Jeffrey Epstein : de l’ascension fulgurante à la mort suspecte

C’est une bombe à fragmentation qui, chaque jour, atteint de nouvelles personnalités. Politiques, diplomates, artistes, têtes couronnées. Leurs noms se retrouvent dans les « Epstein Files » et ils sont sommés de se justifier. Aux États-Unis, Bill et Hillary Clinton, convoqués par le Congrès américain. En Europe, Jack Lang et sa fille Caroline, contraints à la démission.

En Grande-Bretagne, le gouvernement bousculé par les liens dévoilés entre l’ex-ministre Peter Mandelson et Jeffrey Epstein. La couronne britannique, elle aussi fragilisée par de nouvelles révélations sur l’ex-prince Andrew. Jusqu’en Norvège, où la princesse héritière a dû s’excuser publiquement pour son amitié avec le prédateur sexuel. Qui était Jeffrey Epstein ? D’où vient sa fortune, son réseau ? Comment a-t-il pu agir en toute impunité pendant si longtemps ?

L’homme qui a côtoyé les puissants a toujours cultivé le mystère. Comme dans une interview face à Steve Bannon, l’ancien conseiller de Donald Trump :

Q: Pensez-vous être le diable en personne ?

R: Je ne sais pas pourquoi vous dites ça?.

Q: Vous avez tous les attributs du diable, vous êtes intelligent.

R: Non, le diable me fait peur.

L’histoire de Jeffrey Epstein est celle d’un jeune homme parti de rien qui a bâti une fortune. Une incroyable ascension sociale, ponctuée dès le départ de mensonges, de tromperies et d’escroqueries. Voici la maison dans laquelle il a grandi à Brooklyn. Ce n’est vraiment pas un quartier riche de New York. Ses parents étaient issus de la classe ouvrière. Son père travaillait comme agent d’entretien de la ville.

Il commence sa carrière comme professeur de mathématiques dans cette prestigieuse école de New York, s’inventant un diplôme qu’il n’a jamais eu. Il séduit par son assurance les riches parents d’élèves qui lui ouvrent les portes de Wall Street.

En 1982, il monte une société de conseil financier et une rencontre fait basculer son destin. Celle avec Leslie Wexner, le PDG de la célèbre marque de lingerie Victoria’s Secret. Jeffrey Epstein le convainc de gérer sa fortune. Devenu son homme de confiance, il profite largement de la générosité de son mentor.

Il lui a donné un avion. Il lui a même donné une maison à Manhattan, dans le quartier de l’Upper East Side. Une propriété de 2000 mètres carrés, d’une valeur de 51 millions de dollars. C’est l’une des plus chères de New York. Pendant les années 90, grâce à son protecteur, Jeff Epstein se construit une fortune colossale. Il s’achète plusieurs résidences de luxe, comme cette villa à Palm Beach en Floride, ce ranch au Nouveau-Mexique, cet appartement avenue Foch à Paris et une île entière aux îles Vierges. Le patron de Victoria’s Secret révélera plus tard que Jeffrey Epstein lui a volé beaucoup d’argent, mais il ne portera jamais plainte contre lui.

Désormais riche à millions, Jeffrey Epstein se construit un immense réseau. Et c’est une femme qui va l’introduire auprès des puissants. Ghislaine Maxwell, la fille d’un célèbre patron de presse britannique. C’est elle qui a présenté à Jeffrey Epstein l’ancien président américain Bill Clinton, mais aussi l’ex-prince Andrew, la rockstar Mick Jagger, ou encore le pape Jean-Paul II.

C’est aussi Ghislaine Maxwell qui recrute de nombreuses jeunes femmes. Elle a été condamnée à 20 ans de prison pour trafic sexuel au profit de son ex-compagnon. Auditionnée par le Congrès américain lundi dernier depuis sa prison, elle a fait savoir qu’elle ne témoignerait qu’en échange d’une grâce présidentielle. J’invoque mon droit au silence. Son témoignage pourrait être capital pour éclairer toutes les zones d’ombre du parcours de Jeffrey Epstein.

