Maroc : Hassan II et la sorcellerie

Il existe un aspect de la personnalité du défunt roi Hassan II qui a longtemps échappé à la compréhension des Occidentaux, à savoir son attachement à certaines croyances empreintes de pratiques occultes.

La vie quotidienne du défunt roi Hassan II, entouré de ses proches, de son entourage, de sa cour et de son harem, n’était pas exempte de pratiques et de comportements fortement marqués par la sorcellerie. Loin de l’image d’un roi tenant fermement les rênes du pouvoir et incarnant la modernité, imprégné de culture occidentale en général et de francophonie en particulier, apparaissent certains traits de Hassan II en tant qu’homme, parfois intéressé par la magie, la sorcellerie et certaines croyances superstitieuses.

L’histoire nous enseigne que le pouvoir a toujours eu recours aux mythes, à la sorcellerie et à la magie, parallèlement à l’usage de la force, de la ruse politique et de la planification visant à se maintenir au pouvoir.

Bien que le défunt roi Hassan II fût rationnel et « cartésien » dans ses relations avec l’Occident et dans sa gestion des affaires contemporaines et économiques, il a montré à plusieurs reprises, à des moments espacés, qu’il ne se limitait pas à reconnaître l’autorité de la raison seule. Il a, à plus d’une occasion, eu recours à l’influence de la sorcellerie et de la magie, notamment face à des situations dont l’issue échappait à la raison, à la ruse et à la planification.

De nombreux récits, conservés dans la mémoire collective, ont été rapportés par ceux qui ont vécu au palais ou qui étaient proches du roi et informés de ce qui se passait derrière les murs de la cour.
Beaucoup d’Occidentaux, notamment des Français, ont été perplexes face à ce qu’ils percevaient comme une personnalité double, voire contradictoire. À leurs yeux, Hassan II incarnait la modernité mieux que quiconque au Maroc : il parlait un français raffiné que peu de Français maîtrisent eux-mêmes et possédait une grande culture. Pourtant, il apparaissait parfois plus conservateur que les plus traditionalistes, attaché à des coutumes anciennes, incluant la croyance en certaines superstitions, en la sorcellerie ou en la magie.

Plusieurs sources ont confirmé l’intérêt du défunt roi pour les univers mystérieux de la magie et de la sorcellerie, ainsi que sa recherche de fqihs, devins, astrologues et sorciers, dont certains proposaient leurs services à la cour et aux hauts responsables.

Les responsables politiques et économiques ont souvent recours aux services des sorciers dans des moments de forte concurrence ou de tension. Il convient de noter que la sorcellerie n’est pas propre au Maroc : c’est un phénomène mondial. Même de grands dirigeants comme Napoléon ou Hitler, par exemple, ont été associés à ce type de pratiques. De même, l’œil figurant sur le dollar américain aurait initialement pour fonction de conjurer le mauvais œil dans un pays pourtant réputé pragmatique et rationnel.

Les rois alaouites et l’oued Massa
Parmi les croyances singulières respectées par Hassan II figurait l’interdiction de traverser l’oued Massa, considéré comme porteur de malheur pour le roi ou sa famille. Lors de ses déplacements vers le sud, il évitait de le franchir en hélicoptère plutôt qu’en voiture.

Le « tabaroud »
Au début de son règne, circulait la croyance que son corps était protégé par une force surnaturelle appelée « tabaroud », censée le rendre invulnérable aux armes. Il s’agirait d’un mélange secret, accompagné de rituels et de talismans, relevant de la magie noire selon certains, tandis que d’autres y voyaient une construction symbolique visant à renforcer l’aura sacrée du souverain.

Cette image d’invulnérabilité s’est fissurée après les tentatives de coup d’État de 1971 (Skhirat) et 1972 (attaque de l’avion royal), qui ont montré aux Marocains que le roi restait exposé aux dangers comme tout être humain.

La « baraka » et les djinns
Une autre croyance populaire attribuait au roi une « baraka » particulière le protégeant. Certains affirmaient même qu’il contrôlait des djinns grâce à des érudits religieux et des pratiques ésotériques.

La Marche Verte et les croyances
Avant le lancement de la Marche verte en 1975, Hassan II aurait consulté un fqih réputé, Mohamed El Habib, qui lui aurait prédit le succès accompagné de difficultés.

Superstitions et rituels
Le palais se montrait méfiant face à certaines coïncidences, comme la concordance d’une fête religieuse avec un vendredi, considérée comme de mauvais augure. Des récits évoquent également des lieux « hantés » dans certains palais, nécessitant des rituels spécifiques.

Sorcellerie et pouvoir
Les historiens s’accordent à dire que la sorcellerie, les mythes et les rumeurs constituent des instruments de pouvoir. Ils participent à la construction du charisme du dirigeant et peuvent servir à renforcer ou affaiblir son autorité.

Ainsi, la relation de Hassan II avec certaines croyances a alimenté de nombreuses histoires, parfois favorables, parfois critiques. Toutefois, à partir de la fin des années 1970, l’image de la monarchie a évolué, notamment après les tentatives de coup d’État et les mouvements sociaux.

Enfin, il est rapporté que Hassan II s’intéressait au livre Le Prince de Machiavel, qui propose des stratégies de pouvoir, incluant l’usage de l’illusion et de la manipulation — ce qui rejoint, selon certains historiens, le rôle des récits et croyances dans la gestion du pouvoir avant l’ère moderne.

Source : Alhiwar Almoutamaddin

#Maroc #HassanII #Sorcellerie #Superstitions #Croyanes

Visited 23 times, 25 visit(s) today