La course aux armements au Maghreb entre dans une nouvelle phase marquée par la dissuasion technologique, la guerre électronique et la modernisation logistique
La rivalité stratégique entre le Maroc et l’Algérie connaît une phase d’accélération militaire où chaque mouvement est interprété comme un signal politique. Avec la frontière terrestre fermée depuis 1994 et le conflit du Sahara occidental en toile de fond, Rabat et Alger intensifient depuis des mois une dynamique d’action-réaction axée sur la dissuasion, le contrôle de l’espace et la préparation à des scénarios de friction accrue.
Alors qu’Alger privilégie des capacités de déni et de maîtrise du spectre électromagnétique à proximité de la frontière, Rabat consolide une modernisation soutenue combinant moyens de combat et renforcement de l’appui à la manœuvre. Objectif, selon des analystes régionaux : préserver la disponibilité opérationnelle et la résilience des forces dans un environnement stratégique volatil.
Rabat mise sur la soutenabilité opérationnelle
Dans ce contexte s’inscrit l’un des mouvements récents des Forces armées marocaines : l’intégration des véhicules de récupération et d’évacuation tactique TREVA-30, fabriqués par l’entreprise tchèque Excalibur Army. Ces plateformes spécialisées dans le remorquage, le sauvetage et l’assistance technique constituent un maillon logistique essentiel pour soutenir des opérations prolongées et réduire les périodes d’indisponibilité.
L’arrivée du TREVA-30 reflète également une tendance stratégique plus large : la diversification des fournisseurs. Bien que Rabat entretienne une relation de défense étroite avec États-Unis, le royaume élargit son panier industriel avec des partenaires européens. Dans ce cas, Prague apparaît comme un acteur utile pour répondre à des besoins ciblés en robustesse mécanique, technologies appliquées et maintenance des capacités.
Alger renforce son message électronique
En parallèle, Alger élève son profil dissuasif dans le domaine de la guerre électronique. Un analyste spécialisé en renseignement de sources ouvertes (OSINT) a récemment localisé, à quelques kilomètres de la frontière, l’installation d’un système chinois CHL-906. Ce type de capacité viserait — selon des experts — à détecter, brouiller ou neutraliser des radars sur un large spectre, compliquant potentiellement l’emploi de drones ou de munitions guidées dans un rayon significatif.
L’OSINT, fondé sur la vérification et la géolocalisation d’images satellitaires et de contenus publics, a gagné en importance comme outil d’anticipation des déploiements en l’absence de confirmation officielle. Même sans détails fournis par les autorités, cette détection souligne le rôle croissant du domaine électromagnétique dans la compétition militaire régionale.
Saut qualitatif dans les airs
La dimension aérienne complète ce tableau stratégique. L’Algérie a annoncé l’entrée en service du chasseur furtif russe Su-57, un mouvement à forte portée symbolique et opérationnelle qui relève le niveau technologique au Maghreb. Cette décision consolide l’orientation d’Alger vers des systèmes d’origine russe, malgré les pressions diplomatiques internationales.
Cette évolution a suscité des inquiétudes à Washington, qui a évoqué la possible application de la loi CAATSA, cadre de sanctions lié aux transactions significatives avec le secteur russe de la défense. Au-delà du débat politique, l’introduction d’appareils furtifs intensifie la concurrence pour la supériorité aérienne et l’intégration des capteurs, réseaux et contre-mesures.
Un équilibre de plus en plus technologique
Les spécialistes de la sécurité régionale estiment que la phase actuelle de la rivalité dépasse la simple acquisition de plateformes. Elle s’oriente vers un équilibre fortement dépendant de la technologie : guerre électronique, défense aérienne, drones, maintenance logistique et systèmes de commandement et de contrôle.
Alors que Rabat renforce la soutenabilité opérationnelle et poursuit sa modernisation progressive, et qu’Alger accentue ses capacités de déni électronique et son saut qualitatif aérien, le Maghreb entre dans une étape où la perception d’un avantage technologique peut peser autant que la puissance brute. Le risque, préviennent certains analystes, réside dans la possibilité que cette logique de signalisation stratégique alimente une spirale de méfiance difficile à enrayer.
Avec La Razón
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