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L’hégémonie occidentale se jouera peut-être en Iran (Xavier Dupret)

Dans un entretien dense accordé à Mohsen Abdelmoumen, l’économiste belge Xavier Dupret livre une analyse critique des mutations économiques, sociales et géopolitiques contemporaines. Entre révolution technologique, fragilité du modèle européen et recomposition du monde, il esquisse un tableau inquiet mais nuancé de l’époque actuelle.

Une révolution technologique aux effets sociaux incertains

Selon Dupret, l’essor de l’intelligence artificielle et de la robotique doit être abordé avec prudence, mais il annonce déjà des bouleversements majeurs. Les emplois du secteur tertiaire, en particulier les postes de classe moyenne, seraient les plus exposés. Cette automatisation massive pourrait engendrer un déséquilibre économique profond : moins d’emplois signifie aussi moins de consommation, fragilisant ainsi la croissance.

Contrairement aux révolutions technologiques passées, les nouveaux secteurs ne créeraient pas suffisamment d’emplois pour compenser les pertes. Pour Dupret, cette dynamique pourrait accentuer un chômage « technologique » durable, sans solution évidente à court terme.

Un capitalisme fragilisé mais pas condamné

L’économiste s’inscrit dans une lecture hétérodoxe des crises récentes. Il estime que les séquelles de la crise financière de 2008 et de la pandémie de Covid-19 pèsent encore lourdement sur les économies occidentales. Les États, fortement endettés, restent dépendants de politiques monétaires qui ont surtout bénéficié aux plus riches.

Toutefois, Dupret relativise le discours alarmiste sur la dette publique. Le véritable problème ne serait pas tant le niveau des dépenses que l’insuffisance des recettes fiscales, notamment due à une taxation trop faible des grandes fortunes. Il plaide ainsi pour un rééquilibrage en faveur du travail et une relance des politiques sociales.

L’Europe à la croisée des chemins

Face à ces défis, le modèle social européen est, selon lui, sous pression mais encore viable. Dupret défend le rôle de l’État-providence, estimant qu’il peut amortir les effets destructeurs de l’automatisation, notamment via le développement des services publics.

Il critique en revanche l’orientation néolibérale de l’Union européenne et appelle à une refonte politique : reconnaissance du passé colonial, partenariats équilibrés avec le Sud global et positionnement plus indépendant vis-à-vis des grandes puissances. Pour lui, l’avenir de l’Europe passe par une adaptation au monde multipolaire, et non par un repli national.

Vers un monde multipolaire et conflictuel

Sur le plan international, Dupret rejette l’idée d’une simple répétition historique mais souligne une absence préoccupante de coopération mondiale. Inspiré des analyses de Charles Kindleberger, il pointe un déficit de leadership global, propice aux tensions.

Il décrit un affrontement entre deux visions : celle des États-Unis, fondée sur la libéralisation financière, et celle de la Chine, axée sur la souveraineté économique. Ce clivage alimente les conflits actuels et bloque la mise en place de biens publics mondiaux.

Radicalisation politique et tensions géopolitiques

Dupret exprime une forte inquiétude face à la montée des idéologies autoritaires en Occident, qu’il associe à une réaction des élites face au déclin de leur puissance. Il analyse notamment les interventions militaires récentes comme des ruptures avec le droit international, marquant une radicalisation des politiques américaines sous l’influence de figures comme Donald Trump et Benjamin Netanyahou.

Dans ce contexte, il estime que des régions comme le Moyen-Orient pourraient devenir des points de bascule dans la fin de l’hégémonie occidentale.

Un engagement tiers-mondiste assumé

Enfin, Dupret revendique une vision « tiers-mondiste », favorable au non-alignement et au respect des souverainetés. Il salue notamment le rôle de pays comme l’Algérie dans les luttes de libération nationale et soutient fermement le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, qu’il considère comme une question emblématique de la persistance du néocolonialisme.

Conclusion

À travers cette interview, Xavier Dupret dresse un diagnostic sévère des transformations en cours : une économie fragilisée par la technologie, des États affaiblis mais réformables, et un monde en transition vers un nouvel équilibre des puissances. Entre pessimisme structurel et espoir politique, il insiste sur un point central : rien n’est inéluctable, et les choix collectifs restent déterminants.

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