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La France soupçonne le Maroc d’être derrière le scandale d’espionnage avec Pegasus

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Selon les enquêtes, de nombreuses victimes du logiciel Pegasus — développé par la société israélienne NSO et vendu au Maroc — ont des liens avec des entreprises manufacturières, suggérant une tentative d'obtenir des informations confidentielles liées à des groupes de pression (lobbies).

La justice française voit des liens entre le cas espagnol et une autre enquête en cours en France.

Les résultats de la commission rogatoire adressée en mars dernier par l’Audience nationale espagnole aux autorités judiciaires françaises concernant le scandale d’espionnage « Pegasus » ont confirmé l’implication du régime marocain. Cette avancée marque une étape décisive dans les enquêtes judiciaires lancées en 2022 par les justices française et espagnole.

Des preuves partagées entre Paris et Madrid

Sur la base de la commission rogatoire reçue par le juge José Luis Calama de l’Audience nationale — compétente en matière de terrorisme et de crime organisé — la justice française impute la responsabilité de l’espionnage au régime marocain. L’affaire concerne le vol de documents dans les téléphones du président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, du ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, et de la ministre de la Défense, Margarita Robles.

Le journal espagnol El Debate, qui affirme avoir consulté le contenu de cette commission rogatoire, a précisé dans un article publié jeudi dernier que « la comparaison des données françaises et espagnoles a permis d’identifier des indicateurs concordants ». Selon la même source, cela indique que les mêmes acteurs sont derrière l’espionnage des responsables dans les deux pays.

Un dossier relancé par l’enquête européenne

Bien que l’enquête en Espagne ait initialement piétiné, conduisant à une fermeture temporaire du dossier, la justice espagnole a rouvert l’affaire en avril 2024 après avoir obtenu des documents français. Ces pièces renforcent les soupçons pesant sur le régime marocain, s’appuyant sur une enquête européenne globale.

Le journal espagnol La Razón rapporte également que la justice française est désormais convaincue de l’implication des services de renseignement marocains dans l’espionnage de dirigeants européens. Cette certitude intervient dix mois après l’envoi de la demande de coopération judiciaire espagnole vers la France.

Contexte et pressions politiques

Selon les enquêtes, de nombreuses victimes de ce logiciel — développé par la société israélienne NSO et vendu au Maroc — ont des liens avec des entreprises manufacturières, suggérant une tentative d’obtenir des informations confidentielles liées à des groupes de pression (lobbies).

Dans le cas de l’Espagne, le logiciel a été détecté en 2022, mais l’extraction de documents aurait commencé en mai 2021. Cette période coïncidait avec la crise migratoire à Ceuta, où des milliers de jeunes avaient franchi la frontière avec la complicité apparente des forces de sécurité marocaines. Cet événement avait exercé une pression politique majeure sur le gouvernement Sánchez, le poussant, un an plus tard, à modifier la position historique de l’Espagne sur la question du Sahara occidental.

Une source identifiée malgré l’anonymat des agents

El Debate souligne que si l’échange d’informations entre le juge José Luis Calama et le système judiciaire français n’a pas encore permis d’identifier nommément les individus (cadres des services de renseignement marocains), il a néanmoins permis de déterminer avec certitude la source de cette cyberattaque criminelle : le régime marocain.

Pour rappel, le scandale Pegasus a touché de nombreux responsables politiques européens en Espagne, en France, en Belgique et en Italie, ainsi qu’en Algérie, comme l’avaient révélé les enquêtes du consortium médiatique international.

Echouroukonline

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