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par Mustapha Aggoun
Le jour où j’ai appris que les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) avaient approuvé l’adhésion des Émirats Arabes Unis et de l’Égypte en tant que nouveaux membres, j’ai ressenti un déchirement intérieur. Ce sentiment n’était pas seulement celui d’une déception, mais d’une désillusion profonde, un moment où les illusions que j’avais nourries sur l’émergence d’un pôle économique et politique rival du bloc occidental se sont effondrées comme un château de cartes.
Il y a quelques années, les BRICS représentaient une lueur d’espoir dans un monde unipolaire dominé par les États-Unis et leurs alliés européens. L’idée qu’un autre pôle de pouvoir se constituait, un pôle où les pays du Sud et les économies émergentes pouvaient faire front commun contre l’hégémonie occidentale, nourrissait en moi une forme d’optimisme. Mais le fait d’accepter dans ses rangs des pays comme les Émirats et l’Égypte, qui n’ont cessé de jouer un rôle ambigu dans la géopolitique mondiale, m’a donné l’impression que les BRICS n’étaient plus qu’une coquille vide, une organisation qui, loin de redéfinir l’ordre mondial, risquait de se soumettre à celui qui existe déjà.
Comment comprendre cette adhésion, sinon par une soumission tacite aux forces dominantes de l’Occident ? Les Émirats Arabes Unis et l’Égypte, sous des apparences de souveraineté, ont en réalité toujours été des alliés précieux de Washington et de Tel Aviv. Ils n’ont cessé de renforcer leurs relations avec Israël, et ce, malgré les prétentions de défendre une solidarité arabe et musulmane. Leur politique, qu’elle soit économique, militaire ou diplomatique, est souvent dictée par les États-Unis, qui les soutiennent non seulement par des moyens financiers mais aussi en leur fournissant des garanties de sécurité, sans compter les liens stratégiques qui unissent ces pays à l’État sioniste. Les Émirats ont signé les Accords d’Abraham avec Israël, marquant une normalisation totale de leurs relations, tandis que l’Égypte, bien qu’ayant signé un traité de paix avec Israël en 1979, continue de maintenir des relations privilégiées avec l’entité sioniste. Comment ces pays, qui, dans l’ombre, soutiennent des politiques israéliennes qui écrasent les droits des Palestiniens, peuvent-ils prétendre faire partie d’un bloc qui se veut à la fois alternatif et anti-impérialiste ?
La gravité de cette situation prend une tournure encore plus inquiétante à mesure que l’on observe les politiques étrangères de ces pays. La violation des principes de souveraineté et de non-ingérence par les États-Unis, à l’égard du Venezuela, est l’un des plus grands exemples de l’impérialisme occidental. Les États-Unis ont littéralement piétiné la souveraineté de ce pays en imposant des sanctions économiques, en soutenant l’opposition interne, et en cherchant à renverser un gouvernement démocratiquement élu. Il ne s’agit pas seulement d’une attaque économique, mais d’une atteinte directe aux principes de Droit international, là où la terre, la mer, et même la sécurité nationale du Venezuela sont devenues des enjeux d’une guerre froide prolongée, alimentée par des intérêts géopolitiques et économiques.
Avant le Venezuela, l’Afrique avait, elle aussi, été le théâtre de nombreuses violations. Le Nord du Nigéria, avec ses richesses pétrolières, est une cible stratégique des ambitions américaines. Mais la guerre ne se joue pas seulement sur le terrain économique ou militaire. La mer Rouge, en tant que carrefour stratégique pour le commerce mondial, est aussi une zone de tensions croissantes, avec l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis soutenant indirectement les ambitions israéliennes pour bloquer l’influence iranienne. En parallèle, la situation au Liban, où Israël se livre à des attaques contre des infrastructures et des positions du Hezbollah, est en grande partie encouragée par une complice passivité de ces régimes qui se prétendent défendre les intérêts arabes tout en étant en réalité des instruments de politique étrangère israélienne et américaine.
Dans ce contexte, les BRICS semblent s’éloigner de leur objectif initial. Au lieu d’un contre-pouvoir à l’hégémonie occidentale, l’organisation apparaît, de plus en plus, comme un cartel d’intérêts économiques et politiques qui, loin de remettre en cause l’ordre mondial dominé par l’Occident, finit par s’y conformer. La Russie et la Chine, qui avaient à un moment donné semblé jouer un rôle de meneurs dans le groupe, semblent parfois se contenter de maintenir une façade de résistance, tout en poursuivant leurs propres intérêts dans un cadre de coopération avec les États-Unis et l’Europe. L’Inde, elle aussi, s’éloigne de ses positions de non-alignement, multipliant les accords commerciaux avec les puissances occidentales tout en jouant sur la contradiction de ses relations avec la Russie.
Le BRICS, tel qu’il existe aujourd’hui, n’est plus qu’un symbole de ce que l’on aurait voulu qu’il soit : un pôle alternatif, un équilibre des forces capable de défier l’impérialisme occidental. Mais la réalité est plus complexe, et cette adhésion des Émirats et de l’Égypte prouve que les lignes de fracture géopolitiques sont loin d’être aussi nettes qu’elles semblaient l’être.
En réalité, ces pays, tout comme certains membres des BRICS, semblent plus soucieux de défendre leur place dans un monde où les superpuissances continuent de redéfinir l’ordre international à leur avantage, plutôt que de s’engager dans une véritable remise en question du statu quo.
En somme, il semble que les BRICS, en intégrant ces deux nations qui ont montré une telle soumission aux forces impérialistes occidentales, abandonne son idéal de résistance. Ce n’est plus qu’un espace de coopération économique, sans âme, sans véritable engagement politique. La question qui me taraude désormais est la suivante : existe-t-il encore un espoir de voir un jour se constituer un bloc réellement indépendant, capable de rivaliser avec l’Occident sans être sous la coupe des grandes puissances mondiales ? À ce stade, je suis sceptique, et mes espoirs se sont dissipés dans les sables mouvants de la géopolitique contemporaine.
Source : Le Quotidien d’Oran, 12/01/2026

