Le sénateur Richard Lugar, président de la commission des relations étrangères du Sénat, et sa délégation, qui comprenait le commandant suprême des forces alliées en Europe, le général James Jones, ont visité l’Algérie les 17 et 18 août dans le cadre d’une mission présidentielle visant à superviser la libération des 404 derniers prisonniers de guerre marocains détenus par le Front Polisario à Tindouf. Le sénateur Lugar, l’ambassadeur, le général Jones et les membres de la délégation de Lugar ont rencontré le président Abdelaziz Bouteflika pendant deux heures et demie dans la matinée du 18 août avant de s’envoler pour Tindouf. Le sous‑secrétaire d’État adjoint pour le Proche‑Orient (NEA) Gray, le général Gration (J‑5 de l’EUCOM), le directeur Pounds (NSC) et le chef de mission adjoint ont également assisté à la réunion, au cours de laquelle Bouteflika était entouré du directeur de cabinet présidentiel Belkheir, du chef d’état‑major de l’armée, le général Gaïd Salah, du président du Conseil de la nation Bensalah, et du ministre délégué aux affaires maghrébines et africaines Messahel. Un télégramme distinct rend compte de la discussion entre Lugar et Bouteflika sur les relations américano‑algériennes et un certain nombre de questions régionales.

UNE MISSION HUMANITAIRE

  1. (C) Le sénateur Lugar a commencé par transmettre les salutations du président Bush, qui soutenait pleinement la mission humanitaire visant à obtenir la libération des prisonniers de guerre marocains. L’initiative prise par Bouteflika devrait créer de nouvelles opportunités pour l’Algérie et le Maroc et développer une dynamique en vue de résoudre le conflit du Sahara occidental. Lugar a noté que la nomination par le secrétaire général de l’ONU d’un nouvel envoyé personnel, van Walsum, était un signe positif du soutien des Nations unies. Bouteflika a chaleureusement accueilli le sénateur Lugar et sa délégation, ajoutant qu’il connaissait les qualités de consensus du sénateur. Bouteflika a déclaré qu’il savait que certaines inquiétudes existaient à Washington concernant la rencontre prévue par Lugar à Tindouf avec le leader du Polisario, Abdelaziz, mais qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter car il s’agissait strictement d’une mission humanitaire. Les Sahraouis, a‑t‑il dit, parleraient de leurs préoccupations, mais cela ne devrait « offenser personne dans la patrie de Washington et Wilson », le leader d’une guerre pour l’indépendance et le père fondateur de l’idée d’autodétermination.
  2. (C) Bouteflika a rappelé sa première rencontre avec le président Bush en 2001, au cours de laquelle le président lui avait demandé s’il était prêt à travailler avec James Baker. Bouteflika avait promis au président qu’il collaborerait avec Baker et il l’avait fait (c’est‑à‑dire accepter le plan Baker et obtenir que le Polisario l’accepte également) jusqu’à la démission de Baker. La démission de Baker avait laissé un vide dans le processus de règlement qui n’avait toujours pas été comblé. Bouteflika a loué Baker pour sa capacité à voir les besoins des deux parties, le Maroc et le Polisario. Baker « représentait les valeurs américaines que nous admirons ».

SAHARA OCCIDENTAL : PAS UN CASUS BELLI, MAIS LE POLISARIO A LE DROIT DE COMBATTRE

  1. (C) Évoquant l’accord de Houston négocié par Baker avec le Maroc et le Polisario, Bouteflika a dit qu’il n’était pas encore en politique à l’époque. Mais à l’époque, il avait trouvé l’accord défectueux car il ne fixait pas de délai de mise en œuvre. Il a déclaré que s’il avait été le Polisario, il aurait signé l’accord mais aurait insisté sur le droit de reprendre les armes au bout de six mois ou d’un an s’il n’était pas appliqué. Le Polisario payait aujourd’hui le prix de ne pas avoir exigé un délai.
  2. (C) Bouteflika a indiqué que, lorsqu’il était devenu président en 1999, il avait pris une position qui n’avait pas été totalement acceptée à l’époque par l’armée et les services de renseignement, à savoir que le Sahara occidental ne serait jamais un casus belli pour l’Algérie. Le Polisario ne peut pas entraîner l’Algérie dans une guerre, a‑t‑il souligné. Mais s’il décidait de combattre « sur son propre territoire », ce serait sa décision. S’il le faisait, il ne serait pas autorisé à combattre au Sahara occidental pour ensuite revenir en Algérie en tant que base arrière.

LE MAROC DOIT RETOURNER À L’ONU

  1. (C) Bouteflika a dit qu’il avait exhorté le Maroc à revenir dans le cadre des Nations unies. Lorsque l’Irak a envahi le Koweït, la communauté internationale s’est mobilisée, mais le Sahara occidental était considéré comme une « simple question tribale » alors même qu’il avait été une colonie espagnole. Bouteflika a critiqué l’Espagne, déclarant que les socialistes espagnols n’avaient pas été honnêtes avec les Sahraouis. De temps à autre, l’Espagne approchait l’Algérie pour engager des négociations avec la France, le Maroc et l’Espagne en vue de résoudre le conflit. L’Algérie, cependant, n’avait aucune revendication sur le Sahara occidental et ne négocierait pas au nom des Sahraouis. Bouteflika a souligné qu’il ne faisait que défendre l’autodétermination, un principe inscrit dans la Charte des Nations unies. Le Maroc voulait améliorer ses relations avec l’Algérie, mais l’Algérie ne répondrait pas tant que le Maroc n’accepterait pas de revenir dans le cadre onusien. La seule chose que l’Algérie demandait au Maroc était d’accepter les résolutions du Conseil de sécurité et le droit international. C’est mon vœu le plus sincère, a dit Bouteflika.

