Lorsqu’un homme en vient à justifier l’injustifiable, à excuser l’écrasement des innocents, il ne reste plus grand-chose de la musique
J’aimais ses chansons, cette voix traversée de nostalgie, ces refrains qui semblaient porter en eux le sel de la Méditerranée et le parfum douloureux de l’exil. Je faisais partie de ceux qui, malgré les fractures de l’histoire, rêvaient de le voir revenir un jour vers la terre de ses racines.
Cela, c’était avant.
Avant que le vernis ne craque.
Car l’homme s’est révélé — et derrière l’artiste s’est levé un autre visage. Non plus celui du poète mélancolique, mais celui d’un homme capable d’appeler, sans trembler, à la destruction d’un peuple déjà meurtri. Un homme qui chante l’enfance et applaudit les bombes. Un homme qui acclame la guerre comme d’autres saluent la fin d’un concert.
Alors j’ai compris que la douceur pouvait être un masque.
Que la mélodie pouvait dissimuler la brutalité.
Hier encore, je croyais entendre dans ses textes l’amour, la mémoire, la fidélité aux douleurs anciennes. Aujourd’hui, je n’y perçois plus qu’un écho plus sombre : celui d’une conscience obscurcie par l’idéologie, d’un cœur que la compassion ne visite plus. Ce que je prenais pour de la tendresse n’était peut-être qu’un artifice.
L’illusion fut brutale.
On ne cesse pas d’aimer un artiste sans éprouver une forme de deuil.
Mais il est des paroles qui brisent tout. Lorsqu’un homme en vient à justifier l’injustifiable, à excuser l’écrasement des innocents, il ne reste plus grand-chose de la musique. Les notes subsistent, certes, mais elles sonnent faux ; elles portent en elles une dissonance morale que l’oreille ne peut plus ignorer.
Aujourd’hui, je n’entends plus la poésie de l’exil.
J’entends le silence de la compassion absente.
Et peut-être est-ce cela, la véritable chute : non pas l’oubli médiatique, non pas les salles qui se vident, mais la rupture intime entre une voix et ceux qui l’écoutaient. Car aucune beauté formelle ne saurait absoudre une parole qui épouse la cruauté.
Ainsi meurent les idoles : non sous les huées, mais dans la lucidité retrouvée de ceux qui les avaient aimées.
Source : Mel Kam
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