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CAN 2025: Le succès organisationnel du Maroc entaché par des controverses d’arbitrage

senegal coupe

Les joueurs sénégalais ont abandonné le jeu pendant plus de quinze minutes après une décision de penalty contestée.

La victoire spectaculaire du Sénégal après prolongation contre le Maroc lors de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 restera dans les mémoires, non pas pour le but puissant de Pape Gueye, mais pour le moment où une équipe entière a quitté le terrain en signe de protestation. Cette scène extraordinaire au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat, où les joueurs sénégalais ont abandonné le jeu pendant plus de quinze minutes après une décision de penalty contestée, a cristallisé le paradoxe central du tournoi : une compétition d’une excellence organisationnelle sans précédent, entachée par des questions persistantes sur l’intégrité de l’arbitrage.

La controverse a atteint son paroxysme dans le temps additionnel d’une finale sans but, lorsque l’arbitre Jean-Jacques Ndala Ngambo a accordé un penalty au Maroc après une révision de l’assistance vidéo (VAR). Cette décision, intervenue quelques instants après l’annulation d’un but sénégalais pour une faute apparente sur Achraf Hakimi, a été la goutte d’eau de trop pour le sélectionneur Pape Thiaw, qui a conduit ses joueurs vers les vestiaires. Seul le capitaine Sadio Mané est resté sur la pelouse, finissant par convaincre ses coéquipiers de revenir. À la reprise du jeu, la tentative de « Panenka » de Brahim Díaz a été stoppée par Édouard Mendy, et Gueye a scellé le match à la quatrième minute de la prolongation d’une frappe sous la barre transversale.

Le coach marocain Walid Regragui a plus tard accusé Thiaw d’avoir fait honte au football africain, mais la protestation sénégalaise n’était que la manifestation la plus visible de tensions qui couvaient tout au long de la phase à élimination directe. L’ombre d’un arbitrage contesté a suivi la progression du Maroc avec une régularité troublante. En quart de finale contre le Cameroun, remporté deux buts à zéro par le Maroc, les officiels ont ignoré ce qui semblait être un coup de coude flagrant de Nayef Aguerd sur Christian Kofane. Les responsables camerounais ont exprimé leur frustration face à un changement d’arbitres de dernière minute, le qualifiant de hautement inhabituel. Contre la Tanzanie en huitièmes de finale, un penalty potentiel pour une faute d’Adam Masina dans les dernières minutes a également été ignoré.

La demi-finale contre le Nigeria a suscité des plaintes similaires. Les joueurs et supporters nigérians ont remis en question la performance de l’arbitre ghanéen Daniel Laryea, notamment un carton jaune infligé à Calvin Bassey qui le privait du match suivant. Certains observateurs ont souligné la sensibilité de nommer un officiel ghanéen pour un match impliquant le Nigeria, compte tenu de la rivalité entre les deux nations. Les défenseurs nigérians ont décrit l’arbitrage comme « terrible », affirmant que les petites décisions allaient systématiquement contre eux, brisant leur rythme. Un journaliste nigérian est allé plus loin, suggérant que les arbitres issus exclusivement du continent pourraient avoir du mal à garantir une totale impartialité, appelant à envisager des officiels d’autres régions.

Ces préoccupations ont résonné de manière particulièrement vive au Nigeria en raison d’une absence flagrante dans les effectifs du tournoi. Pour la deuxième édition consécutive, aucun arbitre nigérian ne figurait parmi les 73 officiels sélectionnés. Cette exclusion, prolongeant une tendance qui remonte à près de deux décennies, s’est avérée difficile à accepter alors que les équipes nigérianes concouraient sous un arbitrage qu’elles percevaient comme compromis. L’explication de la Confédération Africaine de Football (CAF) a pointé du doigt des échecs de performance : les candidats nigérians n’avaient pas réussi les tests physiques, techniques et de compétence VAR lors des sélections préliminaires. Le président de l’Association des arbitres du Nigeria a reconnu qu’un seul arbitre nigérian de rang « élite » avait été qualifié pour l’examen initial, mais qu’il avait échoué aux évaluations.

