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Sahara occidental : un désert divisé, un continent déstabilisé

carte afriqu du nord

En 1973, face à la résistance croissante, le Front Polisario surgit comme mouvement de libération. L’ONU, qui reconnaît le Sahara espagnol comme territoire non autonome depuis 1963, pousse à un référendum d’autodétermination. Mais à l’agonie de Franco, en 1975, le Maroc et la Mauritanie avancent des revendications que la Cour internationale de justice rejette le 16 octobre. La Cour affirme que les Sahraouis possèdent le droit de choisir leur destin. Malgré cela, Hassan II orchestre la Marche verte le 6 novembre : 350 000 civils franchissent la frontière, tandis que l’armée avance déjà. L’Espagne, secouée par l’agonie de Franco, signe les Accords de Madrid, cédant deux tiers du territoire au Maroc, le reste à la Mauritanie.

À la frange nord-ouest de l’Afrique, où se rencontrent mer et désert, une région disputée demeure en suspens, ses frontières brouillées par les sables mouvants et des visions concurrentes d’appartenance. Le Sahara occidental, d’une superficie comparable au Colorado, détient le triste privilège d’être la dernière colonie d’Afrique, un territoire où les cartes hésitent souvent, laissant des blancs dans les données sur la prospérité, la population ou le danger. Cette absence résulte d’un conflit qui échappe aux solutions simples : le Maroc administre la majeure partie de la région en tant que « provinces du Sud », tandis que le peuple sahraoui, par le Front Polisario (Front populaire pour la libération de la Saguia el-Hamra et du Río de Oro), proclame la République arabe sahraouie démocratique et revendique l’autodétermination. Depuis cinquante ans, cette lutte façonne les alliances, tend les frontières et inflige un tribut discret aux vies et aux paysages. L’histoire se déroule en couches : héritage colonial, rivalités autour des ressources, manœuvres diplomatiques, chaque chapitre révélant le coût humain d’un conflit non résolu.

Les origines remontent à la fin du XIXe siècle, lorsque les puissances européennes, dans la frénésie de la conférence de Berlin, découpèrent l’Afrique en zones d’influence. L’Espagne revendiqua en 1884 la bande côtière, baptisée Sahara espagnol, avant-poste isolé davantage valorisé pour sa proximité avec les Canaries que pour son intérieur aride. Les Sahraouis, descendants de nomades arabes et berbères, virent leurs rythmes ancestraux perturbés par les décrets coloniaux. Les révoltes des années 1930 et 1950 furent réprimées par le régime de Franco. Dans les années 1940, des géologues découvrirent d’immenses gisements de phosphate, les deuxièmes du monde, près de Bou Craa. Ces cristaux blancs, essentiels aux engrais, transformèrent le territoire de périphérique en stratégique.

En 1973, face à la résistance croissante, le Front Polisario surgit comme mouvement de libération. L’ONU, qui reconnaît le Sahara espagnol comme territoire non autonome depuis 1963, pousse à un référendum d’autodétermination. Mais à l’agonie de Franco, en 1975, le Maroc et la Mauritanie avancent des revendications que la Cour internationale de justice rejette le 16 octobre. La Cour affirme que les Sahraouis possèdent le droit de choisir leur destin. Malgré cela, Hassan II orchestre la Marche verte le 6 novembre : 350 000 civils franchissent la frontière, tandis que l’armée avance déjà. L’Espagne, secouée par l’agonie de Franco, signe les Accords de Madrid, cédant deux tiers du territoire au Maroc, le reste à la Mauritanie.

La guerre éclate, durant seize ans (1975–1991). La moitié des Sahraouis fuient vers les camps de Tindouf en Algérie. La Mauritanie se retire en 1979, mais le Maroc poursuit, élevant dans les années 1980 le « Berm », un mur de sable de 2 700 km truffé de mines, le plus long ouvrage défensif après la Grande Muraille. L’Algérie soutient le Polisario, transformant le conflit en guerre par procuration, aggravée par la rivalité historique issue de la « guerre des sables » de 1963.

Cette rivalité, nourrie par les frontières coloniales, oppose un Maroc pro-occidental à une Algérie révolutionnaire marquée par une guerre d’indépendance sanglante. Lorsque l’Espagne part en 1975, l’Algérie soutient l’indépendance sahraouie autant par solidarité que par stratégie : accéder à l’Atlantique. Le Maroc, voyant dans le Sahara une partie de son identité nationale, considère le Polisario comme une menace existentielle.

Un cessez-le-feu de l’ONU en 1991 promet un référendum, mais les désaccords sur les listes électorales le paralysent. Le Maroc favorise l’installation de colons ; le Polisario insiste sur la population d’origine. Le vote devient fantôme.

Les histoires humaines traversent la géopolitique : dans les camps, 173 000 Sahraouis vivent d’aide et d’espoir ; dans les villes sous contrôle marocain, discrimination, surveillance et répression persistent, comme à Gdeim Izik en 2010.

Les ressources alimentent le conflit : phosphates, pêche, agriculture, énergie, tout profite au Maroc et à des partenaires étrangers. Les résolutions de l’ONU et les arrêts européens qualifient ces activités d’illégales tant que le peuple sahraoui n’y consent pas.

Les courants internationaux déplacent les lignes : en 2020, l’administration Trump reconnaît la souveraineté marocaine, suivie par Israël, l’Espagne, l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Ghana et finalement la France en 2024. Les tensions s’exacerbent entre Rabat et Alger, chacune augmentant ses dépenses militaires.

Au milieu de ces tensions, des scènes de normalité apparaissent à Dakhla, devenue un spot de kitesurf et de tourisme, reflet de la stratégie marocaine de « normalisation par le développement ».

Des crises diplomatiques éclatent, comme avec la Tunisie en 2022 après l’accueil de Brahim Ghali. Mais en 2025, l’ONU tente de relancer les négociations : le 1er novembre, la résolution 2797 prolonge la MINURSO et appelle à discuter du plan d’autonomie marocain de 2007. Staffan de Mistura parle d’« énergie renouvelée ». Le roi Mohammed VI célèbre une « nouvelle page historique » dans un discours le 2 novembre.

Les analyses de novembre 2025 soulignent que l’option d’un État sahraoui semble « écartée pour l’instant », mais que le processus de négociation reprend. Le Berm demeure, les mines mutilent, les camps persistent. Comme le dit de Mistura : « Engager des négociations ne signifie pas accepter d’emblée le résultat. L’important est d’en faire partie. »

Le Sahara attend, impartial, que le vent porte non plus l’éclat des cerfs-volants, mais celui d’un consensus durable.

Source : IndraStra Global, 25/11/2025

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