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Sahara Occidental : Note suite au rejet par le PE du protocole de pêche 2011-2012

accord de peche 2

Le Maroc appelle à une réévaluation conjointe et objective de l’accord précédent, à une redéfinition du cadre de coopération et à une révision à la hausse de la contrepartie financière.

Résumé : Le Maroc et l’Union européenne ont engagé en 2012 des discussions exploratoires sur la coopération en matière de pêche maritime, à la suite du rejet par le Parlement européen du protocole de pêche 2011-2012. Une note diplomatique analyse les causes de cette rupture, que le Maroc attribue principalement à la Commission européenne, au Parlement européen et, dans une moindre mesure, à l’Espagne, écartant toute responsabilité marocaine.

Rabat dénonce un processus européen politisé, fondé sur une évaluation jugée biaisée et incomplète, ainsi que des pressions ayant fragilisé la mise en œuvre de l’accord. Le texte critique également les orientations proposées par la Commission européenne pour un nouveau protocole, estimant qu’elles ignorent les spécificités du secteur halieutique marocain, empiètent sur la souveraineté nationale et introduisent des exigences politiques inacceptables.

Le Maroc appelle à une réévaluation conjointe et objective de l’accord précédent, à une redéfinition du cadre de coopération et à une révision à la hausse de la contrepartie financière. En conclusion, le document juge le modèle actuel des accords de partenariat de pêche de l’UE inadapté au niveau de développement du secteur halieutique marocain et plaide pour un cadre de coopération renouvelé, aligné sur la stratégie nationale Halieutis.

TEXTE DE LA NOTE

Note en perspective des premières discussions exploratoires dans le domaine de la coopération en matière de pêches maritimes entre le Maroc et l’UE

Suite à la visite le 20 avril 2012, à Rabat, de la Commissaire européenne en charge de la pêche maritime, le Maroc et l’UE ont convenu de mener des discussions exploratoires dans le domaine de la coopération en matière de pêches maritimes avec comme premier objectif de clarifier certains points liés notamment à la souveraineté marocaine sur sa Zone Economique Exclusive (ZEE) et définir ensuite les principes d’un éventuel nouveau protocole de pêche. A cet effet, les deux parties ont décidé de tenir une réunion à Rabat, les 6 et 7 juin 2012.

A la veille de la tenue de cette rencontre et à la Demande du Département des pêches maritimes (DPM), la Direction Générale des Affaires Maritimes et de la Pêche (DG MARE) à la Commission européenne (CE) a élaboré une note, qu’elle a envoyée au DPM, concernant les « principes généraux devant guider la négociation ».

Eu égard aux importants enjeux et à la sensibilité de la relation halieutique Maroc-UE, un rappel des événements qui ont marqué cette relation récente en matière de pêche maritimes entre les deux parties serait à même d’aider à mieux élaborer les principes devant régir les modalités d’un éventuel futur protocole. En effet, l’identification des responsabilités (CE, Parlement européen-PE- et Espagne principalement) ayant entraîné le rejet en question contribuerait à envisager un cadre plus serein de coopération technique et commerciale à l’abri des considérations politiques.

En perspective de la tenue de cette rencontre, il appartient à la partie marocaine de souligner dès l’ouverture des premières discussions exploratoires les éléments ci-dessous :

a/ la première consiste à répondre à la question suivante : Pourquoi et comment sommes nous arrivés à cette situation ?

b/ La deuxième étape consiste à rappeler la pression exercée par la CE dont elle a fait montre lors de la négociation, à la fois, du nouvel APP, en juillet 2005, (après un arrêt de pêche dans la ZEE marocaine de plus de 6 ans) et de l’extension d’une année du protocole en février 2011. Cette précipitation de la part de la partie européenne a conduit inévitablement à l’omission de certaines dispositions qui a généré des difficultés dans la mise en œuvre de l’accord.

En dépit des éléments qui ont été développés ci-dessus démontrant l’entière responsabilité de la CE dans le rejet du protocole, le Conseil de l’UE a adopté en février 2012 une nouvelle décision autorisant la CE à ouvrir des négociations avec le Maroc pour un nouveau protocole à l’APP dans le secteur de la pêche.

Ce mandat de négociation, fait abstraction de la position de la partie marocaine vis-à- vis de certains points sensibles.

En effet, les directives de négociations prévoient des éléments à caractère éminemment politique et dépassent le cadre d’un protocole régissant les conditions techniques, commerciales et financières devant permettre aux navires européens d’opérer dans la ZEE du Royaume du Maroc.

Parmi les conséquences du rejet du protocole par le PE, il importe de constater l’existence d’un chevauchement entre la durée de l’APP et celle du futur protocole. La durée de vie du protocole devrait être égale à celle de l’APP ; aussi la durée de celui-ci devrait coïncider avec la durée de vie restante de l’APP qui a été reconduit de manière tacite le 28 février 2011 en même temps que l’entrée en vigueur provisoire de l’extension d’un an du protocole (28/02/2011 au 27/02/2012). Or, la CE propose une durée de 4 ans pour le futur protocole qui viendrait à terme du delà de la date d’expiration de l’APP. Quelles seraient les conséquences d’une telle proposition pour notre pays ?

