Les racines de cette question remontent aux années 1960, période durant laquelle certaines voix au Maroc revendiquaient l’appartenance de la Mauritanie au royaume.
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Une séquence diffusée par la chaîne qatarie beIN Sports lors de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 entre le Maroc et le Sénégal a provoqué une vive controverse en Mauritanie. En évoquant des « frontières historiques » du Maroc s’étendant jusqu’au fleuve Sénégal, le journaliste marocain Youssef Al-Saïhili a suscité l’indignation de nombreux Mauritaniens, qui y voient une remise en cause de leur souveraineté nationale.
Ces propos, jugés infondés sur le plan historique, ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux, déclenchant une vague de réactions critiques dans l’opinion publique et parmi les acteurs politiques et médiatiques mauritaniens. Pour beaucoup, il s’agit d’une atteinte symbolique grave aux fondements de l’État mauritanien.
Un précédent en 2018
Cette polémique rappelle un épisode similaire survenu en 2018, lorsque Hamid Chabat, alors secrétaire général du parti marocain de l’Istiqlal, avait tenu des déclarations comparables. L’affaire avait provoqué une crise diplomatique entre Rabat et Nouakchott, obligeant le palais royal marocain à se désolidariser officiellement de ces propos.
À l’époque, le Premier ministre Abdelilah Benkirane et le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita avaient été dépêchés à Zouerate pour rencontrer le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz et présenter des excuses officielles, contribuant à apaiser les tensions.
Un héritage historique sensible
Les racines de cette question remontent aux années 1960, période durant laquelle certaines voix au Maroc revendiquaient l’appartenance de la Mauritanie au royaume. Ces revendications ont été abandonnées en 1969, lorsque Rabat a officiellement reconnu l’indépendance et la souveraineté de la Mauritanie lors du premier Sommet islamique à Rabat.
Le roi Hassan II avait alors accueilli le président mauritanien Moktar Ould Daddah, marquant ainsi un tournant décisif dans les relations bilatérales après plusieurs années de tensions. Cette reconnaissance avait ouvert la voie à une coopération renforcée entre les deux pays.
La question du Sahara occidental a également joué un rôle important dans la définition des frontières. Les accords de Madrid de 1975 et la partition de 1976 avaient clarifié les zones d’influence entre le Maroc et la Mauritanie. Depuis son retrait du territoire, la Mauritanie adopte une position de neutralité et soutient une solution pacifique et durable au conflit.
Appels à une réaction diplomatique
Face à cette nouvelle controverse, plusieurs observateurs appellent les autorités mauritaniennes à intervenir par les voies diplomatiques auprès du Qatar afin d’éviter toute répétition de tels propos. Pour de nombreux citoyens, les relations entre Nouakchott et Rabat constituent un pilier stratégique qu’aucune dérive médiatique ne devrait fragiliser.
« La relation entre la Mauritanie et le Maroc est historique et sacrée. Elle ne doit pas être instrumentalisée », souligne un analyste politique basé à Nouakchott.
Les limites du journalisme sportif
Au-delà de l’incident lui-même, cette affaire relance le débat sur la frontière entre sport et politique. Plusieurs professionnels des médias estiment que beIN Sports a outrepassé son rôle en abordant des sujets sensibles sans cadre ni vérification rigoureuse.
Selon eux, l’impartialité et la neutralité sont des principes fondamentaux du journalisme, en particulier lorsqu’il s’agit de questions de souveraineté. Certains appellent également les instances sportives internationales, notamment la FIFA et la CAF, à veiller au respect de ces règles afin de préserver l’intégrité du sport.
Dans un contexte régional marqué par des équilibres diplomatiques fragiles, cette polémique rappelle combien les mots, même prononcés dans un cadre sportif, peuvent avoir des répercussions politiques majeures. Pour de nombreux observateurs, le sport doit rester un espace de rassemblement et de coopération, loin des rivalités géopolitiques.
