Par Ricardo Rubio
L’Espagne au centre de l’attention mondiale : grandes manœuvres diplomatiques et conversations secrètes qui façonnent le paysage européen
Une série de négociations sans précédent sur le Sahara occidental débute à Madrid, alors que les États-Unis réunissent les principaux acteurs du conflit. Les décisions prises pourraient modifier l’équilibre des pouvoirs dans la région.
Une intrigue diplomatique se déploie à Madrid, susceptible de faire basculer l’équilibre des forces en Afrique du Nord et d’affecter les intérêts de l’Espagne. Les États-Unis ont choisi la capitale espagnole comme lieu pour relancer le dialogue sur le Sahara occidental, soulignant l’importance de l’Espagne dans les négociations internationales. Cette réunion s’annonce comme un moment charnière pour la région, où sont en jeu non seulement le sort d’une ancienne colonie espagnole, mais aussi la stabilité des frontières méridionales de l’Europe.
Dimanche, les ministres des Affaires étrangères du Maroc, de l’Algérie et de la Mauritanie, ainsi qu’un représentant du Front Polisario, se réuniront à l’ambassade des États-Unis à Madrid. Ce format de négociations n’a pas eu lieu depuis 1975, lorsque le Maroc a organisé la Marche verte et contraint l’Espagne à quitter le Sahara. Des décennies plus tard, c’est de nouveau Madrid qui accueille des discussions sur l’avenir de la région, toujours source de litiges et de tensions.
Le ministère espagnol des Affaires étrangères a officiellement confirmé que le ministre José Manuel Albares tiendra des réunions séparées avec ses homologues algérien et mauritanien. En revanche, les détails de la réunion multilatérale restent confidentiels, ce qui attise encore davantage l’intérêt. Des représentants de l’ONU et de hauts diplomates américains devraient également participer aux discussions, soulignant le sérieux des intentions des organisateurs.
Pression et attentes
Les États-Unis intensifient la pression diplomatique sur les parties au conflit afin de briser l’impasse d’un différend de longue date. Au cœur des discussions se trouve une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU adoptée en octobre, qui, pour la première fois, qualifie l’autonomie de solution la plus réaliste. Ce document est devenu le point de départ de nouvelles négociations et constitue le fondement de la stratégie de Washington.
Parmi les invités figurent l’envoyé spécial de l’ONU pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura, ainsi que le coordinateur de la réunion Masad Bulos et l’ambassadeur américain auprès de l’ONU, Michael Waltz. La liste des participants souligne l’ampleur internationale de l’événement et montre que la question du Sahara occidental revient au premier plan dans les capitales mondiales.
L’Union européenne a également clarifié sa position la semaine dernière : le plan d’autonomie proposé par le Maroc est envisagé comme base d’une solution politique. Des consultations ont eu lieu à Bruxelles avec la participation de la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, et du ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita. Cela indique que l’Europe est prête à soutenir un compromis s’il est trouvé.
À la recherche d’une formule d’autonomie
Le Maroc, cherchant à convaincre la communauté internationale de la viabilité de son initiative, a mis à jour le plan d’autonomie présenté pour la première fois en 2007. Selon des diplomates, la nouvelle version du document est dix fois plus longue et prévoit un référendum parmi les habitants du Sahara. Les autorités marocaines ont étudié l’expérience européenne, notamment celle des territoires français d’outre-mer et des autonomies britanniques, et se sont particulièrement inspirées du modèle espagnol, en particulier de la Catalogne.
Malgré l’élargissement formel des compétences, des domaines clés — sécurité, politique étrangère, défense et religion — restent sous le contrôle du gouvernement central et du monarque. L’autonomie s’appliquerait uniquement aux questions locales telles que la fiscalité, les infrastructures, l’éducation, la santé, la protection de l’environnement et la préservation du patrimoine culturel. Le plan prévoit également la création d’une police locale et le soutien à la langue hassaniya, propre à la région.
Le ministre marocain des Affaires étrangères, Bourita, souligne que l’autonomie constitue, en essence, la mise en œuvre du droit à l’autodétermination. Toutefois, les critiques estiment que la décentralisation réelle du pays demeure limitée, la plupart des décisions étant toujours prises à Rabat.
Position du Polisario et de l’Algérie
Le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, insiste sur la tenue d’un référendum d’indépendance, estimant que seuls les habitants du Sahara ont le droit de décider de leur avenir. Le chef du mouvement, Brahim Ghali, a récemment exprimé sa disposition au dialogue et à la coopération avec les médiateurs internationaux, tout en soulignant que la décision finale doit revenir à la population de la région. L’Algérie, pour sa part, continue d’accueillir des milliers de réfugiés sahraouis et soutient le principe de l’autodétermination pour l’ancienne colonie espagnole.
Face au chevauchement des intérêts des grandes puissances et des acteurs régionaux, tout accord pourrait créer un précédent pour d’autres conflits sur le continent africain. L’Espagne, au cœur de ces développements, est contrainte de trouver un équilibre entre sa responsabilité historique et les réalités géopolitiques actuelles.
Dans les prochains jours, l’attention se concentrera sur Madrid, où se joue non seulement le sort du Sahara occidental, mais où se dessine également une nouvelle approche pour traiter les conflits régionaux de longue durée. L’issue de la réunion pourrait influencer les relations entre l’UE, l’Afrique du Nord et les États-Unis, et donner le ton à de futures négociations sur d’autres territoires disputés.
Ces dernières années, les efforts internationaux pour résoudre les conflits en Afrique du Nord se sont nettement intensifiés. En 2023, des négociations similaires sur la Libye ont été menées sous l’égide de l’ONU et de l’UE, sans toutefois parvenir à une paix durable. En 2024, les questions de sécurité dans le Sahel ont été discutées en Algérie, une région où se croisent également les intérêts des grandes puissances. L’Espagne a traditionnellement joué un rôle de médiateur dans ces processus, s’appuyant sur son expérience régionale et ses réseaux. Ces réunions prennent une importance croissante dans un contexte d’instabilité grandissante et de pression migratoire accrue sur l’Europe.
Source : Russpain, 08/02/2026
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