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Wikileaks : Au Sahara occidental, « nous avons le dos au mur. Aidez-nous ! » (Bouteflika à un ambassadeur américain)

Le 25 juin 2008, Robert S. Ford, l’ambassadeur des États-Unis en Algérie, a été reçu par le président algérien Abdelaziz Bouteflika. « De toute évidence, Bouteflika ne fera pas pression sur les Sahraouis pour qu’ils s’assoient avec les Marocains afin de discuter uniquement de l’autonomie », a écrit le diplomate américain dans le compte rendu de cette rencontre.

Objet : Bouteflika sur le Sahara occidental : Nous avons le dos au mur – Aidez-nous

Le président Bouteflika a plaidé pour l’assistance des États-Unis afin de trouver une percée dans l’impasse du Sahara occidental lors de la visite d’adieu de l’ambassadeur le 24 juin. Bouteflika a déclaré que les États-Unis avaient toujours soutenu l’autodétermination, et que le changement apparent de politique pour soutenir la position du Maroc était douloureux et déroutant pour les Algériens. Il a ajouté qu’il avait été très prudent pour ne pas laisser la relation bilatérale souffrir en raison du changement de politique américaine sur le Sahara occidental, mais qu’avec les États-Unis et la France soutenant le Maroc, « nous avons le dos au mur ».

L’ambassadeur a dit à Bouteflika que les États-Unis avaient toujours soutenu l’idée de l’autonomie comme un moyen d’avancer de manière pragmatique. Il a déclaré que si les deux parties n’adoptaient pas une position réaliste, l’impasse actuelle pourrait durer encore 30 ans, voire plus. L’ambassadeur a dit qu’il vaudrait mieux pour les réfugiés sahraouis vivre sous un bon plan d’autonomie plutôt que de continuer à vivre dans des camps de réfugiés. Il a ajouté que les États-Unis ne demandaient pas au Polisario d’accepter le plan marocain, mais d’accepter de négocier sur l’autonomie et de mettre leur propre proposition sur la table. L’ambassadeur a poursuivi en disant que les États-Unis soutiendraient une large mesure d’autonomie. Il a cité l’exemple des Kurdes en Irak qui jouissent de larges compétences au sein d’un État irakien uni.

Bouteflika a répondu que l’Algérie ne ferait aucun compromis sur sa position concernant le droit des Sahraouis à choisir l’indépendance, ajoutant que les Algériens considèrent cela comme une question de principe. Il ne faut pas permettre aux puissants d’écraser les faibles. Bouteflika a dit que les États-Unis avaient soutenu l’indépendance du Timor oriental et qu’ils devraient donc aussi soutenir les Sahraouis. Le Polisario a sa propre influence diplomatique sur le continent africain, a-t-il ajouté, ce que l’Algérie ne peut simplement ignorer. Bouteflika a commenté que les Marocains avaient commis une erreur en liant la sécurité du trône au Sahara occidental. L’Algérie ne cherchait pas à déstabiliser le Maroc. La stabilité du Maroc, a-t-il insisté, était vitale pour la stabilité de l’Algérie.

Bouteflika a dit à l’ambassadeur qu’il devrait appartenir aux Sahraouis de décider s’ils veulent l’indépendance, même si la solution finale venait par étapes sur plusieurs années. Il a ajouté que c’était la raison pour laquelle l’Algérie était si attachée au plan Baker. Après que l’ambassadeur eut souligné que le plan Baker n’avait généré aucun mouvement vers une solution, Bouteflika est resté évasif et a de nouveau plaidé pour l’aide américaine afin de résoudre l’impasse actuelle.

Commentaire : De toute évidence, Bouteflika ne fera pas pression sur les Sahraouis pour qu’ils s’assoient avec les Marocains afin de discuter uniquement de l’autonomie ; les Algériens nous l’ont dit constamment au cours des neuf derniers mois. Cela dit, comme il l’a fait avec le secrétaire d’État adjoint pour le Proche-Orient Welch (cf. référence), Bouteflika a indiqué qu’il voulait trouver une issue à l’impasse. Il n’y a tout simplement pas de réflexion créative ici sur la façon d’y parvenir.

FORD

Classifié par : L’ambassadeur Robert S. Ford,
Wikileaks, 25 juin 2008

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