L’ALGÉRIE ACCEPTERA LE RÉSULTAT DU RÉFÉRENDUM

  1. (C) Bouteflika a déclaré qu’il était prêt à signer dès maintenant un document engageant l’Algérie à accepter le résultat d’un référendum, quelle qu’en soit l’issue. Il a reconnu qu’un référendum était une « boîte de Pandore », mais l’Algérie en accepterait le résultat. L’Algérie défendrait le droit à l’autodétermination, même si elle était le dernier État membre de l’ONU à le faire.

« JE NE SUIS PAS JÉSUS-CHRIST »

  1. (C) Selon Bouteflika, les relations bilatérales avec le Maroc avaient commencé à gagner du momentum plus tôt dans l’année. Le Premier ministre Ouyahia était prêt à se rendre à Rabat avec une importante délégation. De nombreux accords bilatéraux avec le Maroc dataient des années 1960 et ils avaient grand besoin d’être révisés. Les Marocains avaient informé Bouteflika que le roi Mohammed recevrait Ouyahia et sa délégation. Puis, seulement une heure plus tard, les Marocains avaient déclaré que « les circonstances n’étaient pas favorables » à la visite, bien que celle‑ci eût été préparée des mois à l’avance. Bouteflika a souligné qu’il ne pouvait accepter de traiter les relations diplomatiques « d’une manière aussi irresponsable ». Le Maroc serait toujours le voisin de l’Algérie, aucun des deux pays ne déménagerait et ils devaient s’entendre. Mais il était inacceptable de traiter des questions sérieuses de manière « puérile ». Bouteflika a déclaré que dans ses discussions avec les présidents Bush et Chirac, entre autres dirigeants, on lui avait dit que le roi était jeune tandis que lui était un diplomate chevronné. Mais, a‑t‑il dit, « je ne suis pas Jésus-Christ » et je ne tends pas l’autre joue.
  2. (C) Bouteflika a rappelé qu’il était né au Maroc et qu’il connaissait très bien ce pays. Le Maroc avait beaucoup à gagner de la réouverture de la frontière terrestre, car le nord‑est du Maroc dépendait des échanges avec la région d’Oran en Algérie. Même avec la frontière fermée, le Maroc gagne trois milliards d’euros par an grâce à la contrebande, a‑t‑il affirmé. Les deux pays ont des intérêts objectifs à améliorer leurs relations, mais si les Marocains veulent discuter d’une normalisation des relations, ils doivent être sérieux dans la façon dont ils traitent l’Algérie.
  3. (C) Abordant le sujet de l’Union du Maghreb arabe, Bouteflika a dit que si les Libyens organisaient un sommet, il y participerait pour en faire un succès, non pour embarrasser qui que ce soit. Dès que le Maroc reviendrait dans le cadre onusien pour le Sahara occidental, l’Algérie s’engagerait sur les relations bilatérales et l’UMA.

LES ÉTATS‑UNIS S’EFFORCENT DE FAIRE CE QUI EST JUSTE

(C) Le sénateur Lugar a déclaré que les États‑Unis s’efforçaient d’agir conformément aux valeurs démocratiques des droits de l’homme et au respect du droit à l’autodétermination dont Bouteflika avait parlé. Les États‑Unis agissaient même lorsque leurs intérêts nationaux n’étaient pas directement en jeu, parce que c’était la juste chose à faire. C’est dans ce contexte que le président Bush lui avait demandé d’entreprendre cette mission. Le président respectait l’initiative de Bouteflika pour obtenir la libération des prisonniers et cherchait des moyens d’améliorer les relations algéro‑marocaines. Les États‑Unis estimaient que les deux pays devraient rouvrir leur frontière et renouer le dialogue au plus haut niveau. Les États‑Unis souhaitaient travailler avec l’Algérie pour voir comment ils pouvaient faire la différence.

(C) Le sénateur Lugar a demandé si Bouteflika pensait que le gouvernement marocain comprenait sa position selon laquelle l’Algérie soutiendrait les résultats d’un référendum quels qu’ils soient. La question de savoir qui aurait le droit de vote était‑elle encore un problème important ? Quelles étaient les autres questions principales ? Bouteflika a répondu que le Sahara occidental n’était pas une nouvelle question pour l’ONU. Baker avait fait un très bon travail, et le secrétaire général de l’ONU disposait d’une liste complète des électeurs pour un référendum. L’Algérie accepterait les résultats d’un référendum, mais cela ne signifiait pas qu’elle « tolérerait des manœuvres marocaines ». Le Sahara occidental était inscrit à l’ordre du jour de l’ONU depuis les années 1970, en même temps que Brunei, le Suriname et le Belize, tous indépendants depuis longtemps. L’Algérie soutenait le respect du droit international. Elle n’accepterait pas d’être un partenaire de négociation sur le Sahara occidental avec la France, l’Espagne, le Maroc ou les États‑Unis, mais elle défendrait le droit à l’autodétermination.

(U) Le sénateur Lugar n’a pas eu l’occasion d’approuver ce message.

(U) Minimize considered.
ERDMAN

Source : Wikileaks

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