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Algérie : Les discussions avec Nuñez ne doivent pas se limiter au dossier de l’immigration.

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L’Algérie, elle rechercherait une relation fondée sur l’égalité et le respect de la souveraineté nationale, sans ingérence dans ses affaires internes.

Les relations bilatérales doivent être institutionnelles et dépasser le dossier de l’immigration.C’est ce que veut l’Algérie de la visite du ministre français de l’Intérieur.

Les autorités françaises attendent avec impatience la visite de Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de Sébastien Lecornu, en Algérie, prévue les 17 et 18 février. Elles espèrent une détente sur plusieurs plans, susceptible de raviver un espoir quant à la préservation de leurs intérêts, fortement affectés.

À l’approche de cette visite, des voix françaises se sont empressées de faire pression sur leur ministre pour qu’il réaffirme des revendications désormais connues de tous, lesquelles dissimulent, selon certains, un égoïsme marqué et une tendance à vouloir consacrer une orientation néocoloniale fondée sur la logique de celui qui se considère fort, alors qu’il ne l’est pas réellement.

De son côté, l’Algérie considère la visite du responsable français comme une réponse à une volonté française pressante de rétablir les ponts rompus entre les deux pays, depuis que le président français, Emmanuel Macron, a affiché, selon Alger, un alignement manifeste sur le Maroc dans le dossier du Sahara occidental, en passant outre le droit international et les résolutions pertinentes de l’ONU.

À ce sujet, le professeur de sciences politiques à l’Université d’Alger, Radouane Bouhidil, estime que la visite du ministre français de l’Intérieur, successeur de Bruno Retailleau, s’inscrit dans un contexte important pour les deux pays, compte tenu de l’accumulation de dossiers en attente de règlement, d’autant que le nouveau ministre souhaiterait ouvrir des canaux de dialogue avec les autorités algériennes avec moins d’hostilité que son prédécesseur.

Parmi les principaux dossiers, poursuit l’analyste politique, figure celui de l’immigration et de la coopération en la matière, jugé prioritaire pour Paris. La France a souvent évoqué les demandes d’expulsion de personnes frappées d’obligations de quitter le territoire français, l’accélération de la délivrance des laissez-passer consulaires, ainsi que le renforcement de la coopération et de la coordination sécuritaire concernant l’immigration irrégulière — un sujet sensible dans la politique intérieure française en raison de l’attention soutenue de l’opinion publique.

Il convient également de mentionner le renforcement de la coopération sécuritaire et du renseignement dans la lutte contre la criminalité organisée et transfrontalière, ainsi que contre les réseaux de trafic. Cela indiquerait que la France considère l’Algérie comme un acteur sécuritaire incontournable dans la région, notamment en Méditerranée et au Sahel, en particulier après le recul de la présence française dans cette zone.

Selon le professeur, la visite viserait aussi à reconstruire la confiance sur le plan politique et à atténuer les tensions récurrentes, tout en maintenant ouverts les canaux de communication afin d’éviter que les désaccords politiques ne dégénèrent en rupture.

Quant à l’Algérie, elle rechercherait une relation fondée sur l’égalité et le respect de la souveraineté nationale, sans ingérence dans ses affaires internes. Alger rejette une approche strictement sécuritaire de la relation et insiste sur un partenariat équilibré plutôt que sur une logique « immigration contre coopération ».

La partie algérienne estime que la coopération et la coordination demeurent possibles, mais dans le cadre d’un respect politique et symbolique mutuel d’autres dossiers jugés essentiels, notamment celui de la mémoire, incluant la dépollution des zones d’essais nucléaires français dans le sud algérien et la restitution des restes des martyrs.

Un autre dossier que l’Algérie souhaiterait soulever concerne la nécessité de plus grandes facilités pour la communauté algérienne en France, l’amélioration des conditions de circulation et de visas, la protection des droits des Algériens en France et la réduction du caractère sécuritaire répressif dans leur traitement. L’objectif serait d’élargir la coopération à d’autres domaines, comme la coopération judiciaire, l’échange d’informations sécuritaires et les partenariats techniques, afin de transformer la relation d’un simple dossier migratoire en une relation institutionnelle multidimensionnelle.

Le professeur conclut en évoquant d’autres dossiers relevant du niveau présidentiel français, notamment la position française sur le Sahara occidental et le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.

Pour sa part, le député et professeur de sciences politiques à l’Université d’Alger 3, Mohamed Rabih, considère que la visite du ministre français de l’Intérieur s’inscrit dans le sillage de précédents échanges politiques ayant permis de briser une certaine réserve au sein du gouvernement français.

Selon lui, ces échanges auraient mis en lumière la volonté de la partie française d’imposer certaines exigences, ce que rejette la partie algérienne. Il estime néanmoins que la visite constitue une étape dans la bonne direction, susceptible de déterminer les prochaines avancées, notamment sur les dossiers relatifs aux ressortissants algériens en situation irrégulière en France et aux personnes recherchées par la justice algérienne.

#Algérie #France #LaurentNuñez

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