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Un petit tour des « mémos » du département d’Etat révélés par WikiLeaks et qui concernent le Maroc.
Le Monde revient sur « l’affront » fait au Maroc par le président Sarkozy. L’épisode est connu (on en a même parlé sur ce blog à l’époque) : fraichement élu Nicolas Sarkozy comptait visiter l’Algérie en premier puis le Maroc en second lors d’un déplacement au Maghreb. Les Marocains n’apprécient pas et annulent sa visite pour « considérations d’agenda, un prétexte vide à la mesure de l’affront subi » note le télégramme américain. L’ambassade US à Rabat exprime « la grande surprise qu’a constituée pour les Etats-Unis le mauvais coup [du Maroc] fait à la France, un ami proche du Maroc ».
La visite aura finalement lieu quelques mois plus tard et c’est un autre affront qui est fait au protocole marocain. « Une photo publiée montrait le président Sarkozy croisant les jambes et dirigeant la semelle de sa chaussure en direction du roi; geste tabou dans le monde musulman » note l’ambassade américaine à Rabat.
Toujours dans le monde, on lira un deuxième article sur les confessions des Marocains et des Algériens aux diplomates américains sur le Sahara et les relations bilatérales. Le président Bouteflika n’aime pas le roi Mohammed VI « Il n’est pas ouvert et manque d’expérience », encore moins le plan d’autonomie proposé par les Marocains : « ils veulent un Anschluss, comme Saddam Hussein avec le Koweït ». Il n’aime pas non plus le soutien apporté par la France à ce plan « La France n’a jamais vraiment accepté l’indépendance algérienne (….) Elle tente de régler ses comptes avec l’Algérie en appuyant le Maroc ». Les Marocains le lui rendent bien « la clé du dossier du Sahara occidental se trouve non pas à Tindouf mais à Alger » .
Les télégrammes révèlent aussi de curieuses préoccupations de Yassine Mansouri , patron de la DGED, qui demande à Nicolas Sarkozy de « faire en sorte de n’être pas perçu, comme par le passé comme aussi pro-marocain sur le Sahara occidental » mais fait observer à l’équipe diplomatique d’Obama qu’ « il ne serait pas très judicieux d’abandonner ses vrais amis au profit du pétrole »
Dans une autre note, résumée par Yabiladi.com, les diplomates américains disent avoir un regard positif sur l’évolution socio-économique dans le Sahara « le développement urbain y dépasse le niveau atteint par d’autres villes de la même taille au Maroc. En général, les indicateurs sociaux seraient meilleurs au Sahara que dans les autres provinces du royaume. ». La même note relève, selon la traduction de Yabiladi , que « le principal objectif de la plupart des Sahraouis est plutôt auto-gouvernement (‘self-government’) qu’auto-détermination; un désir de protection de l’identité plutôt que d’indépendance, d’armée et d’ambassades. » . Cette note fait objet d’une dépêche de la MAP qui sera la seule consacrée aux révélations de WikiLeaks.
Mais les confessions des diplomates marocains ne se limitent pas aux relations avec l’Algérie.
Dans cette note on apprend un peu plus sur la surprenante rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Iran en mars 2009. « Le Maroc a rompu ses relations diplomatiques avec l’Iran et commencé une compagne contre les Shiites locaux sur demande de l’Arabie Saoudite ». « L’Arabie Saoudite a sollicité directement le Roi du Maroc et non le gouvernement marocain. Ce dernier a été surpris par la rupture comme le reste du monde » .
Le sujet le plus traité par les télégrammes diplomatiques de Rabat concerne président guinéen déchu Moussa Dadis qui, on s’en souvient, a été évacué au Maroc pour soins médicaux. On conseillera ce long article de Jeune Afrique qui détaille les tractations et le rôle des Marocains. « Puisque Dadis ne peut pas venir à Rabat, Rabat va aller à Dadis. » s’amusait Yassine Mansouri, le directeur des renseignements marocains.
Sur les relations avec Israël, cette note notamment détaille le regard « positif » que porte la diplomatie marocaine sur la situation dans la région. Mohamed AZAROUAL le directeur des relations multilatérales et de la Coopération au sein du ministère marocain assure ses homologues américains que « lors du prochain sommet de la Ligue Arabe, le Maroc va œuvrer pour promouvoir les efforts de paix et faire considérer le récent discours du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou comme un pas positif ». Le diplomate marocain rappelle que « le Maroc a récemment reçu à plus haut niveau, le chef du bureau Nord Afrique du ministère des affaires étrangères israélien afin d’évoquer les relations bilatérales » et qu’il a récemment « évoqué par téléphone ces relations bilatérales avec un haut membre de la commission des affairés étrangères du Knesset » . Dans une seconds note la directrice du département Maghreb au sein du MFA israélien exprime sa joie de l’accueil qui lui a été réservé lors de sa participation à un séminaire à Rabat . Youssef Amrani, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères marocain était aux anges : « Il a tenu à me présenter aux ambassadeurs français et russe et était apparemment très content de montrer la présence israélienne » . Youssef Amrani a aussi exprimé sa joie de « renouer les discussions avec les représentants israéliens »
Concernant les affaires internes on commence par le procès Belliraj. L’ambassade américaine à Rabat porte un regard très critique sur son déroulement. Dans cette note, Johan Jacobs, premier secrétaire de l’ambassade de Belgique à Rabat, confie aux diplomates américains qu’ « il y a pas de doutes que le procès était inéquitable. Comment un juge impartial peut-il délibérer et rendre le verdict contre 35 accusés en moins de 12 heures après la fin des plaidoiries ? »
El Pais de son côté a choisi de traduire ce long télégramme diplomatique qui concerne l’armée marocaine. Le constat des diplomates américains est inquiétant « les forces marocaines sont éclaboussées par la corruption, l’inefficience bureaucratique, le bas niveau d’éducation, et certains soldats courent le risque de tomber dans le radicalisme » . L’ancien ambassadeur US Thomas Riley note que « Les effectifs des trois armées s’élèvent à 218.000 hommes -10.000 de moins que ceux qui sont sous les drapeaux en Espagne- dont la moitié, voire même 70%, se trouvent au Sahara. Seules 40% de ces unités sont réellement opérationnelles. ». L’ambassadeur qui signe lui-même le télégramme s’attarde sur la corruption dans l’armée à commencer par « le général Benanni [qui] tire justement profit de son poste de commandant en chef du secteur sud à travers des contrats militaires et une influence sur les décisions du monde des affaires ». »
The Guardian revient sur les câbles diplomatiques qui accusent l’entourage royal de corruption. Dans cette note, les confessions d’hommes d’affaires aux diplomates américains sont accablantes. L’un deux résume « Bien que les pratiques de corruption existait sous le règne du roi Hassan II, elles sont devenus beaucoup plus institutionnalisées sous le règne de Mohammed VI ». Aux investisseurs qataris on explique que « les décisions sur les grands investissements immobiliers au Maroc sont du sort de trois personnes : Fouad Ali el Himma, grand ami du souverain et leader du Parti Authenticité et Modernité (PAM) ; Mounir Majidi, secrétaire particulier de Mohamed VI, et le Roi lui-même. Parler avec quelqu’un d’autre est une perte de temps »
Le quotidien Londonien Al Quds AL Arabi évoque d’autres télégrammes dans un long article intitulé « Grâce à WikiLeaks, les Marocains découvrent le vrai visage de leurs responsables : une image pas belle, de la naïveté et milles faces ». Cet article, comme ceux publiés par El Pais, ont valu aux éditions du week-end dernier des deux publications une interdiction au Maroc.
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