#Maroc #Algérie #KhawaKhawa #Israël #GuerredesSables
À force d’être répétée, une illusion finit par se prendre pour une vérité.
« Khawa khawa ». Frères. Voisins. Destin commun.
Une formule confortable. Mais une formule vide.
L’histoire ne se construit pas avec des slogans. Elle se construit avec des actes. Et les actes, eux, racontent une autre histoire.
Depuis l’indépendance de l’Algérie, la relation entre Alger et Rabat n’a jamais reposé sur une fraternité sincère entre États. Dès 1963, l’Algérie fraîchement libérée faisait face à une agression militaire. La guerre des Sables n’est pas un détail du passé : elle est le point de départ d’une ligne politique assumée, faite d’ambitions territoriales et de rapports de force.
Depuis, le schéma est constant. Tentatives de déstabilisation, hostilité diplomatique, campagnes médiatiques répétées, instrumentalisation de dossiers sensibles. La régularité de ces actes exclut toute lecture naïve. Il ne s’agit pas d’émotion, mais de continuité historique.
Aujourd’hui, le discours de façade s’effondre.
Le ralliement assumé du Maroc à Israël — perçu par une immense majorité d’Algériens comme un adversaire idéologique et historique — n’est pas une simple décision diplomatique. C’est un choix stratégique. Un signal politique. Une prise de position qui rompt définitivement avec toute prétention à la fraternité régionale.
Ce constat n’est pas une « fitna ». Il ne vise pas les peuples. Il vise une réalité politique. Un État qui s’aligne sur des axes hostiles aux intérêts algériens, qui banalise des alliances contraires à toute logique de solidarité maghrébine, ne peut pas être présenté comme un « frère » au nom de la culture ou de la langue.
La fraternité ne se proclame pas. Elle se démontre.
Plus grave encore, cette hostilité ne se limite plus aux sphères du pouvoir. Elle a été diffusée, normalisée, intériorisée par une partie significative de l’opinion publique marocaine. Des années de discours, de récits et de propagande ont façonné une perception où l’Algérie devient l’ennemi naturel, pendant qu’Israël est présenté comme un partenaire acceptable, voire préférable.
Ce basculement n’est ni anodin ni accidentel. Il marque une rupture morale, historique et politique. Préférer l’alignement avec un État engagé dans l’oppression d’un peuple arabe plutôt que la construction d’une relation apaisée avec un voisin maghrébin, c’est un choix lourd de sens.
Bien sûr, il existe des voix marocaines lucides, attachées à la paix réelle et à la dignité régionale. Mais elles sont marginalisées, étouffées par un discours dominant qui glorifie l’hostilité et maquille la confrontation en normalité.
Continuer à invoquer le mythe du « khawa khawa » face à ces réalités, c’est désarmer les consciences. C’est refuser de nommer les rapports de force. C’est confondre la lucidité avec la naïveté.
L’Algérie n’a pas besoin d’ennemis imaginaires.
Elle en a déjà de bien réels, identifiables par leurs choix, leurs alliances et leurs actes.
Dire cela, ce n’est pas appeler à la haine.
C’est appeler à la clarté.
Et en politique, la clarté est un acte de résistance.
