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Maroc : Quand Lakjaa offre l’Afrique sur un plateau d’argent à l’Algérie

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La CAN n’a pas sacré un vainqueur. Elle a révélé une vérité plus dure : l’Afrique se retrouve, une fois de plus, coincée entre une arrogance déchue et une opportunité mal saisie.

La dernière Coupe d’Afrique des Nations n’a pas été qu’une affaire de ballon. Elle n’a même pas été qu’une histoire de défaites. Elle a marqué une bascule politique rare, silencieuse mais durable. Le Maroc n’a pas seulement perdu sur le terrain : il a perdu une position stratégique.

En instrumentalisant le football pour démontrer sa puissance, le royaume a déplacé l’enjeu hors du stade. La victoire ne devait plus être sportive : elle devait être symbolique. Le stade est devenu une vitrine de puissance, la CAN une mise en scène de l’autorité régionale.

Tout avait été préparé pour cela. La victoire des joueuses marocaines, d’abord, brandie comme un gage moral et l’image d’un pays moderne. Puis l’équipe masculine, annoncée comme l’aboutissement naturel de ce récit, une continuité verrouillée à l’avance.

La chute a été nette. Deux défaites à domicile. Devant les yeux du royaume. Devant ce qui devait être une démonstration de force.

Mais le vrai basculement ne vient pas du score. Il réside dans la réaction. Plutôt qu’un retrait stratégique, un silence ou une lecture froide de l’échec, le système marocain a répondu par la nervosité : déchaînement médiatique, chasse aux responsables, discours saturé de violence, de soupçons, parfois de relents raciaux. Le football a cessé d’être un jeu ; il est devenu un exutoire toxique.

C’est là que Fouzi Lakjaa cesse d’être un simple dirigeant sportif pour devenir un acteur politique. À force de confondre influence et pression, autorité et contrainte, le Maroc a produit l’effet inverse de celui recherché. Là où il voulait imposer le respect, il a semé la fatigue. Là où il voulait dominer, il a provoqué le rejet.

Et c’est précisément à ce moment que le basculement s’opère.

Lakjaa vient, sans le vouloir, d’offrir l’Afrique sur un plateau d’argent à son rival régional, l’Algérie. Un cadeau géopolitique pur : une fenêtre rare, un espace continental qui se libère non par conquête mais par rejet.

La question est désormais centrale : l’Algérie saura-t-elle saisir cette opportunité ?

Il fut un temps où la réponse aurait été évidente. Dans les années 1970, l’Algérie disposait d’une diplomatie africaine structurée et offensive, capable de transformer une faille adverse en avantage durable.

Aujourd’hui, l’Algérie de Tebboune ne dispose ni de doctrine lisible, ni de projection stratégique, ni de souffle politique. Elle gère au jour le jour, parle de souveraineté mais pense survie. Face à ce cadeau inattendu, elle risque de se limiter à le commenter plutôt qu’à le convertir en influence réelle.

Le tableau est donc clair : un Maroc qui se coupe d’une partie de l’Afrique par excès de méthode, une Algérie qui pourrait bénéficier du vide mais sans en avoir l’envergure.

Lakjaa a offert l’Afrique. Encore faut-il qu’en face se tende une main politique, et non hésitante.

La CAN n’a pas sacré un vainqueur. Elle a révélé une vérité plus dure : l’Afrique se retrouve, une fois de plus, coincée entre une arrogance déchue et une opportunité mal saisie.

Et cela, ce n’est plus du football.

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