Un rapport d’enquête révèle que la mission israélienne auprès de l’ONU a coordonné avec le personnel du délinquant sexuel condamné afin de sécuriser une résidence à Manhattan.
Le gouvernement israélien a installé des équipements de sécurité et contrôlé l’accès à un immeuble d’appartements à Manhattan géré par le défunt délinquant sexuel Jeffrey Epstein, selon une enquête publiée par Drop Site News.
S’appuyant sur une série d’e-mails récemment rendus publics par le département de la Justice des États-Unis, le rapport détaille comment des responsables israéliens ont coordonné directement avec le personnel d’Epstein dès le début de l’année 2016 afin de sécuriser une résidence située au 301 East 66th Street. L’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak utilisait fréquemment cet appartement pour des séjours prolongés.
Bien que la propriété appartienne techniquement à une société liée à Mark Epstein, frère de Jeffrey Epstein, le financier déchu en exerçait en pratique le contrôle. Les appartements de l’immeuble étaient souvent prêtés à des proches d’Epstein et utilisés pour héberger des modèles mineures, indique le rapport.
Ehud Barak a occupé le poste de Premier ministre de 1999 à 2001. En vertu de la législation israélienne, les anciens Premiers ministres bénéficient d’une protection financée par l’État après leur départ de fonctions. Les documents révèlent une relation opérationnelle directe entre la mission permanente d’Israël auprès des Nations unies et l’entourage d’Epstein.
Rafi Shlomo, ancien directeur des services de protection de la mission israélienne et chef de la sécurité d’Ehud Barak, contrôlait personnellement l’accès à l’appartement. Shlomo a mené des vérifications d’antécédents concernant les employés et le personnel d’entretien d’Epstein, et a tenu des réunions avec eux pour coordonner l’installation d’équipements de surveillance.
Surveillance coordonnée
Les modifications structurelles effectuées par le gouvernement israélien nécessitaient l’autorisation d’Epstein.
Dans un échange d’e-mails daté de janvier 2016, l’épouse d’Ehud Barak, Nili Priel, évoque l’installation d’alarmes et d’outils de surveillance avec Lesley Groff, assistante de longue date d’Epstein. Priel précise que le système comprenait des capteurs aux fenêtres et des capacités d’accès à distance.
« Ils peuvent neutraliser le système à distance, avant même qu’il ne soit nécessaire que quelqu’un entre dans l’appartement [sic] », écrit-elle. « La seule chose à faire est d’appeler Rafi depuis le consulat et de l’informer de qui entre et quand. »
Groff confirmera ensuite à Barak et Priel qu’Epstein avait personnellement autorisé les modifications physiques, écrivant : « Jeffrey dit qu’il ne voit aucun inconvénient à ce qu’il y ait des trous dans les murs, tout va bien ! »
La correspondance entre la mission israélienne et les représentants d’Epstein s’est poursuivie régulièrement en 2016 et 2017 afin de gérer l’accès du personnel de ménage et coordonner les visites ultérieures de Barak.
Liens étatiques et retombées politiques
Après la mort d’Epstein dans une prison new-yorkaise en 2019, alors qu’il attendait son procès pour trafic sexuel, Ehud Barak a tenté de minimiser sa relation avec le financier, affirmant que, s’ils s’étaient rencontrés, Epstein ne l’avait jamais soutenu financièrement.
Ses rivaux politiques en Israël ont exploité cette affaire. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou s’est récemment appuyé sur les nouveaux documents publiés, estimant qu’ils impliquaient Barak plutôt qu’Israël.
« La relation étroite et inhabituelle entre Jeffrey Epstein et Ehud Barak ne suggère pas qu’Epstein travaillait pour Israël. Elle prouve le contraire », a déclaré Netanyahou, accusant Barak de collaborer avec « la gauche radicale antisioniste ».
Toutefois, les e-mails rendus publics par la Justice américaine indiquent que ces interactions dépassaient largement Ehud Barak et concernaient également d’autres responsables israéliens en activité.
Yoni Koren, proche collaborateur de Barak décédé en 2023, séjournait lui aussi fréquemment dans l’appartement de la 66e Rue. Des enquêtes du Congrès et des e-mails divulgués montrent qu’il y a logé à plusieurs reprises, notamment en 2013 lorsqu’il dirigeait le bureau du ministère israélien de la Défense. D’autres documents indiquent qu’il a continué à utiliser le logement lors de traitements médicaux à New York jusqu’à l’arrestation finale d’Epstein en 2019.
Renseignements et financements liés aux colonies
Les liens entre Epstein et Israël ont attiré une attention renouvelée après la publication de millions de documents liés aux enquêtes pénales le concernant. Au-delà de ses relations avec des figures de l’élite internationale, les dossiers mentionnent un soutien financier d’Epstein à certaines organisations israéliennes ainsi que des connexions alléguées avec le Mossad.
Ehud Barak a exprimé des regrets quant à ses relations avec Epstein. Malgré la condamnation de ce dernier en 2008 pour sollicitation d’une mineure, Barak a maintenu des liens personnels et professionnels avec lui. L’ancien dirigeant affirme n’avoir pris la pleine mesure des crimes d’Epstein qu’à l’ouverture de l’enquête fédérale élargie en 2019.
Source : Aljazeera
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