Le Royaume du Maroc a discrètement mandaté des experts britanniques afin de contester la supposée ressemblance physique entre le défunt souverain Hassan II et Jane Benzaquen, une femme d’origine juive marocaine qui affirme devant plusieurs juridictions européennes et américaines être sa fille biologique.
Selon des révélations publiées par El Independiente, cette initiative s’inscrit dans une stratégie juridique plus large visant à freiner un contentieux dont l’issue pourrait dépendre d’un unique élément scientifique : un test ADN.
Un rapport britannique de 53 pages
Le document, élaboré par la société SRi Forensics, spécialisée dans l’analyse d’images à des fins judiciaires, conclut que les similitudes faciales observées entre Jane Benzaquen et Hassan II relèvent de la variabilité humaine normale. Les experts estiment que ces ressemblances sont « compatibles avec une coïncidence entre individus non apparentés issus d’environnements populationnels comparables ».
Le rapport souligne notamment que « la ressemblance faciale, considérée isolément, constitue un indicateur peu fiable d’un lien biologique », en particulier dans les comparaisons entre un parent présumé et un enfant. Les auteurs invitent ainsi à interpréter ces éléments « avec une grande prudence ».
L’ADN au cœur du litige
Cette expertise intervient alors que le Maroc continue de refuser l’accès à d’éventuels échantillons médicaux de Hassan II, qui seraient conservés, selon la défense de Benzaquen, dans des établissements hospitaliers aux États-Unis. Ces prélèvements permettraient la réalisation d’une analyse génétique susceptible de trancher définitivement la question de la filiation.
Pour la famille Benzaquen, cette réticence constitue le véritable enjeu du dossier. « Lorsqu’une preuve scientifique simple, rapide et concluante est disponible, débattre de photographies devient secondaire », soutient leur entourage.
Une bataille judiciaire récente
Contrairement à l’idée d’un conflit judiciaire vieux de plusieurs décennies, les procédures formelles d’établissement de paternité n’auraient débuté qu’en 2023, avec le dépôt d’une première action en Belgique. Une procédure engagée aux États-Unis découle directement de cette affaire belge et vise uniquement à obtenir l’accès à des archives médicales historiques du souverain.
Les juridictions américaines ne sont pas appelées à statuer sur la filiation elle-même, mais leur décision pourrait ouvrir la voie à une éventuelle expertise génétique en Europe.
La controverse autour des images
Le rapport britannique examine en détail une photographie comparative largement diffusée dans les médias et sur les réseaux sociaux, montrant les visages de Hassan II et de Jane Benzaquen côte à côte. Les experts évoquent des modifications numériques — recadrage, lissage, ajustements de teinte et de géométrie — susceptibles d’accentuer la perception de ressemblance.
La défense de Benzaquen réfute toutefois toute centralité de cette image dans la procédure. Selon ses avocats, le dossier repose sur un ensemble plus large d’éléments : témoignages, documents et faits historiques, dont une relation présumée entre la mère de Benzaquen et le prince héritier de l’époque.
Deux lectures opposées
Fait notable, la défense de Benzaquen indique avoir également commandé sa propre expertise faciale, aboutissant à des conclusions divergentes. Elle affirme que plusieurs « points de similitude frappants » auraient été sous-évalués dans le rapport britannique.
« L’existence d’une ressemblance est reconnue ; seul son degré fait débat », soutiennent-ils, estimant que ces analyses techniques ne remplacent pas une vérification biologique directe.
Une stratégie juridique assumée
L’État marocain est représenté dans ces procédures par le cabinet international A&O Shearman. Du point de vue de Rabat, le rapport de SRi Forensics renforce l’argument selon lequel la ressemblance faciale ne saurait constituer une preuve de paternité.
Pour la famille Benzaquen, au contraire, la multiplication des expertises d’image traduirait une volonté d’obstruction et de dilution du débat central : l’accès à un test ADN.
Au-delà du cas individuel
Cette affaire soulève une question plus large : jusqu’où un État peut-il s’appuyer sur des stratégies procédurales et des débats techniques pour éviter une vérification scientifique potentiellement décisive ?
À l’heure où les tribunaux belges se préparent à un contentieux long et complexe et où la justice américaine examine la question des archives médicales, le cœur du différend demeure inchangé. Une analyse ADN pourrait clore définitivement le dossier.
En attendant, rapports d’expertise, controverses photographiques et affrontements narratifs continuent de graviter autour d’une preuve qui, elle, reste absente.
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