Sahara Occidental : Les coulisses des négociations racontées par Ignacio Cembrero

​Washington envisage d'annoncer officiellement son intention d'ouvrir le consulat au Sahara Occidental courant novembre. Le projet entrera ensuite dans un long processus administratif et budgétaire.

Au cœur des pourparlers secrets menés par les États-Unis pour résoudre le conflit du Sahara occidental

Les efforts diplomatiques de l’ombre entre le Maroc et le Front Polisario ne montrent aucun signe de progrès

Les États-Unis ont intensifié leurs efforts pour résoudre le long conflit entre le Maroc et les partisans de l’indépendance du Sahara occidental depuis l’automne dernier, organisant trois réunions secrètes qui ont réuni les principaux protagonistes pour la première fois depuis des années.

Cependant, selon les sources diplomatiques de Middle East Eye (MEE), la tâche s’avère plus difficile que prévu initialement.

Comme pour les conflits entre Israéliens et Palestiniens à Gaza, entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ou entre la Thaïlande et le Cambodge, le président américain Donald Trump veut également se poser en pacificateur sur le sol africain.

Washington tient à résoudre le conflit du Sahara occidental d’une manière qui satisfasse le Maroc sans humilier l’Algérie, principal soutien du Front Polisario, le mouvement de libération armé sahraoui qui lutte pour l’indépendance du Sahara occidental depuis 1973.

Rien qu’au cours du mois dernier, trois cycles de négociations ont été convoqués au niveau des ministres des Affaires étrangères, mais avec peu de résultats.

Selon des sources interrogées par MEE, Washington veut aller vite mais se heurte à des divergences majeures entre les principaux acteurs, notamment sur le degré d’autonomie accordé à la région et l’implication du peuple sahraoui dans le règlement final de la question.

Le conflit au Sahara occidental a éclaté il y a plus d’un demi-siècle, lorsque l’Espagne s’est retirée de sa dernière colonie africaine en 1975. Les Nations unies désignent la région comme un territoire non autonome. Depuis le cessez-le-feu de 1991, 80 % du territoire est contrôlé par le Maroc jusqu’à un mur de défense construit dans les années 1980, tandis que le reste est détenu par le Front Polisario.

Ce désert de 266 000 km² est peu peuplé. La grande majorité des quelque 600 000 habitants sont des Marocains, dont de nombreux soldats, tandis que la population sahraouie autochtone compte moins de 50 000 personnes. Quelque 165 000 Sahraouis vivent comme réfugiés dans des camps en Algérie voisine.

Rencontre face à face

Le conflit est resté largement gelé au cours des dernières décennies, les projets de référendum sur l’indépendance, demandés par l’ONU et les militants indépendantistes, n’ayant jamais été réalisés.

Pendant ce temps, le Maroc a cimenté sa présence dans la région, réprimé l’activisme sahraoui, fait pression sur les États pour qu’ils reconnaissent sa souveraineté et présenté en 2007 un nouveau plan offrant un degré d’autonomie.

À la fin de son premier mandat, en décembre 2020, Trump a reconnu les revendications marocaines de souveraineté sur le Sahara occidental. En retour, le royaume a rejoint les accords d’Abraham et rétabli ses liens avec Israël.

En juillet 2024, le président français Emmanuel Macron a suivi le mouvement, entraînant une grave crise diplomatique avec l’Algérie.

Après son retour à la Maison Blanche l’année dernière, Trump a attendu 10 mois avant de réitérer son soutien aux revendications du Maroc. Il a poussé cette position à l’ONU via la résolution 2797, adoptée le 31 octobre, qui stipule qu’une « autonomie véritable sous souveraineté marocaine pourrait constituer la solution la plus viable ».

Le plan d’autonomie du Maroc, qui ne faisait que trois pages en 2007, a été étendu à 38 pages en janvier dernier par trois conseillers royaux (Fouad Ali El Himma, Taieb Fassi-Fihri et Omar Azziman) à la demande de l’administration Trump.

Fort de ce plan, Massad Boulos, l’envoyé de Trump pour l’Afrique, a convoqué trois rounds secrets entre fin janvier et fin février (deux à Washington, un à Madrid). Tous ont été suivis par les chefs de la diplomatie du Maroc et du Polisario, ainsi que par ceux de l’Algérie et de la Mauritanie.

Autonomie limitée

Washington souhaite un accord d’ici le printemps. Au-delà de la victoire diplomatique, Trump veut plaire au Maroc, devenu l’un des principaux alliés des États-Unis en Afrique. Le roi Mohammed VI a accepté l’invitation de Trump à rejoindre le « Conseil de la paix » pour la gestion de l’après-guerre à Gaza.

Cependant, Boulos a admis la difficulté de conclure rapidement. Le ton des négociations a été décrit comme « houleux ».

Le point de friction majeur reste la nature de l’autonomie. Rabat veut s’assurer qu’aucune ouverture ne permette l’autodétermination (le président de la région serait nommé par le roi). Le Polisario, à l’inverse, souhaite un statut d’« État libre associé », similaire à Porto Rico.

Pas de réconciliation Maroc-Algérie

Le Polisario insiste pour que le statut final soit approuvé par les Sahraouis seuls. Rabat rejette cette option et veut un référendum constitutionnel voté par l’ensemble des 37 millions de Marocains.

Pour Washington, résoudre ce conflit n’est qu’une première étape avant la réconciliation entre Alger et Rabat. Bien que l’envoyé Steven Witkoff ait prédit un accord de paix entre les deux pays en « 60 jours » en octobre dernier, aucun signe de rapprochement n’est apparu quatre mois plus tard.

Par Ignacio Cembrero

Source : Middle East Eye, 08/03/2026

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