RABAT/ALGER – Le différend territorial de longue date sur le Sahara occidental apparaît comme un facteur clé influençant les réponses mesurées du Maroc et de l’Algérie aux récentes frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, selon des observateurs diplomatiques.
Malgré des attaques visant une nation musulmane voisine, les deux pays d’Afrique du Nord se sont abstenus d’émettre des condamnations officielles. Les analystes suggèrent que ce « silence sélectif » est une conséquence directe des négociations en cours, sous l’égide des États-Unis, concernant l’ancienne colonie espagnole, qui approche de sa 50e année en tant que problème régional non résolu.
Calculs diplomatiques éclipsent la solidarité régionale
Alors que l’Algérie aurait apparemment atténué son rejet initial de l’offensive, le Maroc a notamment évité de critiquer les actions contre la République islamique. À la place, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a utilisé des plateformes comme la Ligue arabe pour condamner les frappes « atroces » de l’Iran contre les nations arabes. Cependant, ces déclarations ont omis de mentionner les frappes israéliennes sur le Liban et les opérations contre l’Iran lui-même.
Rabat a précédemment tenu Téhéran pour responsable de la « création d’entités et de groupes terroristes » et a rompu ses relations diplomatiques en 2018, accusant l’Iran d’armer le Front Polisario avec des missiles antiaériens via le Hezbollah. Cette dynamique de proxy continue d’influencer les alignements géopolitiques du Maroc, qui privilégie son intégrité territoriale à une solidarité plus large avec le monde musulman.
Enjeux économiques et tendances au réarmement
Le conflit au Moyen-Orient présente des risques économiques divergents pour les deux voisins. Le Maroc, fortement dépendant du tourisme et importateur net d’énergie, craint une hausse de l’inflation et un exode potentiel des touristes occidentaux, avec des annulations de réservations ayant déjà un impact sur le secteur. En revanche, l’Algérie, en tant que grand pays producteur d’hydrocarbures, pourrait bénéficier d’une hausse potentielle des prix du pétrole et du gaz.
La divergence stratégique est davantage soulignée par les acquisitions militaires. Un rapport du SIPRI de 2025 identifie le Maroc comme le premier importateur d’armes d’Afrique, les États-Unis fournissant 60 % de son équipement et Israël 24 %. Cette alliance est cimentée par les Accords d’Abraham, en vertu desquels les États-Unis ont reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. L’Algérie, quant à elle, dépend de la Russie (39 %) et de la Chine (27 %) pour ses importations de défense, bien que des experts préviennent que des pratiques d’achat opaques pourraient masquer l’ampleur réelle de son arsenal.
Dissidence interne contre politique d’État
Alors que l’État marocain cherche à préserver ses atouts stratégiques avec Israël et les États-Unis, un fossé grandissant est apparu avec la société civile. L’indignation publique face aux images des souffrances palestiniennes à Gaza a alimenté des tentatives de protestation contre l’agression envers l’Iran, perçue par beaucoup comme une attaque contre la Oumma (communauté musulmane) au sens large. Les forces de sécurité ont récemment été déployées en nombre à Rabat et Tanger pour contenir des manifestations organisées par des groupes d’opposition, dont le Parti de la justice et du développement et la Fédération de la gauche démocratique.
Un collectif d’universitaires et de religieux musulmans de la région a publié une déclaration affirmant que, malgré les différences idéologiques avec le régime chiite de Téhéran, « attaquer l’Iran dans le cadre d’une alliance de croisés et de sionistes constitue une agression extérieure contre un pays musulman ».
Cinquante ans d’impasse
La question centrale reste le différend sur le Sahara occidental, qui a empoisonné la diplomatie régionale depuis le retrait de l’Espagne du territoire en 1975. Les États-Unis ont convoqué des cycles de dialogue à Madrid et Washington, sur la base de la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU, prônant une « autonomie réelle » comme solution la plus réalisable. Bien que l’Algérie ait historiquement soutenu l’autodétermination des Sahraouis, elle s’engage désormais dans des discussions pour maintenir sa relation avec Washington, cherchant à contrebalancer l’axe croissant entre les États-Unis et le Maroc au Maghreb.
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