Tags : ONU, Conseil de Sécurité, Résolution 2797 (2025), Sahara Occidental, Front Polisario, Maroc, Etat-Unis, Russie, Chine,
Selon un article paru sur Just Security, le Conseil de sécurité des Nations Unies, l’organe même créé pour protéger la souveraineté des États, subit une transformation radicale. Sous la conduite d’une entente tacite des trois superpuissances nucléaires — les États-Unis, la Chine et la Russie — il passe du statut de gardien du droit international à celui de gestionnaire des sphères d’influence, utilisant son autorité pour légitimer la conquête et le partage de territoires.
Le catalyseur : Deux résolutions révélatrices
L’article s’articule autour de deux résolutions récentes du Conseil de sécurité qui illustrent ce glissement dangereux :
- Résolution 2797 (31 octobre) : Concernant le Sahara occidental, elle a formellement endossé le Plan d’autonomie de 2007 du Maroc comme base d’une solution, traitant le territoire comme une entité autonome sous souveraineté marocaine et niant le droit du peuple sahraoui à un État indépendant. Cela contredit directement un consensus juridique international vieux de plusieurs décennies, y compris les avis de la Cour internationale de Justice (CIJ), selon lequel le Sahara occidental est un territoire non autonome dont le peuple a le droit à l’autodétermination, et le Maroc un occupant illégal.
- Résolution 2803 (17 novembre) : Concernant Gaza, elle a esquissé une « voie crédible » vers un État palestinien mais l’a soumise à un processus conditionnel et prolongé supervisé par un conseil dirigé par les États-Unis, retardant ainsi indéfiniment la souveraineté d’un peuple largement reconnu.
Une trahison historique et juridique
L’article détaille la longue histoire du conflit du Sahara occidental, soulignant l’ampleur du renversement :
- La CIJ a affirmé le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination en 1975.
- L’ONU l’a longtemps listé comme territoire non autonome et a créé une mission (MINURSO) pour organiser un référendum d’indépendance, qui n’a jamais eu lieu.
- Des tribunaux comme la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples et la Cour de justice de l’Union européenne ont affirmé l’obligation de défendre les droits des Sahraouis.
Malgré cela, depuis 2020, des puissances majeures — dont les États-Unis, des États clés de l’UE (France, Espagne, Allemagne, Royaume-Uni) et Israël — ont unilatéralement reconnu ou acquiescé à la souveraineté marocaine, poussées par des intérêts géopolitiques (contrôle migratoire, commerce, Accords d’Abraham). La Résolution 2797 entérine ce fait accompli à l’ONU.
Le danger plus large : Une nouvelle « Entente Tripartite » et la fin de l’égalité souveraine
L’article soutient qu’il ne s’agit pas d’incidents isolés mais de symptômes d’un effondrement systémique :
- Le nouvel « ordre fondé sur des règles » : Les États-Unis, la Chine et la Russie, bien que rivales, convergent dans l’utilisation du Conseil de sécurité pour ratifier des sphères d’influence et des annexions, leur conférant une apparence de légalité. Ils y parviennent en obtenant les votes d’États plus petits et dépendants grâce à des promesses d’armes, d’accords commerciaux ou de sécurité.
- Corrosion des normes fondamentales : Ce processus sape délibérément les normes impératives (jus cogens) de l’autodétermination, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale — les principes mêmes sur lesquels les puissances moyennes et petites comptent pour leur propre sécurité.
- Un parallèle historique glaçant : L’auteur établit une comparaison saisissante non seulement avec l’échec de la Société des Nations, mais avec la Conférence de Berlin de 1884-85, où les puissances coloniales se sont partagé l’Afrique. La référence à un « Conseil de la Paix » présidé par un président américain évoque la souveraineté personnelle accordée au roi Léopold II sur l’État indépendant du Congo.
Le dilemme et un faible espoir
La situation crée des impossibilités juridiques :
- Dilemme juridique : Les États sont désormais tiraillés entre obéir aux résolutions contraignantes du Conseil de sécurité et défendre les normes jus cogens supérieures que ces résolutions violent.
- Dilemme institutionnel : L’ONU elle-même risque de devenir un outil de légitimation de protectorats plutôt que le dépositaire du droit international.
Le seul rempart, conclut l’article, est l’action collective des puissances moyennes (des États comme le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Indonésie et les nations européennes hors du P3). Elles ont le pouvoir de vote au Conseil de sécurité et l’intérêt existentiel le plus grand à défendre le système de souveraineté. L’avertissement de l’ambassadeur d’Algérie est cité comme un appel crucial à se rassembler : si ce cadre d’« autonomie » imposée est accepté au Sahara occidental, il sera répliqué pour d’autres peuples, de l’Ukraine à Taïwan, démantelant complètement l’ordre international.
En substance, l’article tire une sonnette d’alarme majeure : le monde glisse vers un système où les grandes puissances, opérant via une ONU détournée, se partagent formellement le monde en zones de contrôle, sacrifiant les droits souverains des petits peuples sur l’autel du pragmatisme géopolitique.
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