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Espagne : Le manque de collaboration du Maroc complique l’enquête sur le tunnel de haschich de Ceuta

tunnel de ceuta

Dix mois après que la Garde civile espagnole a démantelé un dangereux réseau criminel qui acheminait des dizaines de tonnes de haschich du nord du Maroc vers l’Espagne, les investigations judiciaires liées au tunnel de drogue reliant Ceuta à l’Espagne stagnent toujours. (Photo: IA)

Le tunnel du « haschich » à Ceuta : le silence marocain complique les enquêtes de la justice espagnole

Dix mois se sont écoulés depuis le démantèlement d’un réseau criminel qui transportait des tonnes de haschich du nord du Maroc vers l’Espagne, via le port de Ceuta, à travers un tunnel secret passant sous la clôture séparant Tétouan de Ceuta. Pourtant, les enquêtes judiciaires espagnoles continuent de buter sur de sérieuses difficultés concernant le volet marocain du dossier. Entre silence officiel et absence de coopération judiciaire, le tunnel de la drogue, qui constituait une prouesse sécuritaire sans précédent dans la lutte contre le crime organisé, est devenu un dossier complexe révélant l’imbrication de la criminalité transfrontalière avec des dysfonctionnements plus profonds des mécanismes de contrôle et de coopération internationale.

Dix mois après que la Garde civile espagnole a démantelé un dangereux réseau criminel qui acheminait des dizaines de tonnes de haschich du nord du Maroc vers l’Espagne, les investigations judiciaires liées au tunnel de drogue reliant Ceuta à l’Espagne stagnent toujours.

L’opération de sécurité, lancée en février de l’année dernière, a mis au jour une organisation criminelle à plusieurs niveaux, reposant sur deux principaux modes de trafic : le premier via des camions passant par le port de Ceuta, chargés de haschich dissimulé dans de faux compartiments, et le second par un passage souterrain secret reliant le territoire marocain à la ville sous administration espagnole.

Une enquête judiciaire confrontée à un mur de silence

La juge María Tardón, chargée du dossier au sein de l’Audience nationale espagnole (juridiction centrale n°3), fait face à d’importantes difficultés concernant la partie marocaine.

Selon des sources proches de l’affaire citées par la plateforme Hawamich, « le Maroc continue d’ignorer les demandes officielles envoyées par le tribunal espagnol et n’a fourni à ce jour aucune nouvelle information concernant la partie du tunnel relevant de sa juridiction ».

Des sources de la Garde civile à Ceuta vont encore plus loin, estimant que « tout est à l’arrêt et que la partie marocaine reste silencieuse », ajoutant que soulever ce dossier « ne sert pas les intérêts internes du Maroc, car il pourrait ouvrir la voie à la mise en cause de plusieurs parties ».

Selon les médias, la juge Tardón a demandé aux autorités marocaines de prendre des « mesures de terrain pour localiser la sortie du tunnel sur le territoire marocain », ainsi que d’« activer d’autres procédures d’enquête liées au réseau ». Toutefois, ces demandes n’ont suscité aucune réponse concrète depuis le début de l’été dernier.

Informations médiatiques sans confirmation officielle

Les seules informations disponibles concernant le volet marocain proviennent de médias locaux. En avril dernier, des articles de presse ont indiqué que l’entrée du tunnel se trouverait dans « une maison située dans une zone classée militaire ».

Le site Alyaum24 a également rapporté que la police marocaine aurait identifié « plusieurs personnes impliquées dans la construction et l’extension du tunnel vers le territoire marocain », précisant que « leur arrestation était imminente » à mesure que l’enquête avançait.

Le même site a indiqué que le principal suspect « dispose d’un casier judiciaire lié au trafic de drogue dans la région de Tétouan », et que des niveaux hiérarchiques supérieurs seraient également impliqués dans l’affaire.

Malgré la gravité de ces informations, « aucune donnée officielle n’a été transmise aux autorités espagnoles jusqu’à présent ».

Surveillance prudente et prévention de toute réutilisation

Les autorités espagnoles poursuivent la surveillance de la structure du tunnel de leur côté, « au moyen d’un système de vidéosurveillance en circuit fermé », sans intervention directe. Des sources sécuritaires expliquent que l’objectif est de « préserver les preuves et garantir la sécurité de l’infrastructure », tout en « empêchant la réutilisation du tunnel » par d’autres réseaux criminels.

Parallèlement, la Garde civile élargit le champ de l’enquête : un quatrième officier a été arrêté en novembre dernier dans le cadre de la même affaire.

Les investigations révèlent un rôle central joué par un agent pénitentiaire et ancien député de l’Assemblée de Ceuta, Mohamed Ali Dous, ainsi que par d’autres officiers, selon le journal El Faro de Ceuta.

Un tunnel souterrain et un réseau protégé de l’intérieur

Les enquêtes ayant conduit à la découverte du tunnel se sont déroulées en plusieurs étapes. Au cours des premiers mois de l’année dernière, la Garde civile espagnole a démantelé deux organisations criminelles qui transportaient des tonnes de haschich vers la péninsule Ibérique, dissimulées dans des compartiments spécialement aménagés dans des camions.

Ces deux organisations bénéficiaient de la complicité d’agents au port de Ceuta pour faciliter le passage des camions, ainsi que de chauffeurs spécialisés dans l’aménagement de caches secrètes à l’intérieur des véhicules. Le tournant décisif est survenu après les aveux de l’un des suspects arrêtés, qui a révélé l’existence d’« un tunnel secret utilisé par l’un des réseaux pour éviter le passage frontalier traditionnel ».

Selon les estimations de la Garde civile espagnole, le tunnel est utilisé depuis « l’arrêt de l’activité dans la zone industrielle début 2023 ». Il se situe dans la zone de Tarajal, entre Fnideq et Ceuta, à l’intérieur d’un entrepôt appartenant à une entreprise de marbre appelée « Nini », dont le propriétaire demeure introuvable à ce jour.

Les enquêteurs soupçonnent également que le tunnel « n’a pas servi uniquement au trafic de drogue, mais aussi à l’introduction de migrants en situation irrégulière à Ceuta ».

Les aveux ont également mis en lumière le mécanisme de couverture sécuritaire : un groupe d’agents de la Garde civile, dirigé par Rubén G., fournissait aux trafiquants des informations précises sur « les jours sûrs pour opérer » ainsi que sur « les horaires d’alerte et les mouvements des forces de sécurité », en échange de sommes comprises entre 70 000 et 100 000 euros par cargaison.

L’unité des affaires internes a confirmé la véracité de ces informations après le placement du suspect en détention provisoire, malgré ses tentatives d’obtenir une libération rapide pour des raisons familiales.

Dans un précédent sécuritaire inédit dans la ville, les experts de l’unité des tunnels ont confirmé que le passage secret s’étend sur une longueur de 50 mètres et à une profondeur d’environ 12 mètres sous terre, témoignant d’un haut niveau de planification et de soutien logistique.

Ainsi, le dossier du « tunnel de Ceuta » dépasse largement le simple cadre du trafic de drogue transfrontalier pour révéler une faille profonde dans le système de coopération sécuritaire et judiciaire entre les deux rives de la Méditerranée.

Hawamich

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