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Maroc : Le Scandale du Conseil National de la Presse ou quand l’État profond tombe le masque

L’État marocain — à son plus haut niveau — est responsable de la création d’un environnement permettant une telle décomposition institutionnelle. Ce qui apparaît dans l’enregistrement n’est pas un simple scandale mais le reflet d’un mode de gouvernance : contrôler chaque levier de pouvoir, ignorer les lois, exploiter les agences sécuritaires, et permettre à la DGST d’agir comme un outil officieux de pression sur le journalisme.

Par Qandyl Mohamed – Blogueur, militant indépendant marocain des droits humains et activiste politique.

Le scandale impliquant le Conseil National de la Presse et sa Commission de Déontologie, révélé par le journaliste Hamid El Mahdaoui, n’est pas un simple incident choquant. C’est un témoignage vivant sur la manière dont l’État marocain est géré au plus haut niveau, et sur la façon dont des institutions censées être des garantes de la gouvernance et de la justice se transforment en outils au service des intérêts autoritaires du régime — loin de toute légalité, intégrité ou professionnalisme.

Ce que révèle l’enregistrement fuitée n’est pas seulement une réunion chaotique au sein de la Commission d’Ethique, mais un reflet fidèle d’une mentalité d’État profond qui traite les institutions journalistiques comme des annexes sécuritaires plutôt que comme des organes indépendants capables de protéger la profession ou le public.

Dès les premiers instants, il est évident que la commission n’est pas un organe neutre, mais un adversaire armé des outils de pouvoir et de pression politique — pratiquant des représailles systématiques contre quiconque ose exposer la corruption. Le langage dégradant envers les avocats, les moqueries envers des collègues, et le mépris total pour les normes juridiques ne sont pas de simples manquements professionnels ; ils représentent une culture institutionnelle où les loyautés politiques et personnelles priment sur le professionnalisme, et où la loi s’applique selon des humeurs et des préjugés.

Le véritable danger, cependant, réside dans le fait que ces phénomènes ne sont ni temporaires ni isolés. Ils font partie d’un système structurel plus vaste de corruption au Maroc. Le Conseil National de la Presse, la commission, et même les organes de supervision ne sont que des outils au sein d’un réseau contrôlé par l’État profond. La DGST n’est pas seulement une institution de surveillance — elle influence et oriente effectivement le fonctionnement du secteur médiatique, façonnant les décisions et exerçant des pressions sur les institutions pour servir les intérêts du régime sans laisser d’empreintes visibles.

Ce contrôle indirect explique pourquoi chaque voix indépendante est écrasée, et pourquoi révéler la vérité devient une menace pour le système lui-même, et non simplement un scandale interne.

Les mots du président du Conseil, Younes Moujahid — « On va passer les avocats à la serpillière » — ne sont pas une simple insulte passagère. Ils sont la déclaration d’un état d’esprit autoritaire qui se voit au-dessus de la loi, traitant la profession juridique comme un adversaire politique plutôt que comme un partenaire dans la protection de l’intérêt public. Cette insulte n’était pas seulement une offense envers les avocats — c’était une attaque contre la justice elle-même, confirmant que chaque entité censée défendre la loi est désormais otage des caprices et impulsions vindicatives du pouvoir. Toute tentative de dissimuler cela par des communiqués officiels ou par des menaces judiciaires contre El Mahdaoui n’est pas une action corrective, mais la continuation de la même logique abusive.

Ce qu’El Mahdaoui a exposé fut un véritable séisme dans le système médiatique.
Les réactions du Conseil — des communiqués déformés aux menaces de poursuites — révèlent une stratégie claire : punir ceux qui exposent la corruption et protéger les corrompus.

Ce n’est pas le comportement d’une simple commission ; c’est l’expression directe de la logique du régime marocain : chaque acte de transparence est traité comme une atteinte à l’autorité, et chaque révélation devient une « menace institutionnelle ».

Les institutions ne sont pas indépendantes. Les lois ne sont que décoratives. Et les organes censés protéger la profession sont devenus des mécanismes de contrôle et d’extorsion.

L’État marocain — à son plus haut niveau — est responsable de la création d’un environnement permettant une telle décomposition institutionnelle. Ce qui apparaît dans l’enregistrement n’est pas un simple scandale mais le reflet d’un mode de gouvernance : contrôler chaque levier de pouvoir, ignorer les lois, exploiter les agences sécuritaires, et permettre à la DGST d’agir comme un outil officieux de pression sur le journalisme. Dans de telles conditions, toute tentative de « réformer » le Conseil de la Presse ou d’autres organes de supervision est vouée à l’échec tant que le contrôle direct et indirect du régime n’est pas remis en cause.

Au final, ce que la fuite a révélé dépasse largement une dispute journalistique. C’est la preuve d’une corruption profonde et systémique qui touche les institutions même censées protéger les droits et la profession.

La loi est paralysée, la justice est compromise, les journalistes sont menacés, et les citoyens relégués au second plan. Toute action judiciaire contre El Mahdaoui n’est qu’une fuite en avant, alors que la véritable solution serait que la commission rende les clés et quitte les lieux par la porte arrière — sa légitimité éthique et juridique ayant expiré depuis longtemps.

Ce moment n’est pas seulement un test pour le Conseil ou pour El Mahdaoui, mais pour quiconque croit encore que les organes professionnels et réglementaires au Maroc peuvent protéger la vérité et la justice. La réalité dit le contraire. Pourtant, révéler la vérité reste un devoir moral et national qui ne peut être évité, même lorsqu’il s’agit de confronter un appareil d’État qui se protège lui-même bien plus qu’il ne protège la loi.

Ce scandale prouve une fois de plus que la vérité n’est pas un luxe, mais la dernière ligne de défense contre un autoritarisme destructeur — et que le silence ou la neutralité ne font qu’approfondir la décomposition institutionnelle et renforcer l’emprise de l’État profond.

Je tiens à souligner que cet article n’est pas une défense de Hamid El Mahdaoui — avec qui je diverge dans mes positions et analyses — mais une défense de la vérité, et du scandale qui a dévoilé la corruption structurelle du régime à travers ses institutions.

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