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L’Algérie avance tandis que la France s’accroche à la nostalgie coloniale (Daily Sabah)

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Le développement économique de l’Algérie, ses réformes politiques et ses positions diplomatiques sur des causes telles que la Palestine et les droits légitimes du Sahara occidental ont alimenté l'animosité du pouvoir en France.

La relation entre l’Algérie et la France a évolué vers une situation bien éloignée d’un partenariat stratégique durable et normal, dépourvue à la fois de réalisations concrètes et d’apaisement. La politique du président français Emmanuel Macron à l’égard de l’Algérie a été un échec, malgré ses bonnes intentions visant à assumer le fardeau moral hérité de 132 ans d’occupation et d’acculturation brutales. Cet échec s’explique en grande partie par l’influence d’un lobby nourri par la nostalgie, convaincu que la suprématie coloniale française peut être maintenue, ainsi que par la politique intérieure française et par la géopolitique plus large du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA).

Provocation soutenue par l’État

Il existe un lobby anti-algérien, notamment dans les médias et tribunes d’extrême droite, qui façonne les relations avec l’Algérie. Le 22 janvier, France 2, chaîne publique nationale, a diffusé un programme intitulé « La guerre secrète entre la France et l’Algérie ». Ce documentaire propagandiste s’inscrit dans la campagne hystérique en cours contre l’Algérie, ajoutant une nouvelle dimension à la pire crise diplomatique entre Paris et Alger depuis que l’Algérie a retrouvé sa souveraineté nationale en 1962.

Bien que ce documentaire ait été diffusé dans un contexte de tensions diplomatiques, aggravées par la reconnaissance par Paris de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en juillet 2024, la France avait historiquement maintenu une position équilibrée sur cette question controversée. Alger soutient le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et une résolution politique du conflit conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.

Plutôt que de désamorcer les tensions, Paris, à travers ce programme soi-disant « d’investigation journalistique », a choisi de provoquer une confrontation supplémentaire avec les autorités algériennes. Si Alger a répondu à cette agitation médiatique par une diplomatie calme, il est clair que le rôle géopolitique et économique central du pays a suscité du ressentiment, notamment dans les milieux médiatiques d’extrême droite et publics. Le développement économique de l’Algérie, ses réformes politiques et ses positions diplomatiques sur des causes telles que la Palestine et les droits légitimes du Sahara occidental ont alimenté cette animosité.

Dans ce contexte, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a pris une initiative surprenante concernant les migrants algériens et le séjour irrégulier en France. Les groupes d’extrême droite en France ont accusé Alger d’entraver les efforts visant à lutter contre l’immigration clandestine, notamment en refusant de délivrer des laissez-passer consulaires aux migrants en situation irrégulière. Cette mesure, connue en France sous le nom d’OQTF (« Obligation de Quitter le Territoire Français »), a été utilisée comme un outil politique pour faire pression sur l’Algérie.

En réponse, Tebboune a mis fin à ce levier politique, qui comprenait des mesures telles que la limitation des visas, la suspension de l’aide financière, le gel des transferts privés et la dénonciation des accords de 1968. Ces instruments, autrefois perçus comme des moyens de chantage politique français, ont désormais été largement neutralisés par l’Algérie.

Les démarches constructives de Royal

Sur un autre plan, les médias français, menés par des cercles parisiens hostiles à l’Algérie, utilisent aujourd’hui l’affaire du journaliste sportif français Christophe Gleizes pour attaquer l’Algérie. Gleizes est détenu en Algérie depuis mai 2024, sur la base d’accusations liées à des contacts présumés avec le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK), un mouvement séparatiste ethnique classé comme organisation terroriste, diffusant des discours de haine et portant atteinte à la cohésion nationale.

Toutefois, la récente visite de la responsable politique française Ségolène Royal à Gleizes en prison, où il purge une peine de sept ans, suscite l’espoir d’une éventuelle grâce présidentielle. Lors de sa visite, Royal, présidente de l’Association d’amitié France-Algérie, a rencontré Tebboune, d’autres hauts responsables ainsi que des acteurs de la société civile. Sa visite symbolique à Alger et son appel à un dialogue constructif fondé sur la confiance et le respect de la souveraineté algérienne visaient à ouvrir une nouvelle phase de détente entre les deux capitales.

En retour, Royal a été la cible d’attaques absurdes menées par des médias, des responsables politiques et des chroniqueurs d’extrême droite.

Par le passé, ces milieux ont eu recours à la diffusion de statistiques falsifiées sur l’immigration illégale afin de ternir l’image de l’Algérie en France et en Europe. Ces discours toxiques sur la migration, l’islam politique et l’intégration continuent d’empoisonner les relations bilatérales.

L’Algérie avance

Malgré la détérioration de ses relations avec la France, l’Algérie réalise des avancées majeures sur la scène mondiale, notamment en établissant un record mondial dans la production de fer. Afin d’optimiser l’exploitation de plus de 3,5 milliards de tonnes de minerai de fer, le pays a lancé un vaste projet de développement des infrastructures, axé notamment sur le transport du minerai depuis la région reculée de Gara-Djebilet, dans la wilaya de Tindouf, vers les sites de transformation de Béchar et d’Oran.

La première cargaison de minerai de fer issue de la mine de Gara-Djebilet a été acheminée vers Béchar pour un traitement initial, avant d’être livrée au complexe du groupe turc Tosyalı à Bethioua, dans la wilaya d’Oran. Par ailleurs, un projet ferroviaire majeur de 950 kilomètres a été lancé, reliant Gara-Djebilet à Béchar.

Ce projet, dont l’achèvement est prévu pour septembre 2026, devrait favoriser le développement régional, créer des emplois et améliorer les services, contribuant ainsi à une politique plus équilibrée entre le nord et le sud du pays et à la réduction de l’isolement régional.

Alors que l’Algérie progresse sur le plan économique et infrastructurel, la France peine à se libérer de son héritage colonial. L’extrême droite et le lobby de la nostalgie coloniale doivent renoncer à leur vision dépassée de l’Algérie comme simple prolongement de ses anciens territoires coloniaux. Cependant, malheureusement, les relations entre Alger et Paris ont peu de chances de s’améliorer à court terme, notamment à l’approche de l’élection présidentielle française.

Source : Daily Sabah

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