Le contraste entre le Royaume-Uni et les États-Unis n’a jamais semblé aussi saisissant. Jeudi matin, vers 8 heures, la police britannique a procédé à l’arrestation de Prince Andrew sur le domaine royal de Sandringham. En cause : des allégations selon lesquelles il aurait partagé des informations confidentielles avec Jeffrey Epstein, décédé en 2019 alors qu’il attendait son procès pour trafic sexuel. L’événement a provoqué une onde de choc au sein de la monarchie et de l’establishment britannique.
Au même moment, de l’autre côté de l’Atlantique, l’attitude des autorités américaines suscite interrogations et critiques. Interrogée une semaine plus tôt sur le nombre de co-conspirateurs d’Epstein poursuivis par son département, la procureure générale Pam Bondi a refusé de répondre. Elle a également évité de préciser si des procureurs d’États pourraient accéder aux éléments de preuve pour engager d’éventuelles poursuites.
Quant au président Donald Trump, dont le nom apparaît à de multiples reprises dans les dossiers Epstein — sans mise en cause pénale à ce stade —, il a éludé les questions sur de possibles arrestations aux États-Unis. Il s’est contenté d’affirmer avoir été « totalement exonéré », qualifiant l’arrestation d’Andrew de « très triste affaire ».
Une seule condamnation pénale aux États-Unis
À ce jour, une seule personne a été condamnée en lien direct avec les activités d’Epstein : Ghislaine Maxwell, ex-compagne et complice du financier. Reconnue coupable en 2021 d’avoir recruté des mineures, elle purge une peine de 20 ans de prison. Malgré les attentes entourant la publication tant attendue des dossiers Epstein, aucune autre poursuite majeure n’a été engagée.
Le vice-procureur général Todd Blanche a expliqué que l’examen des documents n’avait révélé « aucun élément permettant de poursuivre qui que ce soit ». Une justification qui ne convainc pas certains élus du Congrès, accusant le ministère de la Justice d’inaction.
Dégâts réputationnels mais peu de conséquences judiciaires
La divulgation des dossiers a néanmoins entraîné des répercussions dans les sphères politique, économique et académique. Plusieurs personnalités américaines ont quitté leurs fonctions après la révélation de liens maintenus avec Epstein après sa condamnation de 2008. Parmi elles :
- Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor
- Thomas Pritzker, dirigeant du groupe Hyatt
- Kathryn Ruemmler, ex-conseillère juridique
D’autres figures ont subi un préjudice d’image, dont Bill Gates, Casey Wasserman et Bill Clinton. Mais ces conséquences sont restées principalement symboliques.
Des critiques acerbes contre Washington
Des voix s’élèvent pour dénoncer un double standard. L’ancienne responsable de la sécurité nationale Olivia Troye déplore l’incapacité américaine à demander des comptes aux élites. Le commentateur politique Kurt Bardella évoque une perte d’« autorité morale » des États-Unis sur la scène internationale.
Le sénateur Ruben Gallego va plus loin, imputant l’absence d’actions à Donald Trump et accusant la Maison-Blanche de protéger « ses amis ». Des accusations que l’exécutif rejette.
Londres sous pression politique
Au Royaume-Uni, les répercussions dépassent le cadre judiciaire. Le Premier ministre Keir Starmer a dû répondre à des questions sur son jugement après les révélations concernant Peter Mandelson, ancien ambassadeur au profil controversé, désormais sous enquête.
Vers une justice politique aux États-Unis ?
Si Donald Trump semble politiquement moins vulnérable à court terme — son nom dans les dossiers Epstein étant jugé peu surprenant par ses partisans —, certains analystes anticipent une possible sanction électorale. Une frange de sa base, très mobilisée sur l’affaire Epstein, exprime sa frustration.
Le stratège républicain dissident Rick Wilson prédit qu’un basculement du Congrès pourrait déclencher une nouvelle vague d’enquêtes parlementaires.
Avec The Guardian
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