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Sahara occidental : le rouleau compresseur américain marginalise la France

C’est un tournant diplomatique majeur qui se joue dans l’ombre. Révélées par la presse espagnole, des négociations ultra-discrètes sur l'avenir du Sahara occidental ont réuni, les 8 et 9 février à Madrid, le Maroc, le Polisario, l’Algérie et la Mauritanie sous le regard omniprésent des États-Unis.

Signé Omar Brouksy, un article de Mediapart analyse les derniers pourparlers entre le Maroc et le Front Polisario autour du conflit du Sahara Occidental sous les auspices de l’ONU et des Etats-Unis.

Des négociations secrètes, pilotées par Washington, se sont tenues à Madrid début février pour tenter de résoudre le conflit du Sahara occidental. Sous la pression de l’administration Trump, un revirement stratégique de l’Algérie et une refonte du plan d’autonomie marocain sont en cours. Dans ce jeu de dupes, la France, pourtant historiquement influente dans la région, est mise sur la touche.

C’est un tournant diplomatique majeur qui se joue dans l’ombre. Révélées par la presse espagnole, des négociations ultra-discrètes sur l’avenir du Sahara occidental ont réuni, les 8 et 9 février à Madrid, le Maroc, le Polisario, l’Algérie et la Mauritanie sous le regard omniprésent des États-Unis. Cette rencontre fait suite à un premier round organisé en Floride fin janvier et devrait être suivie de plusieurs autres. L’objectif affiché par Massad Boulos, le conseiller de Donald Trump pour l’Afrique, est clair : « boucler » ce dossier avant l’été.

L’Algérie contrainte au réalignement

L’élément le plus frappant de ce nouveau cycle est le changement de posture de l’Algérie. Historique soutien des indépendantistes sahraouis, Alger a longtemps joué la carte de la « neutralité ». Sous la pression directe de l’administration Trump, qui a rencontré le président Tebboune fin janvier, l’Algérie est désormais contrainte d’endosser un rôle de « partenaire » dans le processus. Une mue qui réduit considérablement la marge de manœuvre du Polisario, dont les positions sont désormais largement dictées depuis Alger.

Le Maroc sommé de détailler son offre

Si Washington a réaffirmé la centralité du plan d’autonomie marocain, le royaume n’est pas épargné par l’offensive diplomatique américaine. Rabat a été sommé de présenter un projet plus substantiel que ses trois feuillets initiaux. Un nouveau document d’une quarantaine de pages, élaboré par des proches conseillers de Mohammed VI avec l’aide discrète de juristes français, sert désormais de base aux discussions. Mais le texte reste source de tensions : le Polisario refuse catégoriquement que le chef du gouvernement sahraoui soit investi par le roi, et exige un parlement élu au suffrage direct, excluant temporairement les Marocains installés après 1975. La question de la capacité du futur État autonome à signer des accords internationaux, un point crucial pour l’Algérie, est également un obstacle majeur.

La France, grand absent du jeu diplomatique

Au milieu de ce « rouleau compresseur » américain, une absence retentit : celle de la France. Bien que Paris ait officiellement reconnu le plan d’autonomie marocaine comme la seule issue et que des experts français aient été consultés en amont (notamment sur le modèle calédonien), la diplomatie française a été totalement écartée des négociations de Madrid. Selon des sources diplomatiques espagnoles, les États-Unis n’ont offert aucun rôle à la France, marquant ainsi une perte d’influence significative de l’ancienne puissance coloniale dans ce qu’elle considérait comme son pré carré maghrébin.

Alors que les États-Unis, forts de leur « pragmatisme » trumpien, tentent d’imposer une solution rapide, les négociations s’annoncent encore longues et semées d’embûches, mais le rapport de force a irrémédiablement basculé.

Avec Mediapart, 21/02/2026

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