À l’approche du sommet annuel de l’Union africaine (UA), un épisode diplomatique discret mais révélateur s’est joué autour de la candidature de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) au Conseil de paix et de sécurité (CPS). Contestée sur le terrain juridique, puis retirée avant le vote, cette candidature avortée illustre les tensions persistantes entre Rabat et les autorités sahraouies, sans qu’aucun camp ne puisse revendiquer une victoire décisive.
Selon des sources diplomatiques, un avis rédigé fin décembre 2025 par la juriste tunisienne Hajer Gueldich a circulé officieusement dans les couloirs de l’organisation. Sollicitée par le cabinet du président de la Commission, Mahmoud Ali Youssouf, l’experte s’est penchée sur la conformité de la candidature sahraouie aux critères d’éligibilité du CPS.
Le texte rappelle les exigences fixées par les statuts : engagement envers les principes de l’UA, contribution à la paix et à la sécurité du continent, respect de la gouvernance constitutionnelle et obligations financières à jour. Parmi ces conditions figure également la nécessité pour chaque État candidat de disposer de missions permanentes suffisamment dotées auprès de l’UA et de l’Organisation des Nations unies (ONU).
C’est précisément sur ce point que l’avis souligne une difficulté structurelle. N’étant pas membre des Nations unies, la Rasd ne peut, par définition, entretenir de mission permanente à New York. Le bureau juridique constate ainsi un défaut de conformité à un critère formel, sans toutefois conclure explicitement à l’invalidation de la candidature. Les juristes renvoient l’appréciation finale aux organes politiques de l’Union.
Mais la question ne sera finalement pas tranchée. Dans une note verbale datée du 7 janvier 2026, la mission sahraouie annonce son retrait de la course, quelques jours avant le scrutin, au profit de la Libye. Dans le même document, elle conteste la légitimité de la candidature du Maroc, accusé de ne pas respecter les critères d’éligibilité en raison de ce qu’elle qualifie « d’occupation illégale » d’une partie du territoire sahraoui.
Élu avec 34 voix, Rabat rejoint néanmoins le CPS, mais avec le score le plus serré parmi les nouveaux membres. Un résultat que la partie sahraouie et ses soutiens jugent révélateur de résistances persistantes au sein de l’organisation.
Du côté marocain, la séquence est présentée comme une avancée stratégique. Si aucun veto explicite n’a été prononcé contre la Rasd, l’avis juridique ouvre, selon plusieurs diplomates, un débat de fond sur l’applicabilité des critères d’éligibilité. Rabat y voit un argument susceptible, à terme, de fragiliser la position institutionnelle sahraouie.
L’avis fixe toutefois une limite claire : la Commission et ses juristes ne doivent pas statuer sur l’éligibilité d’un État en particulier. En outre, il rappelle que ces critères n’ont jamais été appliqués de manière rigoureuse ni systématique depuis près de deux décennies, que ce soit lors des élections ou des revues périodiques des membres du CPS. Toute invocation sélective exposerait ainsi l’UA à des accusations de double standard.
Réintégré à l’organisation en 2017, le Maroc multiplie depuis les initiatives pour renforcer son influence. À Addis-Abeba, le ministre des affaires étrangères Nasser Bourita a enchaîné les rencontres bilatérales, affichant l’ambition de consolider une coalition africaine favorable à la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
En face, la diplomatie sahraouie, représentée notamment par le président Brahim Ghali et ses émissaires, maintient ses alliances traditionnelles, en particulier avec l’Afrique du Sud et l’Algérie.
Au final, cette passe d’armes n’a produit ni vainqueur clair ni clarification institutionnelle. Elle confirme toutefois que, au sein de l’Union africaine, la question du Sahara occidental demeure un dossier hautement politique, où le droit sert autant d’outil d’argumentation que de cadre d’arbitrage.
Avec Africa Intelligence
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