Le Maroc dans les « dossiers Epstein » : quand les chiffres parlent… et que la politique est mise dans l’embarras

Les révélations contenues dans ce que l’on appelle les « dossiers Epstein » ne relèvent pas uniquement du registre des scandales moraux ou des dérives sexuelles, ni même de la presse sensationnaliste. Elles touchent au cœur d’une question politique contemporaine majeure : comment les relations entre élites sont-elles gérées ? Et où se situe l’État face aux réseaux d’influence transnationaux ?

Les archives publiées ne fonctionnent pas selon la logique de l’inculpation judiciaire directe, mais selon une logique bien plus complexe — et plus inquiétante : celle des réseaux, de la densité et de la répétition. Ici, les chiffres deviennent un langage en soi. Ils ne condamnent pas, mais ils obligent à interroger.

Selon les données disponibles, le nom du Maroc apparaît 1 475 fois dans les registres. Un chiffre qu’il est difficile d’ignorer ou de considérer comme anecdotique.
Quant aux villes, Marrakech est citée 2 260 fois, un nombre exceptionnel comparé à de grandes métropoles internationales. Tanger apparaît 58 fois, et Agadir 17 fois.

Une telle présence ne peut être réduite, de manière simpliste, à celle d’une « destination touristique ». Une répétition de cette ampleur renvoie davantage à une fonction au sein d’un réseau de relations internationales qu’à une simple coïncidence géographique.

La présence des noms : pas une condamnation… mais pas sans signification

Du côté des personnalités marocaines, plusieurs noms de premier plan apparaissent dans les archives, notamment :

  • Mostafa Terrab, président-directeur général du groupe OCP : cité 32 fois ;
  • Othman Benjelloun : mentionné 14 fois ;
  • Taïeb Fassi Fihri, ancien conseiller royal ;
  • Mohamed Ali El Himma, conseiller royal et acteur politique central.

Il convient de rappeler que la mention d’un nom ne constitue en aucun cas une condamnation juridique. Toutefois, la politique ne se gère pas uniquement selon la logique des tribunaux, mais aussi selon celles de la responsabilité, de la transparence et du contexte. Epstein n’évoluait pas en marge, mais au sein de réseaux élitistes étendus regroupant des responsables politiques, des hommes d’affaires, des universitaires et des artistes de nombreux pays.

Les questions qui s’imposent

La question essentielle n’est donc pas : untel ou untel est-il impliqué ?
Mais plutôt des interrogations plus profondes et plus dérangeantes :

  • Pourquoi une telle concentration sur le Maroc et ses villes en particulier ?
  • Quel rôle fonctionnel certains de ces espaces ont-ils joué dans le réseau relationnel d’Epstein ?
  • Sommes-nous face à une géographie fermée de relations élitistes ou à une simple répétition touristique ?
  • Quels noms n’ont pas encore été révélés ? Et lesquels apparaîtront lors des prochaines phases de publication des archives ?
  • Pourquoi n’existe-t-il pas de débat institutionnel transparent permettant d’inscrire ces données dans leur cadre politique, au lieu de les laisser aux mains des fuites et des interprétations ?

L’épreuve de l’État, et non le scandale des individus

Dans sa dimension marocaine, l’affaire Epstein ne met pas tant à l’épreuve la moralité des individus que la capacité de l’État à traiter des informations sensibles avec sang-froid et responsabilité politique.
Dispose-t-on des outils d’analyse nécessaires ? Les institutions sont-elles en mesure de gérer ce type de données complexes sans déni ni surenchère ?

Les chiffres ne condamnent pas, mais ils interrogent.
Et celui qui refuse de répondre politiquement se condamne symboliquement.

Sara Benhabbach (Source : Facebook)

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