CAN 2025 : « Quelque chose qui nous semble pourri et on appelle ça le pénal », la contrattaque cinglante du Sénégal après la victoire du Maroc sur tapi vert

Le président et les avocats de la Fédération sénégalaise de football ont tenu une conférence de presse ce jeudi matin pour dénoncer la victoire sur tapis vert du Maroc lors de la dernière CAN et promis de se battre pour la conserver par la voix juridique.

Le Sénégal fait feu de tout bois un peu plus d’une semaine après l’annonce de la victoire à la CAN 2025 du Maroc sur tapis vert. En marge du match amical entre les Lions de la Téranga et le Pérou, samedi (17h) au Stade de France, le président de la fédération sénégalaise (FSF), Abdoulaye Fall, et une équipe interationale de six avocats (suisse, espagnol, français et sénégalais) de la FSF ont tenu une très longue conférence de presse, ce jeudi à Paris.

Mercredi, le Tribunal arbitral du sport (TAS) avait annoncé avoir reçu le recours du Sénégalpour contester la décision du jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF) d’avoir accordé sur tapis la CAN 2025 au Maroc, deux mois après la finale pourtant remportée sur le terrain par le Sénégal (1-0, a.p.).

Le Sénégal va demander une procédure accélérée au TAS

L’instance a frappé fort pour sanctionner la sortie du terrain de plusieurs joueurs sénégalais afin de contester contre un penalty accordé au Maroc dans le temps additionnel. Le président Abdoulaye Fall a d’abord pris la parole avant de la laisser à Mr Seydou Diagne coordinateur, qui a dénoncé une « décision absurde et irrationnelle » tout en déplorant les conditions dans lesquelles s’est déroulée l’audience devant le jury d’appel.

« La présidente nous a posé deux questions et en a fait de même avec la partie marocaine. Ensuite on nous dit qu’on va nous mettre en salle d’attente. L’audience n’a pas repris. Ce sont les Marocains, rentrés chez eux, qui nous ont indiqué que l’audience était terminée. C’était abracadabrantesque. (…) Voilà comment les droits de la Fédération ont été violés. C’est plus qu’une décision de justice, c’est un attentat aux droits de la défense, au football, à la discipline sportive. Violer de façon aussi effrontée les lois 5 et 6 du jeu, c’est s’attaquer à la discipline. Si le monde du football laisse faire, le prochain vainqueur de la Coupe du monde pourrait se jouer dans les cabinets d’avocats. Ce n’est plus la peine d’avoir des centres de formation mais formez des grands avocats pour avoir des étoiles sur vos maillots. »

« Un pool d’avocats contre la corruption, contre les cinq personnes (du jury) nommément désignées « 

Puis, Me Seydou Diagne a tenu à « rassurer les supporters » en assurant « qu’aucune décision n’ordonne la restitution des trophées et des médailles ». Me Juan de Dios Crespo Perez a pris le relais en dénonçant « une affaire qui va contre le monde du football » en s’attardant sur la supposée partialité des cinq membres qui composaient le jury.

Me Diagne a ainsi annoncé avoir engagé une « procédure pénale internationale » contre les cinq personnes du jury (Asogbavi Komlan, Masauko Timothy Msungama, Moez Ben Tahar Nasri, Roli Daibo Harriman et Faustino Varela Monteiro) qui ont rendu « cette décision absurde et scandaleuse ». « Lorsqu’une victime arrive à disposer d’indices qui peuvent se révéler graves et concordants de nature à justifier des procédures pénales ou internationales, c’est ce que nous sommes en train de faire contre les cinq personnes qui ont fait fait cet outrage à la discipline sportive et à la victorie acquise sur le terrain », a-t-il lancé.

« Nous avons deux équipes internationales de défense. Je coordone un pool d’avocats contre la corruption, contre les cinq personnes nommément désignées. Les plaintes sont rédigées, les choses sont en train d’être structurées, les juridictions sont identifiées que ce soit aux Etats-Unis, New York ou Washington. C’est ce qui explique la présence de Me Pierre-Olivier Sur qui a une longue expérience en procédure pénale internationale. Nous n’accusons pas pour l’instant le Royaume du Maroc mais nous avons des suspicions légitimes et des éléments qui fondraient une enquête pénale internationale pénale internationale, déjà annoncé dans un communiqué officiel du gouvernement. »

Il a précisé un peu plus tard viser notamment le membre du jury tunisien, Moez Ben Tahar Nasri, président de la Fédération tunisienne de football dont le siège comme « membre indépendant » a pu interpeller, même s’il est tout à fait autorisé. « Il m’a interrogé, il a pensé montrer ce qu’il pensait devoir montrer à la présidente du jury. Nous avons noté beaucoup de choses que nous allons mettre dans un mémoire écrit à déposer à la formation arbitrale », a-t-il confié en voulant rester vague sur la stratégie de défense.

« La Fédération et ses avocats ne craignent rien »

Dans cette affaire, le Sénégal veut aller vite pour conserver son trophée et rétablir son honneur. « Une procédure au TAS dure entre 9 et 12 mois », a rappelé Me Serge Vittoz. « L’idée est de demander une procédure accélérée. Mais il faut pour cela que toutes les parties soient d’accord pour cette procédure. On verra quelles seront les positions des autres parties, à savoir la Confédération africaine de football et la Fédération royale marocaine de football. Si une procédure accélérée était acceptée, on pourrait avoir un verdict dans les deux mois. »

Me Moussa Sarr a fustigé les « manœuvres et manigances » de la CAF qui « a tenté un hold-up ». « On veut laver cet affront », a-t-il ajouté. « Le sport ce n’est pas le tapis vert », a précisé Me Pierre Olivier Sur. « On ne parle pas encore de corruption mais on ne parle pas de décision rendue par la raison, d’éthique ou de règles vraiment sportives. Ce que veulent nos adversaires est une médaille empoisonnée. On va chercher les causes de ce poison, c’est quelque chose qui nous semble pourri et on appelle ça le pénal. » L’ancien bâtonnier de Paris a rappelé par ailleurs que « le Maroc n’est pas nommé champion ». « Ils ont gagné 3-0 (sur tapis vert) mais ne sont pas vainqueurs de la CAN. La Fédération et ses avocats ne craignent rien. »

Selon une source proche, la Fédération marocaine prend acte du dernier communiqué du TAS et aborde cette nouvelle étape avec sérénité. La Fédération continuera de défendre l’application stricte des règles connues de tous et qui protègent la stabilité des compétitions.

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