C’est en Floride, au début des années 2000, qu’il va commettre ses premiers crimes sexuels. Dans sa maison de Palm Beach, le paradis des milliardaires. Il a notamment comme voisin Donald Trump.

Sur ces images filmées en 1992, on voit les deux hommes faire la fête chez celui qui deviendra président des États-Unis 25 ans plus tard. De l’autre côté de ce pont, West Palm Beach, un autre monde où règne la misère et la pauvreté. Jeffrey Epstein y a recruté ses premières victimes. « J’ai grandi dans un mobile home à West Palm Beach.

Courtney Wild vient à peine d’avoir 14 ans quand elle croise la route du millionnaire américain : « Un jour, mon ami et moi sommes allés à une fête d’anniversaire et quelqu’un a dit « Qui veut gagner 200 dollars ? » Écrivez votre nom et votre numéro de téléphone sur ce morceau de papier ». » Il nous a dit : « Tu dois juste faire un message à un type à Palm Beach, il est super riche. »

Une semaine plus tard, elle reçoit un coup de fil.

Wild : « Jeffrey a demandé à l’un de ses chauffeurs de venir nous chercher dans une grosse voiture noire. J’ai su que quelque chose n’allait pas à la seconde où j’ai pénétré dans sa maison. Je me suis demandé pourquoi voulait-il que je vienne ici ? Je n’avais que 14 ans. Lorsque je l’ai vu, il était vêtu d’un peignoir. Il s’est présenté et s’est installé à plat ventre sur la table de massage. Il m’a demandé si je pouvais enlever mon soutien-gorge. Et c’est ce que j’ai fait. Mais je lui ai dit que je n’étais pas à l’aise avec le fait d’enlever ma culotte. Et avant que je ne m’en rende compte, une fois la conversation terminée, il s’est donné du plaisir et m’a agressée sexuellement pendant ce temps ».

À l’époque, de nombreuses jeunes adolescentes des quartiers pauvres subissent les mêmes abus. En mars 2005, deux ans après la première rencontre entre Courtney White et Jeffrey Epstein, une mère de famille alerte la police par téléphone. Le point de départ d’une enquête.

Dame : « Allô, bonjour. Il y a eu un incident qui a eu lieu il y a trois semaines avec une de mes belles-filles. Elle a eu une altercation au lycée et elle avait plus de 300 dollars sur elle. On lui a demandé d’où ça venait et on a découvert qu’elle allait chez un monsieur à Palm Beach pour lui faire des massages. Il les paie pour ça. Je voulais savoir si vous aviez déjà entendu parler de cette histoire ? »

Monsieur : Non, c’est la première fois que j’entends ça. Ok.

Pendant 13 mois, des investigations sont menées dans le plus grand secret, car les enquêteurs savent que Jeffrey Epstein est puissant et craignent qu’il interfère dans leur travail. À l’insu de Jeffrey Epstein, ils ont pris ses poubelles et ils les ont fouillées. Sigrid McCauley est l’une des avocates emblématiques de l’affaire. Elle représente des dizaines de victimes.

Et c’est là qu’ils ont trouvé des choses, comme des blocs de messages qui montraient que de très jeunes filles apprêtent à la maison pour laisser des messages, pour venir faire un massage. Ces notes, les voici. Des messages téléphoniques consignés par les employés du millionnaire. À l’époque, Courtney Wilde et 30 autres mineurs témoignent auprès du FBI. Les preuves sont accablantes.

Ils disposaient en fait d’une quantité considérable d’éléments. Mais ce qui n’a pas fonctionné, c’est le côté politique. C’est la hiérarchie qui a empêché l’enquête d’avancer et d’engager des poursuites supplémentaires. Ce n’est donc pas qu’ils n’avaient pas les éléments nécessaires pour le maintenir en prison jusqu’à la fin de sa vie. C’est qu’ils ne les ont pas utilisés. Ils ont choisi de ne pas les utiliser.

