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CIA : L’Espagne voulait avoir une bombe nucléaire comme arme de dissuasion contre le Maroc

general muñoz grandes

C'était le rêve de Muñoz Grandes : une Espagne dans une alliance nucléaire avec la France. (Photo: Wikimedia Commons)

Le capitaine général Muñoz Grandes, célèbre pour avoir commandé la Division Bleue sur le front de l’Est, a lancé le projet lorsqu’il est devenu vice-président. Un document déclassifié de la CIA indique que l’Espagne aurait pu produire environ 23 ogives nucléaires par an, car elle possédait à l’époque les deuxièmes plus grandes réserves d’uranium au monde. La bombe devait servir de force de dissuasion contre des ennemis comme le Maroc et rendre l’Espagne plus indépendante.

L’Espagne a également bénéficié d’un apport technique supplémentaire suite à l’accident de Palomares en 1966, lorsqu’un B-52 américain transportant des bombes thermonucléaires s’est écrasé dans le sud du pays. Les scientifiques espagnols qui ont étudié les débris ont ainsi été exposés à la configuration de véritables bombes à hydrogène, leur permettant de comprendre la conception thermonucléaire.

Pressions internationales et alliance française

Les États-Unis, inquiets du programme nucléaire espagnol, ont fait pression sur le pays pour qu’il signe le Traité de non-prolifération (TNP) de 1968 et ont bloqué les exportations nucléaires pour l’arrêter. L’Espagne a résisté et a trouvé un allié en Charles de Gaulle, qui souhaitait qu’une autre puissance nucléaire européenne renforce l’autonomie stratégique du continent. De Gaulle et son successeur Pompidou ont poussé la France et l’Espagne à collaborer sur l’énergie et l’armement nucléaires, créant la Société nucléaire franco-espagnole et fournissant à l’Espagne les matériaux supplémentaires qui lui manquaient. C’était le rêve de Muñoz Grandes : une Espagne dans une alliance nucléaire avec la France.

La fin du programme

L’administration Carter a continué de faire pression sur l’Espagne avec des sanctions, mais après la mort de Franco, les gouvernements démocratiques centristes ont maintenu le programme. Ce n’est qu’au début des années 1980, lorsque la crise économique internationale (chocs pétroliers et inflation) a porté les socialistes au pouvoir, que l’Espagne a finalement arrêté. L’Allemagne et les États-Unis avaient clairement indiqué que l’Espagne ne pourrait rejoindre l’UE ou l’OTAN tout en développant des armes nucléaires. L’Espagne a finalement signé le Traité de non-prolifération en 1987.

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