Le Maroc serait, d’après des salariés cités, l’un des plus gros acheteurs de Brandvoices depuis le lancement du média. Parmi les principaux commanditaires figure Abdelmalek Alaoui, via son think tank IMIS.
Une enquête de Mariane décrit un malaise interne au sein de Forbes France, où certains journalistes ironisent sur la place démesurée accordée au Maroc. Selon Marianne, sur 49 articles consacrés au pays, 22 relèvent du format « Brandvoice », c’est-à-dire des contenus sponsorisés. Ces publications sont jugées très laudatives, mettant en avant les politiques économiques, agricoles et sociales marocaines, tout en éludant les difficultés économiques et les enjeux de libertés publiques.
Le Maroc serait, d’après des salariés cités, l’un des plus gros acheteurs de Brandvoices depuis le lancement du média. Parmi les principaux commanditaires figure Abdelmalek Alaoui, via son think tank IMIS. Présenté comme analyste ou économiste, Alaoui est décrit par plusieurs sources comme proche de la DGED (renseignement extérieur marocain). Des échanges de courriels obtenus par Marianne, remontant à 2011, ainsi que des documents divulgués par le hacker « Chris Coleman », suggèrent une collaboration d’Alaoui avec des responsables du renseignement marocain sur des stratégies d’influence en France, notamment autour de l’image du royaume, du roi Mohammed VI et de la question du Sahara occidental.
L’enquête interroge alors : Forbes France a-t-il publié, sans le savoir, des contenus provenant d’un acteur lié à une stratégie d’influence étrangère ? Le PDG Dominique Busso affirme ne pas connaître individuellement tous les contributeurs et dit ignorer l’identité précise des entités facturées pour les Brandvoices. Depuis avril, Abdelmalek Alaoui est devenu contributeur officiel, et ses tribunes ne mentionnent plus le Maroc. Des membres de la rédaction doutent toutefois de l’arrêt réel des relations commerciales, évoquant la perte d’un client important.
L’enquête souligne que ce statut de contributeur renforce la crédibilité d’Alaoui, lequel a ensuite multiplié les interventions médiatiques et institutionnelles : participation à un colloque au Sénat français, tribune élogieuse dans Le Figaro, interviews dans Challenges et passages sur France 24.
Le rôle du rédacteur en chef Yves Derai est également examiné. Il aurait introduit Alaoui chez Forbes France et superviserait étroitement les contenus relatifs au Maroc. Son documentaire réalisé avec Michaël Darmon, jugé complaisant par certains médias, est cité. Darmon est aussi mentionné pour un article critique envers le journaliste Omar Radi, emprisonné au Maroc, ce qui alimente les accusations de parti pris.
L’article évoque enfin des pratiques jugées problématiques : invitations répétées de dirigeants de Forbes France dans des hôtels et restaurants marocains, démentis puis rectifications de Dominique Busso sur ses voyages, et existence supposée d’offres commerciales « package pays » permettant à des États d’acheter de la visibilité éditoriale (ticket d’entrée évoqué : 20 000 €). L’interview très bienveillante de la ministre marocaine de l’Économie Nadia Fettah Alaoui dans le magazine papier de 2023 suscite des interrogations sur un éventuel financement indirect via agence de communication, ce que la direction réfute ou dit ne pas pouvoir vérifier.
En conclusion, Marianne décrit une rédaction inquiète d’un tropisme pro-monarchie marocaine et d’un brouillage entre information et communication, inquiétudes qui n’auraient pas été entendues par la direction.
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