Ce défaillance systémique reflète des problèmes plus larges au sein du football nigérian. Des observateurs ont lié cette exclusion à des normes incohérentes, à des décisions compromises dans les ligues locales souvent attribuées à des salaires impayés, et à un manque d’investissement dans les infrastructures de formation modernes. L’absence d’officiels nigérians a érodé la confiance internationale au moment même où les questions sur les standards d’arbitrage continentaux s’intensifient. Pour une nation qui produisait autrefois des officiels respectés sur les scènes africaine et mondiale, ce vide actuel représente bien plus qu’un oubli administratif : c’est un réquisitoire contre les priorités de développement.

La CAF a tenté de limiter les dégâts pendant le tournoi, écartant deux arbitres après des performances médiocres lors des premiers tours et ouvrant des enquêtes sur les confrontations entre joueurs et officiels. Le président Patrice Motsepe avait souligné avant la compétition que les arbitres et les assistants vidéo avaient été rappelés à leurs responsabilités pour maintenir des standards élevés et préserver l’intégrité. Pourtant, les critiques soutiennent que les actes ont été plus éloquents que les paroles, pointant les changements d’arbitres annoncés moins de 24 heures avant les matches couperets comme preuve d’incertitude, voire de manipulation possible.

Ces controverses se sont déroulées sur fond d’éloges quasi universels concernant les capacités d’accueil du Maroc. L’investissement dans les infrastructures, s’élevant à des centaines de millions, a permis de proposer des stades rénovés d’une capacité proche de 70 000 places, des liaisons de transport modernes entre les villes hôtes et des systèmes de billetterie numérique fluides. Les pelouses sont restées dans un état parfait malgré de fortes pluies, et les dispositifs de sécurité se sont montrés visibles et efficaces. Fans et officiels de diverses nations ont décrit le tournoi comme l’un des mieux organisés de l’histoire de la compétition. La Fédération Égyptienne de Football a envoyé une lettre officielle louant les infrastructures et l’hospitalité, y voyant un modèle pour porter le football africain vers des niveaux plus professionnels.

Les revenus de diffusion ont doublé, tandis que de nouveaux marchés comme la Chine, le Japon et les États-Unis ont montré un intérêt accru. Le secrétaire général de la FIFA, Mattias Grafström, a loué la qualité et les standards, liant la performance du Maroc à son futur rôle d’hôte de la Coupe du Monde 2030. Le commentateur tunisien Issam Chaouali a comparé l’organisation à celle d’un Mondial plutôt qu’à un simple championnat continental, tandis que le créateur de contenu britannique Asher Glean a déclaré que chaque match ressemblait à une finale de Ligue des Champions en termes de présentation et de planification.

Pourtant, ce triomphe organisationnel n’a pu dissiper les soupçons selon lesquels les avantages du Maroc s’étendaient au-delà de la logistique. Des observateurs ont noté que les billets pour les matches à élimination directe impliquant les hôtes s’écoulaient en quelques minutes, garantissant un soutien majoritairement local lors des rencontres cruciales. Le calendrier de mise en vente des billets, disponibles avant même que toutes les équipes n’aient assuré leur place, a de fait limité l’accès aux supporters visiteurs et généré une perception de favoritisme systématique.

L’héritage du tournoi repose donc inconfortablement entre deux récits. Le Maroc a démontré que les nations africaines peuvent organiser des événements sportifs d’envergure mondiale avec des infrastructures et une planification dignes des plus hauts standards internationaux. Cela représente un progrès réel et offre un modèle pour les futurs hôtes. Cependant, les questions persistantes sur l’équité de l’arbitrage, les faiblesses structurelles révélées par l’absence du Nigeria parmi les arbitres et les scènes de protestation inédites lors de la finale montrent à quel point la confiance dans la compétition continentale reste fragile. Des stades de haute qualité et des transports efficaces pèsent peu si les participants et les supporters croient que les résultats sont influencés par des facteurs extérieurs à la performance sportive. Pour que le football africain capitalise sur le succès organisationnel du Maroc, il doit s’attaquer aux questions d’intégrité avec la même urgence. Ce n’est qu’à cette condition que l’attention se déplacera des polémiques en salle de presse vers le talent pur sur le terrain.

Source : The Will (Nigeria), 19/01/2026

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