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Le Maroc a offert 200.000$ pour bloquer l’accès de l’Algérie comme observateur au Parlement Centraméricain

carlos hernandes nuevas ideas

Une délégation, composée de 16 personnes (députés, conseillers et personnel administratif), a voyagé en première classe pour une tournée officielle au Maroc, alors même que tous les frais institutionnels étaient déjà couverts par les budgets du Parlacen. Selon l’enquête de la Commission spéciale d’éthique du Parlement, Hernández aurait néanmoins distribué entre 2 000 et 7 000 dollars par personne, en espèces, en plus des indemnités officielles.

Scandale de corruption au Parlacen : une mission au Maroc éclaboussée par des accusations de pots-de-vin

Une mission officielle du Parlement centraméricain (Parlacen) au Maroc, organisée en avril 2025 pendant la Semaine sainte, s’est transformée en un vaste scandale éthique impliquant le président de l’institution de l’époque, le Salvadorien Carlos René Hernández, membre du parti au pouvoir Nuevas Ideas. Plusieurs députés accusent Hernández d’avoir distribué de l’argent liquide et des cadeaux de luxe afin d’obtenir un soutien politique en faveur de la position marocaine sur le Sahara occidental, dans le cadre de son conflit diplomatique avec l’Algérie.

La délégation, composée de 16 personnes (députés, conseillers et personnel administratif), a voyagé en première classe pour une tournée officielle au Maroc, alors même que tous les frais institutionnels étaient déjà couverts par les budgets du Parlacen. Selon l’enquête de la Commission spéciale d’éthique du Parlement, Hernández aurait néanmoins distribué entre 2 000 et 7 000 dollars par personne, en espèces, en plus des indemnités officielles.

Argent liquide, cadeaux de luxe et vols VIP

Des témoignages recueillis par la Commission et consultés par El Faro font état de sacs Louis Vuitton, foulards de luxe, lotions de grande valeur, voyages en jet privé et d’un traitement préférentiel accordé à certains députés. Plusieurs parlementaires ont affirmé que ces avantages étaient conditionnés à leur appui politique à la position marocaine sur le Sahara occidental.

Le député hondurien Jorge Jiménez a qualifié les faits de « scandaleux », affirmant qu’un collègue lui avait confié avoir reçu 2 000 dollars « en échange de ne pas voter pour l’Algérie ». Jiménez dit avoir refusé toute contrepartie politique et avoir été écarté du groupe principal lors du voyage.

Selon le rapport d’éthique, la plupart des députés interrogés ont reconnu avoir reçu de l’argent liquide à la fin de journées officielles, en plus de leurs per diem réglementaires. Ces sommes ne figurent dans aucun registre comptable du Parlacen, ce qui constitue une violation manifeste des règles internes.

Sanctions discrètes malgré des violations graves

La Commission d’éthique a conclu que Carlos René Hernández avait enfreint l’article 3 (interdiction de recevoir ou distribuer des objets de valeur à des fins illicites) et l’article 14 (atteinte à l’intégrité du système d’intégration centraméricain). Elle a recommandé une suspension de six mois sans salaire.

Dans les faits, les sanctions ont été limitées : quatorze députés ont reçu un simple avertissement verbal, tandis que Hernández a été condamné à une amende de 500 dollars et privé de ses indemnités institutionnelles pendant six mois. La Commission souligne également que Hernández a refusé de coopérer à l’enquête, évitant toute audition ou réponse officielle.

Soupçons de pressions diplomatiques et d’enrichissement personnel

L’enquête révèle également que le Maroc aurait proposé 200 000 dollars à Hernández pour bloquer l’admission de l’Algérie comme membre observateur du Parlacen. Par ailleurs, le dirigeant est accusé d’avoir abusé du système de per diem lors d’autres missions, accumulant 49 000 dollars d’indemnités en plus de son salaire mensuel de 10 000 dollars.

Malgré ces accusations, Hernández a refusé de commenter les faits, se limitant à déclarer : « Je ne vais pas parler de ça ».

Soutien politique confirmé au Maroc

Des communiqués de presse marocains datés du 17 avril 2025 confirment que le Parlacen a exprimé son soutien au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental. Ce positionnement s’est concrétisé en juin 2025, lorsque le Parlement centraméricain a adopté une résolution officielle en faveur de la souveraineté marocaine sur le territoire disputé.

Plusieurs députés, dont le Panaméen Carlos Rodolfo Outten, ont affirmé avoir refusé les enveloppes d’argent, estimant qu’elles étaient directement liées à cet objectif politique.

Une crise institutionnelle dans un contexte de retrait du Salvador

Ce scandale survient alors que le Salvador, dominé par Nuevas Ideas, a annoncé son retrait du Parlacen, dénonçant l’institution comme un refuge pour anciens dirigeants corrompus bénéficiant de l’immunité parlementaire. Malgré cette décision, plusieurs députés salvadoriens continuent de participer discrètement aux activités du Parlement.

Selon Jorge Jiménez, « ils n’ont jamais vraiment quitté l’institution, ils se font simplement plus discrets ». Le scandale a profondément détérioré les relations internes au sein du Parlacen et jette une lumière crue sur les dérives éthiques de l’intégration régionale centraméricaine.

Source : El Faro, 12/12/2025

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