Tout aurait pu s’arrêter là. C’était la première occasion de mettre Jeffrey Epstein définitivement hors d’état de nuire. Mais ses avocats vont réussir à négocier un accord historique avec la justice américaine.

Alors que le financier encourt la perpétuité, il est finalement condamné en 2008 à 18 mois de prison. Dans sa cellule VIP jamais fermée. Au bout de trois mois, il est même autorisé à sortir 12 heures par jour.

Témoin 1 : « C’est absolument choquant. Franchement, si n’importe quel autre individu aux Etats-Unis avait agressé 30 mineurs, il aurait été emprisonné à vie ».

Le 22 juillet 2009, Jeffrey Epstein est libéré. Pendant 10 ans, il va continuer à perpétrer de nouveaux crimes sexuels en toute impunité.

Le millionnaire Jeffrey Epstein a été arrêté à la suite de nouvelles accusations sexuelles. Il a été arrêté suite à une opération d’infiltration pour une enquête sur trafic présumé de mineurs en Floride et à New York. Quand en juillet 2019, Jeffrey Epstein est finalement rattrapé par la justice, un nouveau fiasco va empêcher de faire toute la lumière sur cette affaire et priver les victimes de procès. Le millionnaire Jeffrey Epstein s’est suicidé. Au bout de 36 jours de détention dans cette prison de Manhattan, alors qu’il est censé être particulièrement surveillé, Jeffrey Epstein est retrouvé mort dans sa cellule. Epstein s’est pendu. Les médias évoquent un suicide, mais ses proches pensent qu’il a été assassiné parce qu’il en savait trop.

Ce samedi matin-là, la télévision était allumée sur CNN dans un restaurant. Le frère de Jeffrey Epstein fait partie de ceux qui ne croient pas au suicide. Il a accepté de leur accorder une interview exceptionnelle à la condition de ne pas montrer son visage. Nous sommes juste autorisés à diffuser ces anciennes photos de lui. L’un des héritiers du millionnaire dit craindre pour sa vie.

Il y a eu des menaces contre mes enfants et des menaces contre moi. Les gens voulaient me soutirer de l’argent. Ils disaient « donnez-moi 10 000 dollars ou je tue vos enfants ». Ce genre de choses. Même s’il ne dispose pas d’éléments irréfutables, Mark Epstein se bat désormais pour élucider les circonstances de la mort de son frère. Pourquoi il aurait été tué d’après vous ?

Mark : « Il connaissait des secrets sur des gens. Un jour, j’ai discuté avec mon frère, c’était en 2016, avant l’élection entre Trump et Hillary Clinton. Il m’a dit, je cite, « Si je dis ce que je sais sur les deux candidats, ils devront annuler l’élection. » Il a été tué, j’en suis sûr. Et le gouvernement étouffe l’affaire ».

Pour conforter sa théorie, il s’appuie sur les anomalies qui auraient, selon lui, émaillé l’autopsie de Jeffrey Epstein. Le millionnaire américain a été retrouvé avec un drap enroulé autour du cou. S’est-il pendu ? A-t-il été étranglé ? Le lendemain du décès, comme le veut la procédure, un médecin légiste de la ville de New York est chargé de réaliser l’autopsie du détenu.

C’est cette femme, nommée Christine Roman. Mais Mark Epstein a demandé à ce qu’un autre expert indépendant assiste à l’examen. Michael Baden est l’un des médecins légistes les plus connus des Etats-Unis. Dans les années 70, le Congrès américain fait appel à lui pour mener une enquête sur la mort du président Kennedy. Voici la veste portée par le président Kennedy au moment de son assassinat.

-Il a été mandaté par le footballeur O.G. Simpson pour faire l’autopsie de son ex-femme assassinée et par la famille de George Floyd, un afro-américain tué par la police lors de son arrestation en 2020. Michael Baden revendique plus de 20 000 autopsies. Celle de Jeffrey Epstein l’a particulièrement marquée.

