Le Maroc vend ce qui lui reste de dignité.

Des centaines de Marocaines travaillent comme agentes de nettoyage à Tel-Aviv sous supervision émiratie.

Rabat a clairement choisi sa position, lorsque le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a annoncé l’envoi d’officiers militaires de haut rang à Gaza, dans une démarche qui a suscité une large vague de débats et renforcé les doutes quant à la réalité de la position marocaine sur la question palestinienne.

Dans la bande de Gaza, il n’existe rien de ce que l’on pourrait appeler stabilité ; on y trouve des villes détruites, des hôpitaux hors service, des milliers de victimes sous les décombres et une population assiégée dans des conditions humanitaires catastrophiques.

Malgré cela, Rabat évoque l’envoi d’officiers et de forces de sécurité sous le slogan de l’aide et du soutien, une initiative qui soulève de nombreuses questions légitimes quant à la nature réelle de cette aide et à ses objectifs effectifs.

Dans ce contexte, des sources concordantes évoquent des missions marocaines sur le terrain dépassant le cadre humanitaire. Ces mêmes sources font état de collecte d’informations et de coordination sécuritaire dans une zone soumise au contrôle de Israël.

Des rapports établissent également un lien entre ces mouvements et un rôle de soutien des Émirats arabes unis, dans le cadre d’arrangements régionaux extrêmement complexes. En revanche, des clarifications officielles précises font défaut pour lever toute ambiguïté et définir le cadre juridique et souverain de cette mission, issue d’une réunion de ce qui est appelé le « Conseil de la paix », tenu la semaine dernière.

Ces évolutions s’inscrivent aussi dans le processus de normalisation engagé par le Maroc en 2020, qui a ouvert la voie à une coopération sécuritaire et militaire croissante avec Israël. Depuis lors, accords et visites bilatérales se succèdent afin de renforcer le partenariat et de redéfinir le positionnement régional de Rabat.

Cette trajectoire pose un problème politique et moral, d’autant plus que le roi du Maroc, Mohammed VI, préside la Comité Al-Qods, une instance supposée défendre la ville de Jérusalem et protéger les droits des Palestiniens.

Face à cette initiative marocaine jugée lourde de conséquences pour la cause palestinienne, des observateurs estiment que la coexistence entre ce rôle et l’élargissement des relations avec Israël place le discours officiel face à de profondes contradictions.

Par ailleurs, des informations médiatiques évoquant l’envoi de travailleurs marocains en Israël pour travailler dans des colonies en Cisjordanie ont provoqué une vague d’indignation au Maroc, en Palestine et dans le monde arabe.

Certains considèrent également que la présence militaire marocaine n’est pas anodine, ces forces étant accusées de participer à la collecte d’informations sur le terrain et à l’identification de positions liées au Hamas.

Il est aussi question de centaines de Marocaines envoyées travailler à Tel-Aviv comme agentes de nettoyage, ainsi que de centaines d’ouvriers transférés via les Émirats pour travailler à la construction dans des colonies de Cisjordanie.

Ces développements coïncident avec une montée de la contestation dans la rue marocaine, où s’élèvent des voix rejetant la normalisation avec Israël. Les manifestants affirment que la cause palestinienne n’est ni une carte politique ni un dossier conjoncturel, mais une question de principe qui ne saurait faire l’objet de marchandage.

L’enlisement dans la normalisation se poursuit.

Les relations entre le Maroc et Israël ont connu un tournant majeur avec l’annonce officielle de leur reprise en décembre 2020, dans le cadre des Accords d’Abraham, sous médiation américaine. Cette décision a ouvert la voie à une coopération politique, économique et sécuritaire accélérée.

Rabat et Tel-Aviv ont rapidement échangé des visites officielles et signé plusieurs accords dans des domaines variés, notamment la défense, la cybersécurité, la technologie, l’agriculture et le tourisme.

La coopération militaire figure en tête de ce rapprochement, incluant des échanges d’expertise et des accords dans le domaine de la défense.

Sur le plan économique, les échanges commerciaux ont sensiblement augmenté ces dernières années, avec l’entrée d’entreprises israéliennes sur le marché marocain, en particulier dans les secteurs technologiques, de l’eau et de l’énergie. Le trafic aérien direct s’est également développé.

Le débat se poursuit au Maroc quant aux limites et aux implications politiques et éthiques de ce rapprochement, dans un contexte marqué par la persistance des tensions dans les territoires palestiniens et par des critiques régionales et internationales.

Source : El Khabar

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