Compte tenu des considérations susmentionnées, il apparaît clairement que la CE, le PE et l’Espagne dans une moindre mesure assument l’entière responsabilité de la situation que traverse le dossier des relations Maroc-UE dans le domaine de la pêche.

En réponse à la demande de l’UE d’ouvrir des négociations avec le Maroc pour un nouveau protocole, la CE et les Etats membres concernés par ce protocole devraient prendre leur responsabilité notamment vis-à-vis de la dimension politique de ce dossier.

S’agissant de la note de la DG MARE sur les « principes généraux devant guider la négociation », elle appelle de la part de cette Mission les remarques et observations suivantes :

  1. Parmi les préalables à la négociation d’un nouveau protocole à l’APP, la nécessité de réaliser une évaluation conjointe faisant état avec toute objectivité des difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de l’APP tout en identifiant la responsabilité de chacune des parties vis-à-vis du respect ou non respect des dispositions de l’accord, du protocole et de son annexe. Une telle évaluation permettrait de faire le diagnostic sur les forces et les faiblesses du texte et d’en tirer les leçons pour une meilleure rédaction du texte du futur protocole.
  2. Remboursement de la CF : la CE ne devrait même pas demander le remboursement eu égard à la décision du Maroc d’accorder à l’UE une entrée provisoire du protocole. Ce point devrait être réglé en dehors des discussions exploratoires pour un nouveau protocole car il s’agit d’un nouvel exercice du moment que le protocole 2011-2012 a été rejeté par le PE. Ne pas oublier dans l’estimation des montants à rembourser de déduire les périodes de repos biologique et trouver une formule appropriée pour le cas du quota stock C.
  1. La partie marocaine devrait rejeter toute demande relative à la fourniture du rapport sur la programmation prévu dans le protocole précédent étant donné que l’UE a dénoncé le protocole et de ce fait la partie marocaine n’est pas tenue de présenter un quelconque document ou le cas échéant donner des explications sur l’utilisation ultérieure de l’appui sectoriel. Le protocole stipulait que le suivi est possible au-delà de l’expiration de la durée du protocole mais ce dernier a été abrogé unilatéralement avant le 27 février 2012.
  2. Rejeter formellement toute entrée en vigueur provisoire du futur protocole compte tenu de l’issue du protocole précédent.
  3. Durée du protocole : à la différence de la DG MARE qui mentionne une durée du protocole de 4 ans, les directives européennes de négociations ne précisent pas la durée comme ce fut le cas pour l’extension du protocole.
  4. Veiller à ce que les travaux des réunions de la Commission mixte en charge du contrôle de l’application de l’APP n’aboutissent pas à des amendements des dispositions de l’accord et du protocole.
  5. Tirer les leçons de gestion de l’APP durant les 4 années et 9 mois du protocole rejeté en appliquant rigoureusement et sans complaisance les dispositions du futur nouveau protocole ;
  6. Au cas où l’utilisation du montant réservé à l’appui sectoriel est soumis à des conditions comme le demande la CE, il serait utile de s’assurer une flexibilité dans son affectation ;
  7. Prévoir un article par lequel la CE s’engage de manière explicite à assurer par les navires européens opérant dans la ZEE marocaine le respect de toutes les dispositions réglementaires et toutes les clauses du protocole;
  8. La question des retombées économiques de l’APP (volet appui sectoriel) est applicable à l’ensemble des Etats côtiers signataires d’accord de pêche avec l’UE (conclusions du Conseil de l’UE 19/3/12) et donc pourrait être admise sous réserve de prévoir une clause spécifiant le type de retombées sur l’ensemble du territoire marocain. A cet égard, notre pays devrait fixer lui-même les indicateurs quantifiables à présenter ;
  9. Réviser à la hausse la contrepartie financière pour tenir compte de la dépréciation de l’euro et de l’évolution du prix du poisson entre 2005 et 2012 voire 2013 ;
  10. Refuser la règle de proportionnalité entre l’effort de pêche et le niveau de la contrepartie financière.

En guise de conclusion, il convient de souligner que de manière générale, le volet actuel des APP prévu dans la cadre de la politique externe de la Politique Commune de la Pêche (PCP) en vigueur semble inadapté aux relations de coopération halieutique Maroc-UE.

L’offre européenne en la matière en plus des difficultés politiques qu’elle génère ne correspond pas dans sa démarche et dans son contenu à la logique de la stratégie nationale Halieutis.

Le secteur de la pêche national a besoin de développer ses industries de transformation, de valorisation et des industries annexes en général, besoin auquel malheureusement les APP ne répondent pas.

Le niveau de développement du secteur halieutique national semble par conséquent en avance par rapport au contenu du cadre de coopération qu’offre l’UE au Maroc.

Aussi, convient-il de mettre à profit la période durant laquelle les navires de pêche européen impactés par le rejet du PE bénéficient de l’indemnisation européenne pour mener une réflexion conjointe sur les voies et moyens pour définir un cadre idoine pour les relations de coopération halieutique Maroc-UE qui dépasseraient le cadre conventionnel proposé à ce jour.

Enfin, et sans préjuger des conclusions de la réunion des 6 et 7 juin 2012, il serait judicieux de gérer de manière optimale les négociations à venir et la finalisation du futur protocole en parallèle avec le calendrier politique notamment celui afférent à la question nationale.

Source :

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