-Il a constaté des marques et des fractures sur son corps qui, selon lui, ne peuvent pas être causées par un suicide par pendaison.

-Sur le cou de Jeffrey Epstein, on a trouvé qu’il y avait des fractures sur les os du cou qui ne surviennent pas quand on se pend. Quand quelqu’un se pend, la corde est surtout en dessous du menton. Il n’y a pas de fracture à ce niveau-là.

-Par contre, si c’est un meurtre par strangulation, avec les mains, un lien, une corde par exemple, ou un drap comme c’est le cas ici, alors les fractures sont plutôt au milieu du cou. Et quand j’ai vu ça, j’ai dit que ça ressemble plus à un homicide qu’à un suicide, contrairement à ce qu’on nous avait dit. Cette analyse est contestée par des médecins légistes que nous avons contactés.

-Mais le docteur Baden affirme que Christine Roman, la médecin légiste officielle, a elle aussi été interpellée par ces différents points. D’ailleurs, sur le certificat de décès de Jeffrey Epstein, rédigé après l’autopsie, à la ligne « cause du décès », elle inscrit « en attente de plus amples informations ».

-Pourtant, cinq jours plus tard, la directrice du bureau de la médecine légale de New York adresse un communiqué à toute la presse. Elle est formelle. La mort de Jeffrey Epstein est survenue suite à un suicide. Elle ajoute que ses conclusions interviennent après un examen minutieux de tous les éléments de l’enquête, y compris les résultats complets de l’autopsie.

-C’est la supérieure hiérarchique de Christine Roman et selon le docteur Baden, elle n’a même pas vu le corps de Jeffrey Epstein. Comment vous avez réagi à ce moment-là ? Eh bien, ma réaction a été la suivante. J’ai pensé qu’ils avaient porté un jugement tropatif alors qu’ils avaient tout le temps nécessaire pour obtenir davantage d’informations. Et j’ai dit que je n’étais pas d’accord.

-Que s’est-il passé entre l’autopsie qui nécessitait de plus amples informations et cette déclaration officielle ? Jeffrey Epstein aurait-il pu être assassiné en prison ? La mort du millionnaire américain a toujours nourri les thèses complotistes. Mais au-delà des fantasmes, certains éléments factuels sont troublants.

-C’est ce qu’a découvert ce professeur de criminologie en épluchant avec ses étudiants des milliers de documents officiels.

-J’ai été véritablement choqué de voir à quel point l’enquête sur sa mort était désastreuse. S’il s’agissait d’une dissimulation, on n’aurait pas pu mieux faire. C’était vraiment, vraiment une mauvaise enquête. Il a récupéré plus de 8000 pages auprès du Metropolitan Correctional Center, la prison dans laquelle Jeffrey Epstein a été incarcéré.

-La nuit des faits, une série de dysfonctionnements et de graves erreurs inhabituelles se sont enchaînées. Les caméras de l’Aldeepstein et de nombreux autres étages de ce bâtiment de haute sécurité n’enregistraient pas. Elles ne fonctionnaient pas. La seule caméra qui fonctionnait parfaitement enregistrait les activités des gardes qui étaient censées la surveiller. Et nous avons la vidéo. Nous avons vu la vidéo. Ces gars dorment. Ils dorment.

-Et lorsqu’ils se réveillent, ils ne font jamais le tour des étages pour les vérifier. Ils font des achats sur leurs ordinateurs, sur leurs ordinateurs de boulot. Puis ils se rendorment, puis ils se réveillent et font d’autres choses. Il est 6h30 du matin à New York quand l’un des gardiens trouve Jeffrey Epstein pendu avec un drap dans sa cellule. On apprendra plus tard qu’il était mort depuis au moins 4 heures.

-Jusqu’ici, les autorités américaines n’ont jamais remis en cause la thèse du suicide. De nouveaux noms, de nouveaux éléments, les millions de documents des Epstein Files n’ont pas fini de délivrer tous leurs secrets.

Source : TF1

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