Par Benoît Paris
Une ressortissante française, se présentant comme une victime de Jeffrey Epstein et de son réseau, a adressé un courrier détaillé de 12 pages à la juge fédérale américaine Loretta A. Preska et au ministre de la Justice William Barr. Datée du 12 novembre 2019, cette lettre, dont nous avons une copie, constitue un brûlot contre ce qu’elle décrit comme un système de traite d’êtres humains, impliquant de nombreuses personnalités et dénonçant la passivité, voire la complicité des institutions françaises.
Des accusations précises et glaçantes
La plaignante affirme avoir été victime, dès l’âge de cinq ans, de viols et de sévices répétés perpétrés par Jeffrey Epstein, mais aussi par son père biologique et d’autres hommes. Elle décrit des lieux correspondant aux propriétés connues d’Epstein : une chambre avec un grand lit blanc où elle dit avoir été filmée, une propriété au Nouveau-Mexique, un gratte-ciel aux fenêtres occultées (qu’elle identifie comme lieu d’orgies avec mineurs), une maison avec piscine en Floride, et surtout l’île de Little Saint James.
Son récit est d’une violence extrême. Elle raconte avoir été témoin et victime de rituels sadiques où des enfants étaient mis en opposition, attachés et traînés par des véhicules. Elle évoque une tentative de lui faire commettre l’irréparable sur un autre enfant, sous la menace. Elle affirme également avoir été droguée et violée. La plaignante dit reconnaître des photos et vidéos d’enfants victimes saisies en 2008 sur l’îlot et demande que ses propres clichés d’enfance soient comparés à ces éléments, ayant remis une clé USB à la police française.
Un réseau français et des complicités présumées
La lettre élargit considérablement le champ des accusés au-delà du cercle immédiat d’Epstein. La victime cite nommément l’agent Jean-Luc Brunel, Ghislaine Maxwell, le prince Andrew, mais aussi sa propre famille paternelle – qu’elle désigne comme « The Family » – et des figures de la société française.
Parmi les personnes qu’elle accuse de harcèlement, d’intimidation ou de liens avec le réseau, on trouve des noms du show-business et du sport français : Benjamin Biolay, Franck Ribéry, Jean-Marie Bigard, Béatrice Dalle, Virginie Despentes, Renan Luce, Pascal Obispo, Gérard Lanvin, Michel Drucker, ou encore Christian Quesada. Elle affirme que ces personnalités se sont présentées à son domicile ou l’ont approchée à différentes époques, constituant selon elle un système de harcèlement orchestré.
Elle implique également des avocats, comme Sylvain Cormier (qu’elle accuse de violences et de liens avec Ribéry) et Maître Agnès Dalbin (proche des époux Balkany), ainsi que des figures de la haute société comme Nadine de Rothschild. Elle mentionne le rôle présumé de Jean-Sébastien Bertran et de ses « complices », et s’interroge sur la protection dont bénéficierait Roman Polanski en France.
Une accusation grave contre les autorités françaises
Au-delà des noms, c’est le système français que la plaignante met en cause. Elle affirme avoir déposé deux plaintes en France en septembre 2019, qui seraient selon elle entravées par des problèmes de prescription, malgré la loi de 2018 prolongeant les délais pour les victimes mineures. Elle dénonce l’attitude de la police judiciaire et des gendarmes, qui auraient qualifié les enfants dénonçant des faits de « petits menteurs » ou tenté de la faire interner en psychiatrie.
Elle vise directement Marlène Schiappa, alors secrétaire d’État, l’accusant d’avoir, dans un courrier, « nié la vérité des enfants vendus par leurs familles en France » et de faire obstacle aux investigations en préjugeant de l’affaire. « La France savait, la France s’est tue », écrit-elle, demandant que le pays lève la prescription pour les crimes de ce réseau.
Des demandes précises à la justice américaine
La plaignante, qui écrit depuis Morlaix, sollicite plusieurs actions de la part du Department of Justice (DOJ) et du FBI :
- L’ouverture d’une enquête internationale intégrant les victimes françaises.
- La possibilité pour ces victimes de se joindre aux procédures civiles américaines.
- Le gel des avoirs du Trust de Jeffrey Epstein.
- Une protection, n’ayant obtenu aucune réponse de la police française à ce sujet.
- Elle évoque même, en raison de son sentiment d’insécurité en France, la possibilité de demander l’asile politique aux États-Unis.
Elle exprime sa gratitude pour la déclassification partielle du dossier Epstein, qui lui a permis de « comprendre une partie cachée de [s]on passé », et assure vouloir « toute la vérité », refusant toute compensation financière qui la ferait taire.
Ce témoignage, d’une rare puissance et d’une grande complexité, jette une lumière crue sur les ramifications présumées du réseau Epstein en France et sur le sentiment d’abandon des victimes. Il appartient désormais à la justice américaine, saisie directement par la plaignante, de donner une suite à ce courrier.
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